Côte d'Ivoire

Crise post-électorale : Guillaume Soro appelle ses concitoyens à « dire non à la dictature » et lance un message fort à l’armée

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Politique

« Vu la traque contre les principaux dirigeants du Conseil national de transition », le président de Générations et peuples solidaires, Guillaume Kigabfori Soro, a décidé, ce mercredi 4 novembre 2020, « en toute responsabilité », de s’inscrire « dans la continuité de l’œuvre entamée, en contribuant à la mise en place effective des organes de la transition ». Ci-dessous la quintessence de sa déclaration.

« En ce moment historique, il n’y a de place ni pour les trahisons, ni pour les demi-trahisons. C’est donc la raison pour laquelle, l’opposition responsable constatant la vacance du pouvoir présidentiel, a décidé, dans le cadre de l’espérance due au peuple, d’ouvrir une transition politique. Le Conseil national de transition a été créé pour assurer les charges exécutives de l’Etat, assurer le fonctionnement régulier des organes et des institutions républicaines durant toute la période de transition. L’ancien président de la République, SEM Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, a été désigné pour présider le Conseil national de transition dont je suis membre.

Installé dans le schéma mental de tous les dictateurs tropicaux, M. Alassane Ouattara a basculé dans la violence aveugle en déchainant une répression brutale, via ses forces endoctrinées contre les principaux leaders de la transition. Ainsi, le président Henri Konan Bédié, président du Conseil national de transition est l’objet d’un blocus à son domicile. D’éminents membres du Conseil national de transition ont essuyé des attaques à l’arme de guerre contre leurs résidences ou ont échappé tout simplement à des assassinats et à des enlèvements. M. Alassane Ouattara, veut absolument décapiter la transition pour pouvoir éteindre toute contestation et régner dans un consensus dictatorial où la paix qui prévaut est celle des cimetières.

Moi, vu la traque contre les principaux dirigeants du Conseil national de transition, je décide, en toute responsabilité, de m’inscrire dans la continuité de l’œuvre entamée, en contribuant à la mise en place effective des organes de la transition. Avec l’ensemble des forces vives de notre nation, nous conduirons la transition démocratique en vue d’élections libres inclusives et transparentes dans les meilleurs délais, seul antidote, je vous l’assure, à la violence qui a cours dans notre pays.

Nos pères et nos mères ont payé notre liberté d’un trop grand prix pour que nous puissions accepter de la brader face à la forfanterie de quelques excités. Nous refusons que le viol de notre loi suprême soit considéré comme chose banale et puisse rester sans conséquence. Nous n’accepterons pas que pour la gloire d’un individu, un individu seul, notre pays comptabilise aujourd’hui plus de 100 morts et plusieurs milliers de blessés en moins de deux mois. Que des milliers de nos concitoyens soient emprisonnés parce qu’ils ont exercé leur droit à la liberté d’expression et de manifestation. Et que des hommes politiques soient assiégés, traqués, pour avoir exigé le respect de la loi, rien que le respect de la loi. Les Ivoiriens n’accepteront pas, je vous l’assure, une cour constitutionnelle servile et complaisante adoube le complot électoral et apporte sa caution à la forfaiture en cours. Ce n’est pas ce dont nous avons rêvé pour notre pays.

Ne pas nous battre dans ces circonstances avec détermination, pugnacité et abnégation face à la tyrannie naissante, serait une lâcheté dont nos devanciers ne s’auraient être fiers. C’est pourquoi, malgré les difficultés, malgré les douleurs, malgré les horreurs, en dépit de nos faiblesses, de nos manquements, de nos erreurs, voire de nos fautes, il faut qu’ensemble, chers compatriotes, nous puissions nous lever pour dire non à la dictature et faire barrage à l’ex-président de la République, Alassane Ouattara qui veut prendre la Côte d’Ivoire tout simplement en otage. Le peuple ivoirien, a montré son courage en refusant de se soumettre à la vindicte dictatoriale de l’ex-président en appliquant courageusement le mot d’ordre de désobéissance civile. Les Ivoiriens ont démontré leurs capacités à lutter pour la démocratie au péril de leurs vies.

Je m’adresse ici et maintenant aux corps constitués et à nos vaillantes forces de défense et de sécurité. Aux corps constitués, appelant à votre sens élevé de l’intérêt supérieur de la nation, je vous demande de désobéir aux ordres illégaux et de rallier le Conseil national de transition.

Aux forces de défense et de sécurité, vous me connaissez, chers soldats, des années durant, nous nous sommes battus dans les broussailles comme dans les agglomérations. Notre idéal était d’apporter à la Cote d’Ivoire la démocratie et la liberté. Je voudrais vous dire aujourd’hui, que malgré tout, que rien n’est perdu. Je voudrais vous dire que nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, par peur et par poltronnerie laisser s’installer durablement la dictature clanique de M. Alassane Ouattara et contempler l’empire de la terreur s’étendre dans notre pays et prendre possession de l’âme de notre nation. C’est pourquoi, je demande à vous soldats, sous-officiers, officiers, officiers supérieurs et officiers généraux de notre armée de vous regarder dans le miroir de votre âme et de de votre conscience et d’agir pour stopper les tueries. Agir pour préserver notre pays de pogrome intercommunautaire, agir pour rétablir la paix et la concorde, agir pour redonner à notre constitution ses lettres de noblesse. M. Alassane Ouattara n’est plus le président de la République de Côte d’Ivoire. Cela est indéniable.

Ayant épuisé son deuxième et dernier mandat, il ne peut plu exercer les charges et la fonction de chef de l’Etat. Il s’agit pour vous, dans l’honneur et la dignité de mettre un terme au spectre de la guerre civile qui menace tous les jours notre pays.

Pour terminer, j’appelle toutes les forces vives de la nation, les jeunes, les femmes, toutes les couches de notre beau pays balafré et assassiné à se lever. Nous devons poursuivre la désobéissance civile avec plus de détermination dans nos villes et villages afin de faire de respecter la volonté de la grande majorité des Ivoiriens.

Chères concitoyennes, chers concitoyens. Entre l’oppresseur et le peuple opprimé, il nous faut choisir, et ce choix, c’est maintenant. Personne ne peut prétendre aimer la Côte d’Ivoire plus que l’Ivoirien. Personne ne viendra nous libérer à notre place. Nous ne devons compter que sur nous-mêmes pour vaincre ou périr. Et nous vaincrons car nous savons, nous avons la vérité et Dieu est avec nous. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Je vous remercie ».