Côte d'Ivoire

Sorti de la Maca, Babily Dembélé (Pdt du CIDP) met fin à sa collaboration avec les ex-combattants et fait des propositions au président Ouattara

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sorti-de-la-maca-babily-dembele-pdt-du-cidp-met-fin-a-sa-collaboration-avec-les-ex-combattants-et-fait-des-propositions-au-president-ouattara Le président du CIDP, Babily Dembélé, plaide pour la libération de tous les prisonniers politiques
Politique

Le président du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (CIDP), Babily Dembélé, a été libéré de prison, le mercredi 15 septembre 2021, après avoir passé 10 mois 26 jours à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Accusé de « Atteinte à l’autorité de l’Etat » pour avoir réussi à réconcilier les ex-combattants pro-Ouattara et pro-Gbagbo, qui avaient adhéré à son Parti politique et qui avaient décidé de faire une tournée nationale pour sensibiliser les Ivoiriens à la paix et à la réconciliation, il souhaite la libération de ses proches encore en détention. Ce fils de Kouto, opérateur économique, ancien expert chargé des Ponts-chaussées et bâtiments à la Banque africaine de développement (Bad), a mis fin à sa collaboration avec les ex-combattants et fait des propositions au président de la République, Alassane Ouattara, dans l’interview qu’il a accordée, ce lundi 4 octobre 2021, au confrère Soir Info.

Après avoir passé près de 11 mois à la Maca, vous avez été remis en liberté, le 15 septembre 2021. Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre arrestation ?

J’ai été enlevé -et le mot n’est pas fort- avec plusieurs de mes collaborateurs, par des hommes en cagoule et fortement armés, alors que nous nous trouvions au siège de mon entreprise.

Que vous reprochait-on au juste ?

Que je détenais des armes de guerre dans mes bureaux, devant servir à faire un coup d’Etat.

Que s’est-il passé par la suite à la Dst où vous avez été conduit ?

Avant qu’on nous amène à la Dst, je précise que les ravisseurs ont tout cassé et ont emporté nos ordinateurs, nos téléviseurs et une forte somme d’argent. Ce comportement qui ne devrait pas avoir droit de citer dans un Etat de droit, s’apparente à du banditisme de grand chemin qui ne doit pas rester impuni. A la Dst où j’ai été emmené le 23 octobre 2020, après les auditions, j’ai été mis sous mandat de dépôt 3 jours après, avec pour motif, « Atteinte à l’autorité de l’Etat ». Des personnes que je connais bien ont témoigné à charge contre moi, indiquant que je préparais un coup d’Etat avec des ex-combattants. Ces allégations mensongères et calomnieuses ont, malheureusement, été prises comme argent comptant par le Procureur de la République. La suite, j’ai passé 10 mois et 26 jours de ma vie en prison. Dieu merci, j’ai été remis en liberté sous conditions. Ce que je voudrais dire, c’est que je condamne fermement le comportement inhumain que j’ai subi à la Dst, et qui n’obéit à aucune méthode démocratique et juridique. Pour moi, cet endroit doit être humanisé.

Vous disiez plus haut, que tout a été emporté dans vos bureaux par vos ravisseurs. Maintenant que vous êtes en liberté, avez-vous engagé des actions contre les auteurs des actes posés ?

En tant que président du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (Cidp) mais surtout un intellectuel et un opérateur économique qui contribue au développement de son pays, je dénonce avec force le traitement que mes collaborateurs et moi avons subi lors de notre enlèvement et pendant notre passage à la Dst. J’ai instruit mes avocats à aller récupérer toutes mes affaires à la Dst et à poursuivre le Directeur de la Dst, pour braquage, enlèvement, séquestration et vol, devant les juridictions nationales et internationales.

Après votre libération, quel est votre état d’âme aujourd’hui ?

Je voudrais dire ici à la face de la nation, que je n’ai aucun ressentiment, aucune haine contre qui que ce soit. Je pardonne à tous malgré le tort que j’ai subi. Peut-être que, et je le pense, mes actions pour aboutir à la paix et à la stabilité en Côte d’Ivoire ont certainement été mal comprises. Surtout que j’avais réussi à réconcilier les ex-combattants pro-Ouattara et pro-Gbagbo, qui avaient adhéré à mon Parti politique et qui avaient décidé de faire une tournée nationale pour sensibiliser les Ivoiriens à la paix et à la réconciliation. Aujourd’hui, je voudrais encore rassurer tout le monde : Babily Dembélé n’a pas l’âme d’un déstabilisateur et ne s’inscrira jamais sur cette voie suicidaire.  Le temps que j’ai passé en prison a plutôt renforcé ma foi religieuse et ma détermination à continuer d’œuvrer pour la paix et la réconciliation. Cela m’a permis de faire davantage mien, l’amour du prochain, de servir les démunis, de partager et de comprendre l’autre. En effet, mon séjour carcéral a été un véritable moment de partage.

