Situation socio-politique/ Simone Gbagbo: «La modification de la Constitution donne l'impression qu'il y a des plans cachés»

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situation-socio-politique-simone-gbagbo-la-modification-de-la-constitution-donne-l-impression-qu-il-y-a-des-plans-caches L'ex-Première dame, Simone Gbagbo était samedi à Port-Bouët.
Politique

Les modifications de la Constitution dévoilées par le président Ouattara dans un discours sur «l’état de la Nation » devant le Parlement réuni en Congrès, jeudi 5 mars 2020 à Yamoussoukro, intéressent au plus haut point l'ex-Première dame, Simone Gbagbo. L'ancienne présidente du groupe parlementaire Front populaire ivoirien (Fpi) craint qu'une nouvelle Constitution soit « imposée » aux Ivoiriens à quelque sept (7) mois de la présidentielle. Elle l'a dit haut et fort, samedi 7 mars 2020, à Gonzagueville (Port-Bouët) à l'investiture de la fédération Fpi pro-Gbagbo de ladite commune.

Dans le projet qui sera soumis au Parlement dans les prochains jours, le chef de l’État parle d'une modification du statut du vice-président de la République, proposant au regard de l’expérience actuelle, qu’ «au lieu d’un ticket, que le vice-président de la République soit nommé par le président avec l’accord du Parlement ». Il évoque en outre une réforme ayant trait au pouvoir législatif avec la modification de l’article 90, qui devrait consacrer «la continuité parlementaire», ou en cas d’impossibilité d’organiser les élections parlementaires dans les délais prescrits par la Constitution (décembre 2020), le Parlement demeure en fonction jusqu’à l’organisation des prochaines élections… L'ancienne députée d'Abobo souhaite une consultation du peuple et non celle des députés.

Car, a-t-elle dit, le peuple de Côte d'Ivoire veut donner son avis par lui-même et non pas uniquement par ces représentants à l'Assemblée nationale. «Qu'est-ce que cette précipitation à modifier la Constitution du pays à quelques mois de l'échéance électorale?», s'est interrogée l'invitée de la fédération Fpi pro-Gbagbo de Gonzagueville. «La modification de la Constitution donne l'impression qu'il y a des plans cachés qui sont peut-être des plans B. Ça nous fait peur. Ça nous donne le sentiment qu'on se prépare à mettre hors jeu certains candidats craints, à assurer la victoire uniquement à son parti», a-t-elle répondu affirmant : «nous allons vers une situation de non droit absolu».

Actualité oblige, Simone Gbagbo a commenté la déclaration du président de la République relative à son retrait à la course à la présidentielle de 2020. Elle l'a félicité pour sa décision de ne pas briguer un 3è mandat.« Cette décision très importante, est une décision très courageuse de sa part, mais pour la nation ivoirienne, c’est une décision salutaire, qui va contribuer à consolider la démocratie en Côte d'Ivoire, à consolider le respect de nos textes fondamentaux et à consolider la paix des cœurs », a dit Mme Gbagbo.

« De la même manière que j’ai salué M. Ouattara et je l’ai remercié d’avoir pris l’ordonnance d’amnistie qui nous a rendu la liberté en août 2018, de cette même manière, aujourd'hui, je lui adresse mes félicitations et mes remerciements pour cette décision forte qu'il vient de prendre », a-t-elle ajouté. Cependant, dira-t-elle, « aujourd'hui, nous sommes malheureusement obligés de reconnaître et d’affirmer que le dialogue socio-politique organisé autour des élections de 2020 a échoué complètement ».

« Et en ce moment-ci, nous constatons que le gouvernement a décidé de faire cavalier seul dans des réformes qui sont partisanes », a-t-elle estimé, faisant observer qu' « au niveau de la Cei (Commission électorale indépendante), le gouvernement a mis en place une Commission électorale non consensuelle ». Elle a indiqué que « sur 15 membres de la Cei centrale, le Rhdp lui seul compte 11 », tandis que «sur 540 Cei locales, le Rhdp préside 520 Cei », ce qui est « inacceptable».

Mais, en dépit de cette configuration, la plateforme de l’opposition affirme qu'elle ne boycottera pas les élections. « M. Ouattara a annoncé qu'il va prendre une ordonnance pour ajouter un poste supplémentaire pour l’opposition représentée à la Cei centrale, ca va changer quoi ? C’est une mauvaise réponse à la question du déséquilibre, et ce n’est pas acceptable», a-t-elle poursuivi.

La question ici, selon elle, «ce n'est pas une affaire de un ou deux postes en plus on va ajouter, c’est une question de l’arrêt du 18 novembre 2016 de la Cour africaine des droits de l’Homme qui a fait injonction au gouvernement de faire une réforme en profondeur de la Cei pour qu'elle soit effectivement un organe indépendant». De ce fait, « nous attendons encore une réponse courageuse de la part du gouvernement », a déclaré Mme Gbagbo avant d'ajouter : « j’invite le gouvernement à se ressaisir»

Devant toutes ces situations, Simone Gbagbo a annoncé une réaction de son parti dans les prochains jours. «La semaine prochaine, le Fpi va faire d'importantes déclarations», a-t-elle conclu sans plus de détails.

 

Cyrille DJEDJED