Discours du chef de l'Etat sur la réforme constitutionnelle:

Mamadou Koulibaly catégorique : « Ce que Ouattara est en train de faire ressemble plus à un coup d'État contre la République »

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Politique

Comme tous les jeudis, Mamadou Koulibaly, le fondateur de Liberté et démocratie pour la République (Lider), a choisi, jeudi 5 mars 2020, un sujet d'actualité qu'il a décortiqué dans une vidéo publiée sur Facebook. Pour la journée d'hier, l'événement était de taille, le chef de l'État, Alassane Ouattara, s'adressait à l'Assemblée nationale et au Sénat, réunis en congrès, à Yamoussoukro. Il vient, en effet d'engager des réformes constitutionnelles, à environ 7 mois de la présidentielle du 31 octobre 2020. Mais pour Mamadou Koulibaly, tout se fait au « mépris » des Ivoiriens. Il dénonce même « un coup d'État » de la part du président de la République contre le peuple de Côte d'Ivoire.

« Nous sommes jeudi et le président de la République se réunit, sur sa convocation, avec son gouvernement, ses députés et ses sénateurs pour engager un changement constitutionnel dans notre pays. Il y a une grosse méprise et les populations ivoiriennes doivent savoir ce qui se joue en réalité. Grosse méprise au sens où les gens interprètent très mal la Constitution et cette procédure. Le constitutionnalisme est une science, ce n'est pas du bricolage. Ce que M. Ouattara est en train de faire avec son gouvernement, ses sénateurs et ses députés ressemble plus à un coup d'État contre la République de Côte d'Ivoire, contre le peuple de Côte d'Ivoire », a asséné d'emblée l'ancien président de l'Assemblée nationale (2000-2011). Selon lui, certaines personnes ont voté « naïvement » la Constitution de novembre 2016, pensant qu'elles auraient été un texte moderne pour le pays.

« Mais ce texte contenait la disposition selon laquelle le président de la République, pour toutes les autres modifications de la Constitution, pouvait les faire sans se référer au peuple de Côte d'Ivoire, sans se référer à vous. Vous lui donnez un mandat et puis après, il en fait ce qu'il veut. C'est comme si vous embauchez un travailleur, vous lui faites un contrat de travail, et puis un jour, il décide, tout seul dans son coin, de modifier le contrat de travail qui vous lie. Ce n'est rien d'autre que ça », a indiqué M. Koulibaly. À écouter le maire d'Azaguié, Alassane Ouattara a trahi le peuple de Côte d'Ivoire. « C'est le peuple de Côte d'Ivoire qui est souverain, c'est le peuple qui est en haut, qui se donne un texte pour dire qu'on va se créer un État, qui est une partie de notre pays et dire comment il va être gouverné, qui va le gouverner, ce qu'il doit faire, ce qu'il ne doit pas faire. Le chef de l'État n'est que le patron de cette instance-là. Il n'est pas le patron de vos familles, de vos mosquées, de vos entreprises, de vos sociétés, de vos commerces. Il n'est pas le patron de vos ménages. Il est le patron de l'État, c'est une instance à part. C'est le peuple qui reste souverain. C'est le peuple qui reste le chef.

On lui donne du travail pour faire quelque chose pendant une certaine période. Aujourd'hui, ce que M. Ouattara est en train de dire, c'est que « je vais changer les relations entre vous, peuple, et moi sans demander votre avis ». C'est un coup d'État. Alors que c'est vous les souverains », a martelé l'ancien député du Front populaire ivoirien (Fpi) de Koumassi. Avant de relever que ce n'est pas au chef de l'État de modifier la Constitution, encore moins à lui de dicter un calendrier de travail, un ordre du jour au congrès. « C'est une usurpation de pouvoir. C'est-à-dire que le président de la République s'érige en législateur, prend les pouvoirs de l'Assemblée nationale, prend les pouvoirs du Sénat et puis leur dicte leur calendrier de travail. « Voilà ce que vous devez faire à partir de ce jeudi, jusqu'au 7, jusqu'au 17, jusqu'au 24, jusqu'au 31. Moi, j'ai décidé ». Il dicte. Et quelqu'un qui dicte de cette façon-là s'appelle dictateur», a fulminé Mamadou Koulibaly.


