Situation politique / Retour annoncé de Gbagbo : Affi sérieusement menacé

Politique
Publié le Source : Soir info
situation-politique-retour-annonce-de-gbagbo-affi-serieusement-menace Affi N’Guessan joue sa survie sur l’échiquier politique national.

Mise en place de différents comités d’accueil, retour annoncé de pro-Gbagbo en exil, implication des acteurs de la vie sociopolitique ivoirienne dont le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié… Les préparatifs pour le retour de l’ex-président Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, vont bon train. Mais sans Affi N’Guessan, président légal du Front populaire ivoirien (Fpi).

Ce retour annoncé de Laurent Gbagbo, définitivement libéré, le mercredi 31 mars 2021, par la Cour pénale internationale (Cpi), sera déterminant pour l’avenir politique d’Affi N’Guessan, selon certains observateurs. Persona non grata dans l’opposition pro-Gbagbo, sans véritable poids à l’hémicycle où il n’intègre d’ailleurs aucun groupe parlementaire, l’ex-Premier ministre est clairement en difficulté. Alors qu’il a été, pendant plusieurs années, l’un des gardiens du temple, son titre de président sera certainement mis en cause fortement, avec l’arrivée de son « patron ».

Au dire des connaisseurs de la vie politique ivoirienne, avec la montée en puissance de certains cadres de la plateforme proche de l’ancien chef de l’État, notamment Georges-Armand Ouégnin, président de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Eds), et le retour à Abidjan de caciques de l’ancien pouvoir, à savoir Justin Katinan Koné, Adia Damana dit Pickass, Jeannette Koudou et autres, vendredi 30 avril 2021, les choses ne devraient pas être aisées pour Affi N’Guessan.

Si pour des observateurs, l’unique option qui s’offre à Affi N’Guessan est une « réhabilitation » par Laurent Gbagbo dans le cadre de l’unification du parti, le « banni » a une approche différente. Dans un rectificatif qu’il a produit, le 2 avril 2021, sur Facebook, l’ex-chef du gouvernement a dit sa volonté de souscrire à d’éventuelles démarches allant dans le sens de cette unification, à condition que celles-ci soient conformes aux textes régissant le parti et à la volonté des militants. « Je démens l’existence de tout accord relatif à l’unité du parti. Bien entendu, je demeure ouvert à toute proposition tendant à cette unité, dans le respect des textes du Fpi et de la volonté de ses militants », avait-il souligné. Et d’ajouter : « L’unité de notre famille politique a été ces dernières années, pour moi, une préoccupation constante. C’est notamment pour cette raison que je me suis rendu les 4 et 5 janvier 2020 à Bruxelles pour rencontrer le président Gbagbo. Je lui ai fait une double proposition portant à la fois sur l’unité du Fpi et sur la participation du parti à l’élection présidentielle de 2020. Il a alors demandé que cette discussion soit menée à Abidjan avec une délégation que conduirait Assoa Adou. Cette discussion a démarré mais n’a jamais été menée à son terme, faute de volonté de leur part ».

 

Retour en force

Bien avant cette nouvelle « brouille », Affi N’Guessan avait pourtant réussi à s’imposer comme l’une des principales figures de l’opposition ivoirienne, à quelques semaines de la présidentielle du samedi 31 octobre 2020. Quand Affi N’Guessan, longtemps isolé par ses camarades du « Parti de Gbagbo » et de l’opposition, décide, avant cette présidentielle, de rejoindre la coalition de l’opposition, il n’y fait pas de la figuration. Il en devient le porte-parole auprès de Henri Konan Bédié, président du Pdci. Autant chez ses camarades du Fpi que dans toute l’opposition, « le lion du Moronou » qui a, dans la foulée, sacrifié sa participation à l’élection présidentielle, est très vite remonté dans les estimes, pour se poser comme l’un des acteurs avec lesquels il faut compter dans le « combat » contre le pouvoir de Alassane Ouattara, en lice pour un 3e mandat. Il sera d’ailleurs l’un des plus en vue dans la désobéissance civile engagée par l’opposition pour empêcher la tenue de la présidentielle et obtenir préalablement de nouvelles réformes de l’environnement sociopolitique, notamment celle de la Commission électorale indépendante (Cei). « Pour nous, il n'y aura pas d'élection samedi prochain. Nous nous battrons pour qu'elle ne se déroule pas. Il y aura des barrages, les Bureaux de vote ne seront pas ouverts, le pouvoir ne pourra pas déployer des dizaines de membres des forces de l'ordre dans chaque Bureau de vote et il sera impossible d'organiser une élection sereine, digne de ce nom, qui sera reconnue par la communauté internationale », avait martelé Affi N’Guessan, le 27 octobre 2020, sur les ondes de Radio France internationale (Rfi).

C’est encore lui qui annoncera aux lendemains de la présidentielle, la création du Conseil national de transition (Cnt), présidé par Henri Konan Bédié, en remplacement du gouvernement d’Alassane Ouattara jugé «illégal». Mais lorsque le pouvoir d’Abidjan durcit le ton, la plateforme se casse littéralement. Plusieurs responsables du Pdci sont arrêtés et certaines figures des autres partis de l’opposition, en l’occurrence Affi N’Guessan et Mabri Toikeusse, président de l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (Udpci), disparaissent des radars.

Affi N’Guessan, arrêté, recouvrira la liberté, le 30 décembre 2020, sans pour autant retrouver sa place au sein de la plateforme de l’opposition qui s’est, entre-temps, réformée avec la montée en puissance de Georges-Armand Ouégnin, président de la plateforme Eds, proche de Laurent Gbagbo. C’est d’ailleurs avec cette plateforme que Henri Konan Bédié scellera l’alliance pour les législatives du 6 mars 2021, excluant Affi N’Guessan et d’autres partis politiques dont l’Udpci de Mabri Toikeusse. « Malheureusement, au lieu d'une liste commune de l'opposition qui mutualise les compétences diverses, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), à travers la plateforme Cdrp dont il est le référent, et Eds ont fait le choix d'une collaboration entre leurs deux organisations politiques, excluant ainsi le principe d'une démarche consensuelle. Le Fpi prend acte de la volonté du Pdci et de sa plateforme dénommée Cdrp ainsi que de celle de Eds de ne pas coopérer avec l’ensemble de la coalition des plateformes et partis politiques de l’opposition », avait dénoncé le Fpi dans un communiqué signé de son Secrétaire général (Sg) Issiaka Sangaré, le 18 janvier 2021.

L’alliance de remplacement avec la plateforme Arc en Ciel de l’Udpci, La Voix du peuple du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) et Agir ne sera pas particulièrement bénéfique pour l’aile légale du Fpi, à l’issue des législatives puisqu’Affi N’Guessan n’en récoltera que 2 sièges contre 17 pour Eds, son rival.

 

Alassane SANOU