Système politique, démocratie, violences électorales : Le décryptage du juriste et politologue Geoffroy-Julien Kouao, ce qu'il propose

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systeme-politique-democratie-violences-electorales-le-decryptage-du-juriste-et-politologue-geoffroy-julien-kouao-ce-qu-il-propose Geoffroy-Julien Kouao est auteur de plusieurs ouvrages dont « Côte d’Ivoire : la troisième république est mal partie ».
Politique

Du 05 au 07 mai 2021, dans la cité balnéaire de Grand-Bassam, s'est tenu un séminaire de renforcement de capacités des jeunes leaders sous le thème « Jeunesse et démocratie ». Le séminaire était organisé par la fondation Konrad Adenauer Stiftung. Et c'est au juriste et politologue ivoirien, Geoffroy-Julien Kouao, qu'il est revenu de donner la conférence inaugurale de cadrage avec pour thème : « Démocratie: Grands principes, valeurs et piliers ».

L'expert est parti de la définition de la démocratie comme « système politique » et « concept valorisant » pour en arriver à la « démocratie libérale », laquelle repose sur trois piliers distincts cumulativement exigés : l’État de droit ; la liberté et l’élection. « L’État de droit suppose une stricte application du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs. Le parlement vote les lois, le gouvernement met en application les lois et la justice sanctionne la violation de l’application de la loi. La séparation des pouvoirs, dans une démocratie libérale, c’est surtout l’indépendance de la justice », a fait observer Geoffroy-Julien Kouao. « Le juge doit pouvoir dire le droit en toute liberté, en toute impartialité, en toute neutralité selon sa science (le droit) et, parfois sinon souvent, selon sa conscience (le bon sens). L’indépendance de la justice est gage de bonne gouvernance », devait ajouter le politologue. « L’indépendance de la justice suppose que le statut ou la carrière des magistrats ne dépende pas de l’exécutif ou du parlement. Peut-on parler d’indépendance de la justice, quand le ministre de la justice est le supérieur hiérarchique du procureur général et du procureur de la République ? Peut-on parler d’indépendance de la justice quand le magistrat du siège peut être muté à tout moment pour nécessité de service ?  Les membres du parlement sont élus, le président de la République, patron de l’exécutif est élu. Pourquoi les magistrats, qui agissent, eux-aussi, au nom du peuple ne sont-ils  pas élus ? Une réforme allant dans ce sens est souhaitable », a argué le directeur du Think tank « Mou-Mou-né, Institut des libertés ».

 

« Expression plurielle »

 

S'agissant de la liberté, cet autre « pilier » de la démocratie libérale, le politologue a parlé « d'expression plurielle ».  « Sur le plan politique, l’expression plurielle renvoie au multipartisme (…) Les luttes démocratiques en Afrique, dans la décennie 90, avaient pour revendication principale, l’instauration du multipartisme. Ce n’est pas assez de proclamer le multipartisme, le principal consiste à permettre aux formations politiques de s’exprimer et d’agir librement. D’où la pertinence d’une loi sur les partis politiques, leur financement et surtout le statut de l’opposition », a relevé M. Kouao.  Puis de faire cette réflexion : « Peut-on parler de multipartisme dans un État où le destin des opposants est la prison ? Peut-on parler de multipartisme dans un Etat où le parti au pouvoir monopolise les médias d’État ? Peut-on parler de multipartisme dans un État où le parti au pouvoir se confond avec l’Etat et agit en parti-Etat ? Ce serait une avancée démocratique et constitutionnelle si le président de la République ne pouvait pas,  légalement,  présider un parti politique.  Ce cumul de fonction fragilise la fonction présidentielle. Selon la constitution ivoirienne, le chef de L’Etat incarne l’unité nationale. Mais, comment peut-il, valablement, incarner l’unité nationale quand il est le chef d’un camp politique ? ».

Au niveau social, a encore expliqué le politologue, la liberté renvoie à la liberté syndicale, à la liberté d’association. « La démocratie libérale donne la possibilité aux populations  d’être  des  citoyens. Au delà du caractère associatif, les syndicats, les Ong, les fondations, les mutuelles sont d’excellents instruments de construction et de formation à la citoyenneté. Encore faut-il espérer que les Ong et syndicats ne remettent pas en cause cette liberté en s’inféodant aux partis politiques ou à la puissance gouvernementale », a analysé M. Kouao.

Quid de l'élection, troisième pilier de la démocratie libérale ? « L’élection est consubstantielle à la démocratie libérale. L’élection, non seulement sert à légitimer le pouvoir des gouvernants, mais aussi et surtout,  permet ou favorise l’alternance politique », s'est évertué à expliquer Geoffroy-Julien Kouao.

« La constitution et le code électoral ne doivent pas se contredire ou être contraires aux valeurs démocratiques. Par exemple, quand la constitution dispose que le suffrage est universel, libre, et égal, et que le code électoral instaure un cautionnement de 50.000.000 f cfa à l’élection du président de la République, il y a problème », a posé le politologue. Selon lui, le cautionnement consacre le suffrage restreint, précisément, le suffrage censitaire, c'est-à-dire, la ploutocratie. « Dans une démocratie libérale, on ne peut pas juger la capacité d’un citoyen à diriger à l’aune de sa bourse », a fait valoir M. Kouao.

Analysant les violences électorales en Côte d'Ivoire, depuis trois décennies,  l'expert a estimé qu'elles traduisaient « éloquemment le refus de la démocratie par les élites politiques ivoiriennes ».

Geoffroy-Julien Kouao est auteur de plusieurs ouvrages dont « Côte d’Ivoire : la troisième république est mal partie » et « Côte d’Ivoire, une démocratie sans démocrates ? La ploutocratie n’est pas la démocratie ».

 

Kisselminan COULIBALY