Retour de Gbagbo: Joseph (chef de terre de Mama) : « Si nous avions un aéroport, il aurait atterri directement à Mama »

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retour-de-gbagbo-joseph-chef-de-terre-de-mama-si-nous-avions-un-aeroport-il-aurait-atterri-directement-a-mama Le chef de terre de Mama, heureux d'attendre son fils.
Politique

Le chef de terre de Mama a répondu à nos questions relativement à l'arrivée prochaine de l'ancien chef de l’État, fils du village de Mama, Laurent Gbagbo.

Dans quel état d’esprit se trouve le village ?

Jusqu'à aujourd'hui, on annonce son arrivée. La joie se multiplie. On n’a pas mangé, mais on n’a pas faim. Le village s’est mobilisé pour nettoyer les alentours de sa résidence, l’entrée du village, les rues, la clôture de sa résidence et l'intérieur. La résidence, qui était occupée par les parents depuis 2011, est propre. Aujourd’hui, samedi 12 juin, le village est allé nettoyer le stade, pour accueillir ceux qui viendront.

Laurent Gbagbo peut-il dormir dans sa maison de Mama ?

Sa maison a été réhabilitée et nous avons dépassé le stade des réparations. Nous n’avons pas d’aéroport à Mama, sinon, il aurait atterri directement ici. Et c’est pourquoi le pays va certainement l’accueillir à Port-Bouët. Autrement, il serait venu directement à Mama. Il viendra dormir dans sa maison sans problème.

Que réserve la coutume bété au retour d’un fils tel Laurent Gbagbo qui s’est absenté très longtemps du village pour les raisons que nous savons ?

Quelqu’un qui a été fils de tout le monde, se doit d’être lavé de toutes les souillures, de calomnies, de mensonges, de vie en prison. Il reçoit le signe traditionnel par le coq. Et c’est ce qui est en train d’être préparé par moi-même.

Vous a-t-on donné une date de son arrivée à Mama ?

Après le 17 juin, il peut attendre quelques jours, puisqu’il a des occupations et certainement des rendez-vous, mais pas des semaines. Donc, j'estime que les 17, 18, 19 juin, il peut répondre à ses obligations. Le 20 juin à peu près, il faut qu’il soit à Mama. Après, il peut retourner sur Abidjan.

Estimez-vous qu’il doit poursuivre une vie politique ?

Mais, mon fils est mort en politique, et il est ressuscité en politique. Ce n’est pas la politique qui l’a conduit à La Haye ! Nous n’avions jamais entendu qu’un Ivoirien avait été conduit dans une prison internationale. C’est la politique qui l’a conduit à La Haye pour un certain moment. Donc, s’il revient, il va reprendre la politique. C’est la politique qui constitue son activité au quotidien comme moi je vais au champ. C’est la politique qui est son champ. Il n’a pas de plantation, pas de boutique, même pas un hectare de cacao. Donc, je ne peux lui demander, à son retour, de s’enfermer dans la maison.

Certaines voix s'élèvent pour demander que son retour se fasse dans la discrétion. Que dites-vous ?

C’est la peur, je répète, c’est la peur. Depuis qu’ils ont envoyé Gbagbo à La Haye, lui opposant 82 témoins, et que ça n’a pas marché et qu’il doit revenir... Qui aurait osé se mettre en face de lui ? Personne. C’est ce qu'on appelle 'dieu de la terre'. Gbagbo est un dieu de la terre. Donc, c’est la peur qui les envahit. Comment voulez-vous que l’on demande aux Ivoiriens de ne pas aller l’accueillir, qu’il revienne clandestinement, la nuit ? C’est la nuit qu'il a été conduit à La Haye. Donc, c’est le jour qu’il doit revenir.

Si l'on vous suit, s'il est parti clandestinement, la nuit, pour respecter le parallélisme des formes, il devrait revenir sans bruit la nuit...

Non, non et non ! Il partait là où il ignorait. Donc, il doit revenir en plein jour.

Avez-vous un message à adresser au chef de l’État ?

Je l’ai félicité pour sa déclaration, en tant que chef de l’État, et qui a fait plaisir à toute la Côte d’Ivoire, parlant de ce que le président Gbagbo peut venir quand il le souhaite. Maintenant, tout ce qui se dit, je dis non. Qu'ils mettent de l'eau dans leur vin.

Le président d'un collectif de victimes annonce des manifestations contre le retour de Laurent Gbagbo. Il demande que l'ancien président soit conduit en prison une fois en Côte d'Ivoire pour avoir été condamné dans l'affaire du « casse de la Bceao ». Comment réagissez-vous ?

A ce monsieur, je demande aussi de mettre l’eau dans son vin.

Un mot à la Côte d’Ivoire ?

Les Ivoiriens sont vraiment des gens sereins. Depuis 2010, jusqu’à aujourd’hui, il y a des endroits où il y a des tueries. On est pour autant tous tranquilles. C’est parce qu' on aime et respecte notre fils. Ceux qui sont morts, c’est la volonté de Dieu. Ce n'est pas parce qu’on est contents, mais c’est ce que Dieu a voulu. Je remercie l’Etat de Côte d’Ivoire et tous les Ivoiriens, pour leur sérénité.

Propos recueillis par Abraham Sahié TOURÉ

Correspondant régional