Côte d'Ivoire

« Affaire complot contre l’autorité de l’État » : Depuis la Maca, un mis en cause blanchit Babily Dembélé et lui demande pardon

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affaire-complot-contre-l-autorite-de-l-etat-depuis-la-maca-un-mis-en-cause-blanchit-babily-dembele-et-lui-demande-pardon Le témoignage qui a été fait donne beaucoup de chance à Babily Dembélé de recouvrer la liberté.
Politique

Sur dénonciation de Minta Dramane, un ex-combattant incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), Babily Dembélé, président du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (CIDP) et quatre de ses collaborateurs ont été enlevés, le mercredi 21 octobre 2021, au siège de ce parti, à Cocody Riviera Ciad, avant d’être mis sous mandat de dépôt le lundi 26 octobre 2020 à la Maca pour « Complot contre l’autorité de l’Etat ». Pris de remords, le dénonciateur a décidé de blanchir Babily Dembélé et lui demander pardon par la même occasion. Ci-dessous les détails donnés par le confrère BAMBA Idrissa du quotidien Soir Info.

C’est un élément important dans la suite du dossier de Babily Dembélé, président du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (Cidp), détenu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), depuis le 26 octobre 2020, sous le chef d’accusation de « Complot contre l’autorité de l’État ». C’est que, Minta Dramane, un mis en cause dans cette affaire, depuis la Maca où il est incarcéré, a décidé de dire sa part de vérité. En effet, dans un courrier transmis d’une part à Madame le juge du 10e cabinet d’Abidjan-Plateau, sous le numéro 1669 à la date du 14 mai 2021, et d’autre part au Procureur de la République sous le numéro 1673, toujours à la date du 14 mai 2021, ce prisonnier logé au Bâtiment C dans la Cellule 104, se confesse par rapport aux accusations portées contre Babily Dembélé. Mieux, il demande pardon au président du Cidp et à ses collaborateurs détenus à la Maca.

Pour Minta Dramane, né à Bouaké en 1982, Babily Dembélé est plutôt victime d’un complot, qu’il n’ait eu l’intention d’en fomenter.

« Oui, je confirme que j’étais en mission pour Ladji Ouattara Justice qui est un bras droit de Wattao (feu le commandant Issiaka Ouattara, Ndlr) et aussi en mission de déstabilisation avec les éléments de Wattao et de (...), qui avaient tous des liens directs avec Guillaume Soro. Et quand j’avais été arrêté à Bouaké en août 2020, j’étais avec Mamadou Dosso, l’envoyé de Ladji Ouattara Justice, qui avait deux kalach appartenant à Ladji Ouattara Justice. Et quand j’ai été arrêté, pendant que j’étais à Sebroko (ex-hôtel situé à Attécoubé), Ladji Ouattara Justice m’a dit ceci : « c’est Babily qui est visé par le pouvoir. Donc, il faut lui faire endosser tous nos projets de déstabilisation, et toi tu seras libéré avec une promesse de 10 millions de francs », relate-t-il, avant de se confesser en ces termes : « En réalité, ma main sur le coran, M. Babily est totalement innocent. C’est une cabale montée de toute pièce contre M. Babily, par Ladji Ouattara Justice et la Dst (Direction de la surveillance du territoire, Ndlr) ».

Révélant ce qui s’est passé à la Dst, Minta Dramane, polygame et père de 5 enfants, de soutenir : « à la Dst, le commissaire qui m’a auditionné m’a dit de porter toutes les charges contre la personne de Babily qui est contre Alassane Ouattara (le chef de l’État, Ndlr), et qu’après l’audition, il va me libérer et que je serai recruté à la police comme officier ».

Dans la chute de la missive adressée à la juge du 10e cabinet, Minta Dramane précise avoir porté ces informations à la connaissance de celle-ci, « pour avoir la conscience tranquille ». Mieux, il se dit prêt à témoigner partout où on l’appellera. Il est convaincu qu’il a été dénoncé par Ladji Ouattara Justice parce qu’il a tout simplement refusé de tremper dans la funeste mission de déstabilisation du pays.

