Dissolution du gouvernement : Le Rhdp dans la tourmente

Politique
Publié le Source : Soir info
dissolution-du-gouvernement--le-rhdp-dans-la-tourmente La décision prise par le président Ouattara plonge la coalition dans une tempête qui aurait pu rappeler la crise intervenue, au mois de juin, entre le Pdci et le Rdr.

La journée nationale de la paix, célébrée le 15 novembre, n’était jamais aussi mal tombée pour le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

L’alliance est minée par la pire crise qu’elle n’ait pas connue : le président Alassane Ouattara porté au pouvoir par la coalition a très modérément apprécié que la solidarité au sein du Rhdp n’ait pas fonctionné comme souhaité, au niveau du Parlement. En représailles au vote « contre » le projet de loi sur la famille par le Pdci et l’Udpci, tous deux alliés du Rdr, Alassane Ouattara a purement et simplement dissout le gouvernement dirigé par un cadre du parti doyen. Décision extrême, ras-le-bol, posture très politique ? Chacun y est allé de son commentaire depuis que le secrétaire général de la Présidence, Amadou Gon, a donné la raison officielle de la dissolution de l’équipe gouvernementale. Une certitude. La décision prise par le chef de l’Etat plonge la coalition dans une tempête qui aurait juste rappelé la crise, début juin, provoquée par un communiqué particulièrement amer du Pdci à l’issue de son bureau politique, si elle ne touchait pas un organe aussi vital pour le pays : le gouvernement.

Début juin, en effet, sous le prétexte qu’une alliance se « nourrit de vérités », le Pdci-Rda s’était permis une critique en règle contre le Rassemblement des républicains dont est issu le président Ouattara : découpage électoral trop favorable aux régions du Nord nonobstant leur « faible poids démographique », cabinets ministériels extrêmement favorables à un seul parti (le Rdr) au détriment des alliés, manque de confiance dans les relations Pdci-Rdr…Dans le communiqué sanctionnant le bureau politique du samedi 2 juin, le Pdci avait exprimé sa « grande préoccupation quant à sa place dans l’alliance (au sein Rhdp) » qui ne serait pas à son avantage aux yeux des militants Pdci. La réaction du Rdr n’avait pas tardé. « C’est un faux procès qui est fait au Rdr, recadrait son porte-parole Joël N’guessan. Faites un tour dans les ministères et institutions dirigées par les cadres du Pdci-Rda. Vous serez surpris que ceux qui voient la paille dans les yeux des autres cachent de grosses poutres dans leurs yeux » (in Soir Info du mercredi 6 juin 2012). Joël N’guessan, au sujet du découpage électoral décrié par le Pdci, défendait qu’il s’était fait suivant « des critères bien définis ».

La crise née du communiqué ayant sanctionné le bureau politique du Pdci, s’est estompée avec le temps. Des contacts au sommet ont permis à la coalition de ne pas sombrer.

On ne saurait affirmer, aujourd’hui, que cette dernière crise n’ait pas laissé de séquelles dans les états-majors. Nombre de cadres Pdci sont pétris de cette conviction qu’ils sont les parents pauvres de l’alliance et qu’en tant qu'autre poids lourd du Rhdp, le Rdr ferait un partage léonin du pouvoir. A la rue Lepic également, on n’émet pas que des compliments à l’égard du Pdci-Rda qu’on trouve injustement grognon et peu ou prou gourmand.

La présente crise, avec la dissolution du gouvernement par le chef de l’Etat, en ajoute à l’incertitude des lendemains. Elle intervient en plein débat sur la nécessité d’aller « en rangs serrés », avec des listes d’union ou pas, aux élections municipales et aux régionales. L’affaire sur le « manque de solidarité à l’Assemblée nationale » tombe franchement mal. Elle apporte du grain à moudre à ceux qui, au sein de l’alliance, étaient réservés sur la question des « listes d’union ».

Kisselminan COULIBALY