Non-candidature à la présidentielle : Comment Ouattara a mis la pression sur Bédié et le Pdci

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non-candidature-a-la-presidentielle-comment-ouattara-a-mis-la-pression-sur-bedie-et-le-pdci Le président du Pdci, Henri Konan Bédié, est pressenti comme candidat du parti à la présidentielle d'octobre.
Politique

En annonçant devant le Congrès réuni, le 5 mars, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro, qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat à la présidence de la République, Alassane Ouattara, n'a pas fait que libérer son propre camp.

Il a mis dans l'embarras adversaires politiques et contempteurs. Peut-être y avait-il dans le coup politique- salué au-delà des frontières ivoiriennes- de l'ancien banquier central, une volonté de provoquer un certain mouvement ? Très probablement ! Le patron du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) ne s'est pas borné à déclarer sa non-candidature. Il a ajouté, dans une séquence, objet aujourd'hui de polémique, qu'il a décidé « de transférer le pouvoir à une jeune génération ». « Jeune génération » ? L'expression est lâchée. Elle n'est pas tout à fait nouvelle dans le lexique d'Alassane Ouattara. A de multiples occasions, le chef de l’État a parlé de « nouvelles générations » ou de « jeunes générations ».

Il avait même, dans un meeting au stade Ouattara Thomas d’Aquin de Katiola, le samedi 30 novembre 2019, conditionné sa candidature à celle des personnes de sa génération : « mon intention, c'est bien de transférer le pouvoir à une nouvelle génération. Mais je veux que tous ceux de ma génération comprennent que notre temps est passé et que nous devons nous mettre de côté. Alors si eux, ils décident d'être candidats, je serai candidat ». Dans le contexte actuel, le groupe de mots « ceux de ma génération » renvoie indiscutablement à Laurent Gbagbo et à Henri Konan Bédié. Si une participation du premier cité à la présidentielle d'octobre 2020 reste, à ce stade, plus qu'incertaine, en raison de longues procédures devant la Cour pénale internationale, celle du sphinx de Daoukro prend forme chaque jour un peu plus.

C'est même, au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), le plan A. Les déclarations successives de cadres - élus, délégués, membres du bureau politique- à quelque trois mois de la convention d'investiture du candidat, ne souffrent d'aucune ambiguïté : Henri Konan Bédié (HKB) est le présidentiable numéro 1 du parti. Au siège historique du Pdci à Cocody, la machine est mise en branle pour faire de la candidature du sphinx de Daoukro une réalité. C'est ici justement qu'il faut voir la pression que Alassane Ouattara vient d'exercer sur son ancien allié et sa formation politique.

En défendant le « transfert » du pouvoir à une « jeune génération », il envoie un message clair à l'opinion : Henri Konan Bédié, tout comme lui, ne devrait pas se sentir concerné par la présidentielle d'octobre. A 85 ans, en mai 2020, l'ancien chef de l’État passe pour le doyen de la classe politique ivoirienne. L'ex-Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, 78 ans, à travers son retrait de la course à la présidence, tente de délégitimer une éventuelle candidature de HKB. C'est non seulement une pression sur le principal intéressé mais aussi et surtout une adresse à la base du Pdci.

Il est tout à fait possible que la déclaration de non-candidature d'Alassane Ouattara ait fait ses premiers effets au sein du vieux parti. Selon nos informations, des élus et des cadres Pdci, saisis par la démarche du chef de l’État, ne souhaiteraient pas une candidature de HKB. Ils sont convaincus que cette option passerait mal auprès de l'opinion, surtout jeune. Mais la tâche s'annonce ardue. Au Pdci, ils sont nombreux qui ne jurent que par Henri Konan Bédié et qui ne conçoivent pas que la posture d'Alassane Ouattara- jugée « simplement conforme à la Constitution »- puisse orienter les choix du parti.

Jusqu'à lundi soir- soit quatre jours après- le Parti démocratique de Côte d'Ivoire de Henri Konan Bédié n'avait pas produit de réaction officielle à l'annonce de la non-candidature d'Alassane Ouattara. Preuve, peut-être, que le sujet est embarrassant et que les discussions sont âpres.

 

Kisselminan COULIBALY