Après l’arrêt de la Cour africaine des Droits de l’Homme, Me Diarrassouba Lamine, avocat des détenus pro-Soro parle au pouvoir d’Abidjan

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Publié le Modifié le Source : Linfodrome
apres-larret-de-la-cour-africaine-des-droits-de-lhomme-me-diarrassouba-lamine-avocat-des-detenus-pro-soro-parle-au-pouvoir-dabidjan Pour Me Diarrassouba Lamine, membre du Conseil des avocats des détenus pro-Soro, ces différentes mesures prises par la Cour africaine sont contraignantes

C’est une victoire spectaculaire pour Guillaume Soro et ses proches. Poursuivi par le pouvoir d’Abidjan pour ‘’tentative de déstabilisation de la Côte d’Ivoire’’, Guillaume Soro, le président de Générations et peuples solidaires (Gps) pourra de nouveau fouler ses pieds sur les bords de la lagune Ebrié. Quant à ses proches arrêtés le 23 décembre dernier et détenus dans les principales prisons du pays, ils pourront à nouveau voir le ciel d’Abidjan et jouir de tous leurs droits. En effet, la Cour africaine des Droits de l’Homme et des peuples, a ordonné mercredi à la Justice ivoirienne de suspendre le mandat d’arrêt émis contre Guillaume Soro et de libérer ses proches arrêtés le 23 décembre dernier. Pour Me Diarrassouba Lamine, membre du Conseil des avocats des détenus pro-Soro, cette mesure est contraignante. 

« La Cour ordonne à l’Etat défendeur de surseoir à l’exécution du mandat d’arrêt émis contre Guillaume Kigbafori Soro » Outre cette mesure, la Cour africaine ordonne à la Justice ivoirienne de « surseoir à l’exécution des mandats de dépôt décernés contre les requérants Alain Lobognon, Camara Loukimane, Kanigui Soro, Yao Soumaila, Soumahoro Kando, Kamaraté Souleymane Koné Karidioula Souleymane, Tehfour Koné, Simon Soro, Porlo Rigobert Soro, Félicien Sékongo, Marc Kidou Ouattara, Mamdou Djibo, Aboubacar Touré, Babou Traoré, Ladji Ouattara, Gnamiand N’Drin, Dahafolo Koné, Adama Zebret, et de les mettre en liberté provisoire ».

La Cour a également, ordonné au pouvoir d’Abidjan de lui faire un rapport « sur la mise en œuvre des mesures provisoires ordonnées dans la présente décision dans un délai de trente (30) jours, à compter de la date de sa réception ».

Pour Me Diarrassouba Lamine, membre du Conseil des avocats des détenus pro-Soro, ces différentes mesures prises par la Cour africaine sont contraignantes. « La Cour africaine des Droits de l’Homme et des peuples a été créée sur une décision des chefs d’Etat africains. Toute décision provenant de cette cour doit être impérativement respecté. Les décisions de la Cour sont contraignantes. Ne pas les respecter est un acte de rébellion. Vous ne pouvez pas donner mandat à quelqu’un et se rebeller après.», a dit Me Diarrassouba Lamine, joint ce jeudi par la rédaction de Linfodrome. A l’en croire, la Côte d’Ivoire ne saurait se soustraire aux décisions de la Cour africaine au risque d’apparaître comme une nation rebelle.

« La Côte d’Ivoire ne peut pas se soustraire à cette décision de la Cour. Si la Côte d’Ivoire le fait, son acte va fragiliser l’institution de règlement de conflits. Il appartient à la Cour de tout mettre en œuvre pour l’application de cette ordonnance. Il serait inadmissible que la Cour prenne une décision et que les Etats ne la respectent pas.», a martelé Me Diarrassouba Lamine.

Se prononçant sur le cas Soro, Me Diarrassouba Lamine fait savoir qu’au vu de la décision de la Cour, l’ex-chef de l’Assemblée nationale, est libre de tout mouvement. Dans cette veine, il pourrait regagner Abidjan dans les prochains jours. « Soro est libre de tous ses mouvements. Le mandat d’arrêt lancé contre lui reste suspendu.», a laissé entendre l’avocat.

Le 7 avril dernier, les avocats de Guillaume Soro, annonçaient avoir saisi la Cour africaine des droits de l’homme pour, disent-ils, mettre fin à ce qu’ils ont qualifié de «persécutions politiques » à l’encontre de leurs clients.

Faut-il, le rappeler, outre l’affaire Guillaume Soro qui a été portée devant la Cour, il y a l’affaire réforme de la Commission électorale indépendante (Cei) qui se trouve en ce moment sur la table des juges de cette instance.

Entrés en discussion avec le gouvernement ivoirien depuis le 21 janvier 2019 sur la question de la Cei, les partis politiques de l’opposition regroupés au sein de la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la Paix (Cdrp), n’ont pu poursuivre les débats, suite à des divergences. 

Déplorant « l’obstination du gouvernement à poursuivre dans une voie non consensuelle et porteuse de graves menaces pour l’avenir » du pays, les trois groupes parlementaires de l’opposition ont à nouveau saisi la Cour en vue de « déclarer cette nouvelle Cei non conforme aux instruments internationaux auxquels la Côte d’Ivoire est partie ». 

Les partis politiques de l’opposition demandent une « réforme profonde de la Cei » et exigent que les discussions soient étendues à l’ensemble des questions relatives, tant à la composition, qu’au cadre juridique et institutionnel des élections.

En son arrêt du 18 novembre 2016, la Cour africaine des Droits de l’Homme et des peuples a demandé à l’Etat de Côte d'Ivoire de reformer la Cei afin qu'elle soit conforme à ses engagements internationaux. L’opposition qui rejette la nouvelle Cei, veut une réforme en profondeur de l’institution avec un président issu de la société civile. La Cour devrait dans les prochains jours se prononcer sur cette question. 

 

Maxime KOUADIO