Report envisagé de la présidentielle: Dr Boga Sako Gervais (Pdt Graddh Afrique) répond à Gon Coulibaly

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report-envisage-de-la-presidentielle-dr-boga-sako-gervais-pdt-graddh-afrique-repond-a-gon-coulibaly Dr Boga Sako Gervais pense que les élections de 2020 seraient chaotiques.(Ph: DR)
Politique

Le président du Groupe de réflexion et d'action pour la démocratie et les droits de l'Homme en Afrique (Graddh-Afrique), Dr Boga Sako Gervais, a littéralement répondu au Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, sur la question du report éventuel de l'élection présidentielle du 31 octobre 2020, en raison de la pandémie de Coronavirus.

Dans un élément vidéo publié sur la télévision Afrique média, mardi 21 avril, Dr Boga Sako, hors du pays depuis la crise post-électorale de 2010-2011, a estimé qu'un report de cette élection consacrerait la fin de la présidence d'Alassane Ouattara. Toutefois, il a relevé que la maintenir entraînerait une situation désastreuse, à cause, selon lui, du fait que les conditions ne sont pas réunies pour la tenue d'un scrutin transparent, libre et démocratique.

Pour Boga Sako, le président ivoirien est confronté à un « dilemme ». Il a expliqué que la Constitution actuelle ne fait pas cas d'un report de l'élection présidentielle. « Dans cette Constitution, il est écrit qu'en 2020, le dernier samedi de la 5e année de la mandature de M. Ouattara, il devait y avoir une élection. Malheureusement, le chef de l'État ivoirien, depuis sa réélection jusqu'à ce que nous arrivions à maintenant, n'a rien mis en œuvre pour que tout soit prêt, en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2020. La Commission électorale indépendante n'est pas consensuelle, toute la classe politique et la société civile ne sont pas d'accord avec la Commission actuelle. Surtout qu'en 2010, c'est la défaillance, le dysfonctionnement de la Commission électorale qui a entraîné la grave crise qui a causé des milliers et des milliers de morts. M. Ouattara n'a pas entendu raison, il a nommé de façon unilatérale une Commission électorale, qui est problématique. D'ailleurs, la question se trouve pendante devant le tribunal de la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples qui doit trancher », a-t-il déclaré.

À l'écouter, le chef de l'État, qui a modifié le code électoral par ordonnance, « en plein Coronavirus » et « de façon unilatérale », vient de compliquer la situation. « Ce sont des éléments conflictuels parce que le code électoral fait débat. L'opposition ivoirienne n'est pas d'accord, la société civile n'est pas d'accord. M. Ouattara l'a fait. La dernière chose qui constitue le blocage dans lequel nous nous trouvons en Côte d'Ivoire, c'est que la liste électorale n'est pas encore prête, tous les Ivoiriens ne s'y retrouvent pas, parce que l'enrôlement n'a pas eu lieu. Il a commencé de façon unilatérale. M. Ouattara a mis un préalable, il a demandé aux Ivoiriens de payer 5 000 F Cfa pour avoir leurs cartes d'identité, qui constitue en même temps une sorte de cumul de processus pour pouvoir voter. Or, le vote est un droit de l'Homme. On doit pouvoir le dissocier de la question de l'identification qui demande 5000 F », a-t-il relevé.

« …une décision politique »

Ajoutant que « l'élection en 2020 est compromise ». « M. Ouattara, aujourd’hui, s'il organisait cette élection, elle serait chaotique pour la Côte d'Ivoire, pour la paix en Côte d'Ivoire. En même temps, M. Ouattara se dit, et c'est la deuxième hypothèse de ce dilemme, qu'il faut reporter l'élection. Mais comment reporter l'élection alors même que dans la Constitution, rien n'est prévu pour reporter l'élection. C'est-à-dire que, s'il reporte l'élection, qu'en sera-t-il de lui ? Son poste de président, si nous arrivons au 31 octobre 2020 et que l'élection n'a pas eu lieu ? Sera-t-il encore président de la République ? », a interrogé Dr Boga Sako Gervais. Avant d'affirmer que pour son organisation, « au soir du 31 octobre, en cas de report de l'élection, M. Ouattara ne sera plus le président ». Il a souligné que la décision de reporter l'élection présidentielle « ne sera plus constitutionnelle ». « C'est pour cela que s'impose à lui, une décision politique. Cela sous-entend que la classe politique toute entière doit se concerter, ajoutée à la société civile, pour que la question soit tranchée politiquement. On peut dire que selon la Constitution, l'article 59 dit que tant que le président n'a pas encore passé le relais à un successeur, il demeure président. Mais s'il a fait exprès pour ne pas que l'élection ait lieu, la responsabilité lui incombe et les Ivoiriens ne sont pas prêts à accepter quelqu'un qui a joué, qui a tourné le peuple en bourrique, on ne peut pas accepter qu'un tel continue d'être président de la République », a asséné l'invité de cette télévision. Et Boga Sako de marteler : « les élections, dans les conditions actuelles, seraient chaotiques. Reporter les élections de façon unilatérale avec les ordonnances, tel que M. Ouattara gouverne la Côte d'Ivoire depuis un certain temps, ce serait en même temps jeter de l'huile sur le feu ». Avant d'offrir une porte de sortie au chef de l'exécutif en Côte d'Ivoire. « La seule option qui reste à M. Ouattara, c'est d'appeler humblement la classe politique, la société civile, pour dire que face au blocage politique, trouvons une solution politique pour que la Côte d'Ivoire sorte grandie. Une Commission électorale consensuelle, un code électoral consensuel, une liste électorale transparente, propre, dans laquelle se retrouvent tous les Ivoiriens pour pouvoir voter », a préconisé ce défenseur des droits de l'Homme.

Hervé KPODION