Côte d'Ivoire

KKB lors d’un séminaire de son ministère à Jacqueville : « La réconciliation ne se fera pas sans la prise en compte de vous, les victimes »

Politique
Publié le Source : Linfodrome
kkb-lors-d-un-seminaire-de-son-ministere-a-jacqueville-la-reconciliation-ne-se-fera-pas-sans-la-prise-en-compte-de-vous-les-victimes Le ministre KKB (au centre, en lunette) a donné des assurances aux victimes de crises ivoiriennes.

Dans son discours d’ouverture du séminaire de réflexion qu’il a initié les 9, 10 et 11 juin 2021, à Jacqueville autour du thème « Victimes et réconciliation nationale », le ministre de la Réconciliation et de la cohésion nationale, Kouadio Konan Bertin dit KKB, a rassuré les victimes de crises ivoiriennes qu’elles ne seront pas sacrifiées sur l’autel de la réconciliation nationale.

Le ministre de la Réconciliation et de la Cohésion nationale, Kouadio Konan Bertin était, ce jeudi 10 juin 2021, à Jacqueville dans le cadre du séminaire de réflexion qu’il a initié autour du thème « Victimes et réconciliation nationale ». Il a été félicité par Payne Denis-Yacé, la représentante du président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), Dr Eugène Aka Aouélé et Silué Kagnon représentant le président du Sénat, Me Jeannot Ahoussou Kouadio, en présence de la prefète de Jacqueville, Oulla Félicité, pour l’initiative. Ces deux personnalités ont demandé aux victimes, représentées par une vingtaine d’organisations, de pardonner et de s’inscrire dans le processus de réconciliation nationale.

KKB a fait un discours dense que Linfodrome propose, in extenso, aux internautes. « Depuis quelques années, face aux difficultés de toutes natures engendrées par des crises successives auxquelles notre pays est confronté, nous sommes à la recherche d’une porte de sortie, d’une solution qui ferait taire nos haines recuites, nos antagonismes et panser, par la même occasion, les souffrances des victimes. Nous recherchons la voie royale qui permettrait à chaque ivoirienne, à chaque ivoirien, d’envisager son existence autrement que sous la gouverne désastreuse de la énième crise à venir. En tant que nation, nous méritons mieux et notre pays aspire, plus que jamais, à tenir et à amplifier son rôle de moteur économique, social et culturel de la sous-région. Je sais le chemin étroit, car tenter de donner un sens humain à ce qui fut l’inhumain même, n’a jamais été une entreprise aisée ; cependant, je suis conforté chaque jour dans ma mission par la confiance des plus hautes autorités de ce pays et par les remontées favorables du pays profond. La mission n’est, certes, pas de tout repos, mais je ne pars pas de zéro.

Mesdames et Messieurs, beaucoup a déjà été fait pour que la réconciliation et la cohésion nationale ne soient pas que de vains mots. A cet égard, permettez-moi de rendre ici un hommage appuyé au président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara sans qui, rien de ce qui a été fait n’aurait pu l’être et rien de ce qui sortira d’ici ne connaitra de traduction en actes. Je souhaiterais, en votre nom, remercier le chef de l’Etat pour l’attention toute particulière qu’il accorde à la question de la réconciliation et sur laquelle il ne cesse de poser des actes sans équivoque et visibles de chacun. Dès lors, notre action, à tous, devrait être de lui faciliter la tâche en envoyant à lui-même ainsi qu’au pays tout entier les signaux positifs qui le conforteront dans l’orientation imprimée à cette question d’intérêt majeur pour les générations d’aujourd’hui et du futur.

Je joints au président de la République, le Premier ministre Patrick Achi qui est à la tâche sur ce dossier et dont les arbitrages nous permettront de faire monter en puissance la cause de la réconciliation et de la cohésion nationale. Dans ce droit fil, je voudrais saluer l’action de mes différents prédécesseurs, avec une mention spéciale pour le professeur Mariatou Koné qui n’a ménagé aucun effort pour placer au rang de priorité nationale la thématique de la réconciliation nationale avec des résultats tangibles obtenus grâce à la Conariv, le Pncs et le Fonds de solidarité. Dans cet élan de gratitude, comment oublier nos partenaires au développement, les organisations des droits de l’Homme, les organisations caritatives qui ont accompagné le processus de réconciliation jusqu’à ce jour. Je les invite à ne pas relâcher leurs efforts jusqu’au retour définitif de la paix. Mesdames, Messieurs, il n’échappe à personne que s’il est plus facile de faire la guerre, il est, malheureusement, infiniment plus ardu de faire la réconciliation. Réconcilier à l’échelle d’une nation déchirée, c’est travailler sur du temps long, c’est accepter de s’inscrire dans un processus complexe. En effet, par essence, la guerre brise des vies, obscurcit les horizons, éteint l’espérance. Revenir de cette nuit noire prend forcément du temps, beaucoup de temps.