« Je demande pardon à M. Babily et à tous ses collaborateurs politiques détenus à la Maca pour cette affaire, qui sont : M.M. Konan Florent, Ouattara Issouf et Dépié Gnoléba Marius », conclut-il.

Nos tentatives d’avoir la version de Ladji Ouattara Justice n’ont jusque-là pas abouti.

Pour rappel, sur dénonciation d’un ex-combattant, Babily Dembélé et quatre de ses collaborateurs ont été enlevés, le 21 octobre 2020, au siège du Cidp à Cocody-Riviera Ciad, par des hommes en cagoule fortement armés. Après quelques jours de détention à la Direction de la surveillance du territoire (Dst), ils ont été mis sous mandat de dépôt à la Maca, le 26 octobre 2020, 5 jours avant la présidentielle du 31 octobre. Babily Dembélé est accusé d’« atteinte à l'autorité de l'Etat ». Chose qu’il a toujours rejetée, se réclamant un engagé pour la paix, le dialogue et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Malgré sa détention, il n’avait pas hésité à féliciter, à travers un courrier, le président Alassane Ouattara, pour sa « brillante victoire lors de la présidentielle du 31 octobre 2021 ». Mieux, il lui avait demandé de continuer à rechercher la paix et la réconciliation des Ivoiriens, et s’était engagé à lui apporter son concours en ce sens. Satisfaite de cette attitude, la présidence ivoirienne a félicité en retour Babily Dembélé pour son courrier empreint de responsabilité.

Babily Dembélé, faut-il le souligner, a eu une riche carrière universitaire. Mathématicien formé à l’Académie des sciences de Paris, il obtient le diplôme d’architecte expert en Construction et en aménagement de l’espace (Cae). Au plan professionnel, il a exercé à la Banque africaine de développement (Bad), en qualité d’expert chargé des ponts-chaussées et bâtiments.

Cet éminent intellectuel est le fondateur du Cabinet international d’architecture et de développement (Ciad) ; une société qui a réalisé, sur fonds propres, plusieurs programmes immobiliers, dont Ciad 1 et Ciad 2, de 800 logements.

Au plan social et religieux, Babily Dembélé a construit des mosquées et des églises et fait régulièrement des dons aux pauvres, en toutes circonstances. On s’en souvient, il a offert un véhicule, il y a deux ans, à une importante association de chefs traditionnels, afin de leur permettre de sillonner le pays pour sensibiliser à la paix et à la réconciliation.

Au plan politique, Babily Dembélé a été à la base de la réconciliation du canton Guébié avec le Pdci-Rda, en 1995, et médiateur pour le règlement de la crise entre les deux principales organisations musulmanes de Côte d’Ivoire, que sont le Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques (Cosim) et le Conseil national islamique (Cni). Babily Dembélé a, par ailleurs, joué un rôle prépondérant au Forum de la réconciliation nationale en 2001, en qualité de Conseiller du Premier ministre feu Seydou Elimane Diarra. Après avoir fondé le Cidp en 2012, il a constamment attiré l’attention de la classe politique sur la nécessité de faire en sorte qu’il n’y ait plus de conflits armés en Côte d’Ivoire, et à s’inscrire dans le dialogue. Toujours dans la quête de stabilité du pays, il est parvenu, le 24 octobre 2019, à sceller la réconciliation et l’union entre environ 125 000 ex-combattants pro-Gbagbo et pro-Ouattara de la crise post-électorale de 2010-2011.

« C’est un homme bon qui ne mérite pas d’être en prison mais plutôt aux côtés des populations », résume un chef traditionnel qui a bénéficié de ses largesses. Pour lui comme d’autres personnes avec qui nous avons échangé, Babily Dembélé qui, rappelons-le, a félicité le président Alassane Ouattara pour sa réélection, pourrait apporter sa pierre au processus de réconciliation nationale.

 

NB : Le chapeau de l’article est de Linfodrome