Procédure inacceptable

Il a estimé que dans cette configuration, « les Assemblées perdent donc leur autonomie ». « Mais ce n'est pas comme ça que ça se passe ! Quand les textes disent que pour éviter, pour des raisons quelconques, la cherté, le coût, le temps, que le président peut consulter ou réunir le congrès pour décider de la modification constitutionnelle, ça veut dire que le congrès doit s'adresser au peuple. Le président de la République, s'il viole les droits du Parlement, il trahit le peuple de Côte d'Ivoire, en disant aux députés : « je viens vous voir, je vous dis ce que vous devez faire et vous allez le faire ». C'est le peuple qui est chuinté, complètement oublié. Si les députés suivent le président et adoptent ces textes sans s'adresser au peuple, ce sont les députés qui trahissent la nation ivoirienne. Ils prennent des dispositions claniques, des dispositions d'une secte au pouvoir, des dispositions des groupes au pouvoir pour en faire des dispositions nationales, mais sans demander à la nation ivoirienne si elle était d'accord. C'est une trahison de la nation », a dénoncé M. Koulibaly.

Et l'ex-président de l'Assemblée nationale de montrer la voie que devait suivre le chef de l'exécutif. À l'entendre, « la procédure exacte » aurait été que le président Ouattara envoie sa proposition au congrès, que les sénateurs et les députés la prennent et retournent la présenter à leurs mandants qui sont les populations qui les ont votés dans leurs différentes circonscriptions électorales. Les parlementaires expliqueraient alors au peuple le contenu de la loi et les raisons d'une modification constitutionnelle.

Ensuite, ils reviendraient avec les réactions et les avis des populations au sein de leurs Assemblées respectives, en vue de faire adopter le nouveau texte ou non. « Ça, c'est la procédure même si la Constitution ne dit pas que c'est comme ça qu'il faut faire. Mais quand on est constitutionnaliste, quand on est respectueux du droit des peuples qui vous ont installé au pouvoir, c'est ce qu'on fait. On ne se réunit pas entre nous, à Yamoussoukro, en 10 jours, on finit avec la Constitution, 10 jours après, on finit avec le code électoral et puis c'est fini, basta ! Non, non, c'est grave ce que vous êtes en train de faire. Vous méprisez cette population, vous méprisez les députés, vous méprisez les sénateurs, vous méprisez la nation ivoirienne, vous méprisez le peuple de Côte d'Ivoire. Et ça, franchement, c'est inacceptable », a pesté Mamadou Koulibaly.
L'éminent économiste a alors attaqué Alassane Ouattara sur son envergure internationale.

« Quand je dis inacceptable, mais inacceptable pour vous M. le président de la République. Vous qui avez eu une exposition internationale plus que d'autres Ivoiriens, plus que d'autres Africains ici. Vous avez vécu longtemps dans les sphères du pouvoir à Washington, au Fmi ; Directeur de service, Directeur général adjoint. Vous avez même fait des études là-bas dans les années 60. À quel moment vous avez vu un président américain réunir le congrès et puis modifier la Constitution américaine, comme ça à son gré ? Vous avez vécu en Europe, Bruxelles, Paris, Londres. Quand vous avez vu des dirigeants de ces pays prendre de telles dispositions au mépris de leur peuple, M. le président de la République ? Ça ne se fait pas…

Que vous le fassiez, on se dit que c'est du mépris. Vous nous prenez pour des vauriens, des bêtes, des animaux. Vous faites ce que vous voulez de ce pays, vous faites ce que vous voulez de ce peuple, vous faites ce que voulez de ses institutions. Vous ne vous préoccupez de rien d'autre, et ça, c'est inacceptable », a-t-il crié.

En tout état de cause, pour lui, il revient aux Ivoiriens de décider. Cependant, il a appelé le peuple à se mobiliser pour ne pas laisser cela se faire tel quel. « C'est votre droit, c'est votre vie, c'est votre nation. C'est vous le souverain, ce n'est pas lui. Lui, il est l'exécutif. Les autres sont législatifs. Le souverain, c'est le peuple, c'est écrit dans la Constitution. Ce ne sont pas les Chambres et le gouvernement qui constituent ce peuple. C'est vous. Ne laissez pas vos droits partir comme ça… », a lancé Mamadou Koulibaly à l'endroit du peuple.

Hervé KPODION