« Jacqueville doit marquer une nouvelle étape et porter une vision renouvelée du traitement de la problématique des victimes »

Mesdames et Messieurs, la construction de cette paix durable à travers la réconciliation ne se fera donc pas sans la prise en compte de vous, les victimes. Vous êtes au cœur de cette politique et rien de ce qui vous préoccupe ne sera mis de côté. Soyez-en assurés, vous êtes l’épicentre, le poteau-mitan de notre politique et de notre stratégie de retour à la stabilité. En vous conviant ici, à Jacqueville, au cœur des peuples Alladjan, Ahizi et Avikam, des populations paisibles et dont on n’entend jamais parler défavorablement, nous avions à cœur d’indiquer la voie à suivre sur le plan des symboles. Comme ces populations de pêcheurs qui vivent en harmonie avec l’océan et les lagunes, je vous invite à remiser vos blessures réelles, profondes et douloureuses pour vous engager sur la voie de la paix intérieure qui est le préalable à la production de l’espoir, à la fécondation de l’espérance, d’une nouvelle espérance. Je n’ai aucun doute que si vous, qui portez sur vos corps, dans vos esprits, jusque dans vos âmes, les marques et les souffrances des crises, acceptez de parler le langage de la réconciliation, alors, plus rien ne pourra entraver ce processus. En tant que ministre de la Réconciliation et de la cohésion nationale, je comprends, parfois, vos éclats de voix, il m’arrive même de percer les mystères de vos silences sertis de gravité. Pour autant, l’Etat qui ne cesse de vous accompagner dans votre longue marche vers la reconstruction vous invite à vous élever au-dessus de vos meurtrissures légitimes pour être les fers de lance du renouveau de notre pays. De ce point de vue, Jacqueville doit marquer une nouvelle étape et porter une vision renouvelée du traitement de la problématique des victimes. Cette nouvelle vision, nous avons souhaité la co-construire avec vous. Je sollicite donc votre implication pleine et entière. Saisissez-vous du cadre de réflexion qui vous est ainsi offert pour faire connaitre vos véritables attentes, vos espoirs. Mais aussi, pour nous indiquer comment vous comptez contribuer significativement à la réconciliation elle-même. Pour accomplir ce travail de production de nouvelles idées, de nouveaux projets peut-être, vous ne partirez pas du néant. L’histoire tourmentée de l’humanité nous apporte quelques références qu’il n’est pas sans intérêt d’avoir à l’esprit. J’en prendrai deux.

« Ce que peuvent faire les victimes et les associations de victimes quand elles sont unies et regardent dans la même direction »

Après la première guerre mondiale, l’Union des blessés de la face et de la tête (Ubft) qui a désigné en France les victimes ayant subi une ou plusieurs blessures au combat et affectées par des séquelles physiques graves, particulièrement au visage, d’où l’appellation de « gueules cassées », a fortement inspiré la création de la « Loterie nationale Française » en 1933 qui s’appelle aujourd’hui la « Française des jeux » (Fdj), qui est l’une des grandes entreprises françaises les plus prospères.

Au Rwanda, plus proche de nous, les victimes du génocide regroupées au sein de l’association Ibuka qui signifie en Kinyarwanda « souviens-toi » ont fortement contribué à la traduction en actes de la politique mémorielle post-génocide. Elle s’est notamment investie dans les cérémonies commémoratives et les lieux de mémoire, qui sont aujourd’hui un passage obligé pour tout visiteur de Kigali.

Ces deux exemples, ces deux expériences, montrent ce que peuvent faire les victimes et les associations de victimes quand elles sont unies et regardent dans la même direction. Bien entendu, la crise ivoirienne est, fort heureusement, sans commune mesure ni avec la grande guerre ni avec le génocide du Rwanda. Il ne s’agit donc pas de copier servilement des recettes identiques aux deux situations évoquées ci-dessus. Cependant, il existe un vaste champ des possibles que je vous invite à explorer en laissant derrière vous les divisions improductives et les initiatives sans lendemain car contraires à la marche de notre histoire nationale. La réconciliation et la paix sont nos seuls chemins. Empruntons-les sans plus attendre. Sur ce, je déclare ouvert le séminaire de Jacqueville sur « Victimes et réconciliation nationale » des 9,10 et 11 juin 2021.

Je vous remercie ».

Adolphe Angoua

Info : S.A.

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