Après la rencontre au sommet du mardi dernier : Gbagbo – Ouattara, ce que les Ivoiriens attendent réellement

Politique
Publié le Source : L'inter
apres-la-rencontre-au-sommet-du-mardi-dernier-gbagbo-ouattara-ce-que-les-ivoiriens-attendent-reellement Les Ivoiriens attendent de leurs leaders qu’ils pratiquent une politique à  visage plus humain.

L'image tourne encore dans les esprits, forte, saisissante, rassérénante : voir Laurent Gbagbo, décontracté, tout sourire à sa descente de voiture, échouer dans les bras de son '' pire adversaire '' politique, Alassane Ouattara, tout aussi à l'aise et enthousiaste, veillant aux petits soins de son hôte du jour, on en a les larmes aux yeux, le cœur rempli de joie et d'espoir. Quand on y ajoute les échanges de propos chaleureux et d'accolades, les douces tapes amicales sur les épaules, la pause photo des deux hommes  pour la postérité, avant de prendre congés des cameramen et photographes, bras dessus, bras dessous, on ne peut que rêver de jours meilleurs dans une Côte d'Ivoire qui se retrouve après de longues années de crise.

Mardi 27 juillet 2021 sur le perron du petit palais présidentiel, 38 secondes de convivialité et de fraternité servies aux caméras du monde entier ont ainsi suffi pour faire oublier, un tant soit peu, le douloureux passé de la crise post-électorale et ses 3000 morts officiels, dont les deux leaders étaient les principaux acteurs. On aurait dit le happy end d'un angoissant thriller hollywoodien à l'issue incertaine. Elle rouvre surtout le difficile chantier de la réconciliation et de la paix sous de meilleures auspices, avec une implication forte du '' Laurent '' et du '' Alassane '' qu'on a découvert le mardi dernier. On peut ici dire que le rendez-vous tant attendu a ainsi tenu toutes ses promesses. Gbagbo et Ouattara n'ont donc pas déçu, ce mardi. Et vu l'ambiance qui a prévalu, on peut gager qu'un vent nouveau souffle et que la réconciliation nationale est possible en Côte d'Ivoire. «(…) Je suis venu rendre visite au président Alassane Ouattara que je connais depuis longtemps. On a parlé fraternellement, amicalement. Je suis très heureux de cette discussion que nous avons eue parce qu'elle était très détendue. Je suis fier de ça. J'ai souhaité que de temps en temps, on puisse avoir ce genre d'entretiens qui détendent l'atmosphère dans le pays », s'était réjoui le président Laurent Gbagbo à sa sortie d'audience avec son aîné Alassane Ouattara.

La politique autrement. C'est justement ce que les Ivoiriens attendent de leurs leaders : faire la politique autrement, y adjoindre ce visage plus humain, débarrassé de funestes pratiques, qui débouchent sur des pertes en vies humaines, bien souvent d'innocentes personnes. Nul n'est dupe en effet. La belle rencontre du mardi dernier, on le sait, ne changera pas, même d'un iota, les convictions politiques de Laurent Gbagbo, pas plus qu'elle n'infléchira celles d'Alassane Ouattara.

Il n'est certainement pas attendu du Woody de Mama qu'il prenne une carte Rhdp et milite au sein du parti houphouëtiste. Non plus qu'il casse les faucons du Fpi ou  change l'idéologie et la gestion politique de son parti. Point du tout. «Nous sommes revenus pour la réconciliation et la paix, et c'est sans reniement de nos convictions politiques, ni compromissions », lâchait, à juste titre, un baron du parti frontiste rentré récemment d'exil.

Tout comme d'Alassane Ouattara, les populations n'attendent certainement pas qu'il invite son '' frère '' Laurent à chaque Conseil des ministres ou à déjeuner dans ses résidences privées à Assinie, tous les week-end. Que nenni ! Mais que quand viendra l'heure de faire la politique et défendre ses convictions, que cela soit empreint de civilité et d'humanisme. Que l'intérêt général ne soit pas noyé dans une guerre d'égo, comme cela a été observé, et que les partis politiques constituent des instruments de construction et non de destruction du pays. Personne ne pourrait raisonnablement reprocher à Laurent Gbagbo de retourner à ses activités politiques avec le Fpi, ou encore à Alassane Ouattara de continuer de gérer le pays, ainsi que le Rhdp, après le mardi 27 juillet. En un mot, à compter de cette date, fut-elle historique et chargée d'émotion, la vie politique ivoirienne telle qu'on l'a connue ne s'arrête pas. Bien au contraire, elle devrait continuer avec nos leaders qui mettent désormais au cœur de leurs actions le bien-être général des populations. C'est en tout cas l'espoir que renvoie l'idylle du mardi 27 juillet 2021 au petit palais présidentiel du Plateau.

 

Hamadou ZIAO