Après la modification du code électoral par ordonnance: Des opposants dénoncent un manque de concertation

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apres-la-modification-du-code-electoral-par-ordonnance-des-opposants-denoncent-un-manque-de-concertation Issiaka Sangaré du Fpi a réagi à la décision du président Ouattara.
Politique

Le président de la République, Alassane Ouattara, a modifié le code électoral par ordonnance, à 6 mois de la présidentielle d'octobre 2020. L'information a été donnée à l'issue du conseil des ministres, le mercredi 8 avril 2020.

L’opposition ivoirienne, qui attendait que le chef de l'État la reçoive pour un autre round de négociation, se dit déçue. En tout cas, pour les partis d'opposition que nous avons joints, il a manqué une volonté de concertation, même si la situation liée au Coronavirus ne se prête pas à la tenue d'une réunion grandeur nature comme les discussions sur la Commission électorale indépendante (Cei).

Joint par téléphone, hier jeudi 9 avril 2020, le député d'Attiégouakro et Lolobo communes et sous-préfectures, issu du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), Maruis Konan ; a estimé que le président Ouattara aurait dû consulter l'opposition, comme cela a été pour la Cei. « Quant aux éléments portant sur le cautionnement relevé à 50 millions de F Cfa, à la question du parrainage citoyen, il ne me revient pas à moi seul d'aborder la question, surtout que l'ensemble des partis politiques invités aux échanges avec le Premier ministre avaient déjà donné une certaine position sur la question. Pourvu qu'on ait eu un certain consensus autour du projet, le président pouvait le faire facilement par ordonnance sans qu'on ne craigne après qu'il y ait des problèmes. Mais tel que c'est lancé, je ne sais pas. Je n'ai pas eu le document de base, le minimum sur lequel les gens s'étaient entendus… Comme ils ne se sont pas entendus, il aurait été bien que le chef de l'État consulte les gens à nouveau avant de prendre cette ordonnance », a-t-il indiqué. À l'écouter, « nous sommes dans une situation d'exception et les textes ne disent rien sur cette situation ». Cependant, a laissé entendre le député, l'Assemblée nationale et le Sénat sont en place, mais ne peuvent pas siéger en raison des mesures prises en amont par le gouvernement relativement à la lutte contre le Coronavirus. « Du coup, l'Assemblée nationale est en pleine session mais ne peut pas avoir de réunion pour se pencher sur des questions relatives à la vie de la nation. À situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle, donc le chef de l'État, pour que l'État puisse fonctionner, peut utiliser la voie des ordonnances pour prendre des mesures pour le bon fonctionnement de l'État. Mais sur les questions qui avaient déjà fait l'objet de discussions et sur lesquelles l'opposition n'avait pas trouvé d'accords avec le Premier ministre, j'aurais souhaité que le chef de l'État, en chef de famille, en référent pour tous les citoyens ivoiriens, se repositionne de sorte à reconsidérer les différentes positions, de sorte à revoir, avec les uns et les autres, ce qu'il fallait trouver comme juste milieu pour un code électoral consensuel », a-t-il soutenu. Avant de souligner : « aujourd’hui, il y a un certain nombre de mécanismes, d'éléments au niveau du code électoral, ils n'ont pas trouvé l'accord des personnes qui avaient été invitées aux discussions… Il est clair que l'ordonnance dans son application va poser problème parce que les uns et les autres vont estimer qu'on ne les aurait pas consultés avant de changer cette loi qui est aussi importante pour la vie de tous les Ivoiriens ».


Les attentes du Fpi
Comme lui, Issiaka Sangaré, le Secrétaire général du Front populaire ivoirien (Fpi), a réagi. Il a trouvé « regrettable » que l'opposition n'ait pas été associée. « Au niveau des décisions prises par le président de la République, on aurait souhaité, comme on l'a dit à l'époque, que cela puisse se faire dans un cadre d'échanges parce que l'opposition avait demandé une rencontre avec le président de la République pour statuer sur ces différentes questions. Toujours est-il que par rapport à l'environnement, le président de la République a pris la décision par ordonnance d'arrêter les dispositions concernant le code électoral. En attendant que nous soyons fixés sur les modalités, parce qu'en ce qui concerne le cautionnement, on a le montant. En ce qui concerne le parrainage, il faut bien qu'on soit informé des modalités », a dit le collaborateur de Pascal Affi N'Guessan, rappelant que le Fpi avait proposé que le parrainage concerne 1% de l'électorat sur 50 % des régions et districts. « C'est effectivement une proposition que nous avions nous-mêmes faites à l'époque mais sous-tendait que le cautionnement n'existât plus », a-t-il relevé. Toutefois, il a noté que le montant pour le cautionnement, relevé de 20 à 50 millions de F Cfa, est nettement mieux que la proposition de « montants faramineux qui avaient été proposés à l'époque par le Rhdp ». Pour le Fpi, il y a des questions qui auraient pu permettre « d'améliorer l'état de notre démocratie ». Entre autres, il a parlé du vote électronique, de la question de la proportionnelle aux législatives. « Ce sont des questions importantes pour nous dans la mesure où elles renforcent la démocratie… Enfin, sur les questions politiques, il était important qu'une suite soit donnée à la libération des militaires encore détenus. Voilà autant de questions qu'on aurait bien voulu voir aborder pour amorcer une nouvelle dynamique et fermer totalement la parenthèse de la crise malheureuse qu'on a pu connaître en 2011. Il y avait des propositions intéressantes qui auraient pu être abordées sinon maintenant, peut-être plus tard. Mais la rencontre n'a pas eu lieu, elle s'est soldée par une ordonnance en fonction de l'environnement », a affirmé Issiaka Sangaré. Non sans revenir sur la libération des prisonniers. « Le président a accordé sa grâce à 1 000 prisonniers et une remise de peine à 1 004 prisonniers. On aurait souhaité également, dans ce cas-là, que les prisonniers d'opinion puissent être inclus. La réalité, c'est pour trouver une solution vis-à-vis de la propagation de la Covid-19 mais en même temps, pour répondre au surpeuplement carcéral. Donc, il y a des actions qui sont allées dans le sens de ce que nous avons proposé mais c'est regrettable qu'il n'y ait pas pu avoir cet échange que l'opposition avait souhaité avoir avec le président de la République », a fulminé le Secrétaire général du Fpi, soutenant que cette démarche aurait dû « ouvrir de nouveaux axes pour l'épanouissement de notre démocratie et le renforcement de la cohésion sociale. C'est ça qui a peut-être manqué ».

Pour sa part, Pulchérie Gbalet, présidente de l'Alternative citoyenne ivoirienne (Aci), une organisation de la société civile, a commenté l'acte du chef de l'État. « Malgré l'échec du dialogue sur le code électoral, celui-ci sera modifié par décret puis par ordonnance. Pourquoi cet énième passage en force au lieu de se concentrer sur la Covid-19 ? », a-t-elle interrogé sur sa page Facebook. Certains chefs de partis d'opposition, que nous avons joints, ont dit attendre de mieux s'imprégner du contenu de l'ordonnance du chef de l'État avant de se prononcer.

Hervé KPODION