3 morts et 4 blessés suite à une autre embuscade: Les djihadistes narguent la Côte d’Ivoire et la France

Politique
Publié le Source : Soir info
3-morts-et-4-blesses-suite-a-une-autre-embuscade-les-djihadistes-narguent-la-cote-d-ivoire-et-la-france Cette nouvelle attaque se veut un pied de nez fait aux autorités ivoiriennes et françaises.

Il y a de quoi à faire perdre la force morale aux soldats déployés dans le Nord ivoirien. Depuis au moins un an, les populations de la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire et les soldats déployés dans cette zone sont en proie à des attaques terroristes meurtrières. 18 morts en l’espace de 12 mois enregistrés au Nord, ajoutés aux 19 morts de la plage de Grand-Bassam, cela fait 37 militaires et gendarmes tués en Côte d’Ivoire par les terroristes. La dernière en date remonte au samedi 12 juin 2021, faisant 3 morts et 3 blessés.

Comme un pied de nez aux autorités ivoiriennes et françaises, cette attaque intervient seulement deux jours après l’inauguration, en grande pompe, de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (Ailct), par Patrick Achi, Premier ministre ; Téné Birahima Ouattara, ministre d’Etat, ministre de la Défense, et Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères.

Le chef du gouvernement ivoirien avait, dans son propos, déclaré, « une guerre totale » aux islamistes. « Ainsi, face à ce fléau et son lâche cortège d’atrocités, face au feu dévorant du djihadisme, nous n’avons pas le droit de demeurer interdits. Plus que jamais, il nous faut faire corps. Plus que jamais, il nous faut faire front. Ce sera ici à Jacqueville, le rôle de l’Académie internationale. Elle sera l’avant-garde de la riposte d’une Afrique de l’Ouest libre et consciente, spécialement entraînée et irrémédiablement déterminée. Elle sera le fer de lance d’une guerre totale des valeurs, comme des projets de société. Elle sera l’architecte d’une victoire de la civilisation lumineuse mais résolue des Hommes, face à l’obscurité funeste des fanatiques », avait déclaré Patrick Achi.

Les djihadistes voudraient lui répondre voire le railler, le narguer, qu’ils ne s’y prendraient autrement… Ces attaques, de plus en plus récurrentes, causent aujourd’hui une grande inquiétude dans le pays, tant chez les autorités militaires, politiques qu’administratives. Surtout que le mode opératoire s’est nettement perfectionné, avec maintenant des engins explosifs. Ce sont trois soldats (deux militaires et un gendarme) dont le camion de transport de troupes a sauté sur un engin explosif improvisé (Eei), qui ont trouvé la mort, sur l’axe Téhini-Zepo-Togolokaye, dans le Nord-Est du pays, à la frontière avec le Burkina-Faso. « De retour d’une patrouille aux environs de 19 h 30, un véhicule militaire transportant des militaires et gendarmes est passé sur Eei qui a explosé, causant 3 morts et 3 blessé », indique le communiqué de l’état-major.

Cette nouvelle attaque meurtrière, la quatrième en moins de deux mois, s’inscrit dans une longue liste des incursions djihadistes dans cette partie de la Côte d’Ivoire. Dans cette même zone, le 7 juin 2021, la localité de Tougbo a été la cible d’une horde d’individus puissamment armés, faisant un mort dans les rangs des militaires ivoiriens. Lundi soir vers 21 h (locales et Gmt), « la localité de Tougbo, située dans le département de Bouna et frontalière du Burkina Faso, a été attaquée par des individus armés », indiquait, mardi 8 juin, un communiqué signé du général Lassina Doumbia, Chef d'état-major général des armées ivoiriennes.


Des mesures draconiennes s’imposent


« Le détachement des Forces armées de Côte d'Ivoire prédéployé sur les lieux a immédiatement réagi et repoussé l'ennemi », ajoutait le communiqué qui précisait que « le bilan provisoire fait état d'un soldat ivoirien mort des suites de ses blessures ». « Les opérations militaires de ratissage » pour retrouver les assaillants « se poursuivent sur le terrain avec l'arrivée de renforts dépêchés dans la zone », informait la même source.

Début février 2021, Bernard Emié, patron du renseignement extérieur français, a affirmé, selon l’Agence France presse (Afp), « qu’Al-Qaïda au Sahel développait un projet d'expansion vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d'Ivoire et le Bénin, ce à quoi le gouvernement ivoirien avait répondu qu'il était déjà « alerté » et maintenait la vigilance permanente concernant cette problématique de terrorisme ».

Ce sont d’abord Kafolo et Kolobougou qui ont été les premières localités frontalières avec le Burkina Faso a être visées par ces fous d’Allah. C’était dans la nuit du 10 au 11 juin 2020 que 14 soldats ivoiriens sont tombés sous les balles de ces djihadistes. Ces djihadistes avaient pris pour cible, la ville de Grand-Bassam, faisant 19 morts sur la plage, en mars 2016. « Le Nord de la Côte d’Ivoire frontalier avec le Burkina Faso commence à être sous l’emprise des groupes. Cette région constitue un enjeu important de sécurité pour l’État ivoirien », avait affirmé à l’Afp, Lassina Diarra, un expert antiterroriste ivoirien, ajoutant que « depuis quelques mois, des personnes, certes ultra-minoritaires commencent à être séduites » par les djihadistes.

Ces groupes terroristes, dit-on, sont liés directement à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique (Ei) implanté au Burkina Faso, au Niger et au Mali et possédent des cellules dormantes en Côte d’Ivoire. Cette spirale des attaques a de quoi à faire perdre la force morale, élément clé de combat, aux soldats déployés à la surveillance de la frontière Nord.

Aujourd’hui, c’est l’intégrité du territoire qui est en danger. La menace terroriste est d’autant plus forte voire élevée, que des mesures draconiennes de stabilisation de cette zone frontalière du Nord s’imposent.

Armand B. DEPEYLA