Partage ? Qu’avez-vous fait là-bas concrètement ?

J’apportais régulièrement, avec mes modestes moyens, de la nourriture, des vêtements et autres produits aux détenus qui en avaient besoin. Je l’ai fait avec amour et plaisir. Aujourd’hui, étant dehors, je veux être davantage utile à mon pays qui a tant besoin de réconciliation et de paix.

De quelle manière ?

Je me propose d’être le trait d’union entre nos hautes personnalités qui, pendant plusieurs années, ont été divisées. Je veux parler de Monsieur Alassane Ouattara, président de la République ; et les anciens présidents Henri Konan Badié et Laurent Gbagbo. D’ailleurs, je me félicite des rencontres qui ont eu lieu déjà entre le président Alassane Ouattara et son aîné Henri Konan Bédié, d’une part, et d’autre part, entre lui et son frère Laurent Gbagbo, revenu d’exil le 17 juillet dernier. Je me félicite également de la rencontre entre les anciens présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Je pense qu’il faut poursuivre ce genre de rencontres et mieux, ouvrir cet espace à d’autres leaders politiques, pour qu’on aboutisse à des échanges inclusifs. A ce niveau, je propose, outre ces dialogues directs susmentionnés, un Conférence nationale, pour éponger définitivement les différends et amorcer une nouvelle vie au plan national, basée sur un pacte social dont le socle sera la nation et le respect des droits humains. Mais avant, je voudrais faire une suggestion au président de la République.

Laquelle ?

Je lui propose d’envisager des réformes institutionnelles profondes, pour permettre à la Côte d’Ivoire de résister aux intempéries, notamment aux déstabilisations et autres coups d’Etat. Mais aussi d’être un Etat davantage démocratique, respectueux des droits humains et foncièrement engagé sur la voie du développement, pour le bonheur des populations.

Peut-on avoir une idée de ces réformes ?

Je réserve la primeur au président de la République. Mais de façon globale, elles touchent à la Justice ivoirienne dont les pratiques sont décriées par plusieurs de nos compatriotes ; au fonctionnement des Institutions politiques et publiques minées souventefois par le laxisme, la corruption et la gabegie ; aux Forces de défense et de sécurité qui outrepassent quelquefois leurs compétences pour s’inscrire dans des dérives intolérables ; au système sanitaire ; au Secteur de l’Education/Formation ; au foncier ; à la construction etc… Bref, nous avons des propositions à faire dans tous les secteurs. Bien entendu, le chantier de la Réconciliation nationale demeure pour l’instant, une des priorités à régler.

Pour ces réformes institutionnelles, je me tiens à la disposition de Son Excellence Monsieur le président de la République, pour lui faire des propositions concrètes dans tous les domaines de la vie publique. Il faut aller nécessairement à la réconciliation si nous ne voulons pas voir la Côte d’Ivoire couler, et avec elle, nous tous. Je ne saurais terminer sans traduire ma gratitude à Monsieur le président de la République Alassane Ouattara qui, j’en suis convaincu, a été pour quelque chose dans ma libération. Il peut compter sur moi pour l’aider à réussir sa mission divine de réconcilier les Ivoiriens et de pacifier définitivement la Côte d’Ivoire.

Avez-vous eu des soutiens pendant votre séjour carcéral ?

Oui effectivement. Je voudrais profiter pour dire merci au Conseil supérieur des Chefs coutumiers, aux chefs traditionnels et de communautés dont le soutien ne pas fait défaut pendant le temps de mon incarcération. Mes remerciements vont aussi à mes proches et à toutes et tous ceux qui m’ont soutenu et qui ont formulé des prières pour ma libération. Je ne saurais oublier le personnel et les responsables de la Maca qui m’ont entouré de leurs sollicitudes. Particulièrement à mon frère et ami le commandant de compagnie Djani N’da. Enfin, j’invite la justice ivoirienne à faire en sorte que les procédures judiciaires soient accélérées, pour que des détenus qui ont passé un long séjour carcéral, soient jugés et libérés s’ils sont déclarés non coupables des faits qui leur sont reprochés. Dans la même veine, je demande au gouvernement ivoirien d’améliorer les conditions de détention à la Dst, à la Maca et dans les autres prisons du pays. Ces conditions sont extrêmement difficiles et tendent à ne pas respecter la dignité des prisonniers. Me concernant, je souhaite que mes collaborateurs qui ont été arrêtés en même temps que moi, pour la même cause, soient remis en liberté. Je prends la décision de mettre fin à ma collaboration politique et toute forme de relation avec les démobilisés, appelés ex-combattants.

Avez-vous un message particulier à adresser au président de la République ?

Oui, j’ai un plaidoyer à l’endroit du chef de l’Etat, Monsieur Alassane Ouattara : qu’il lui plaise de trouver un mécanisme politique pour libérer tous les prisonniers civils et militaires des crises postélectorales de 2010-2011 et de 2020, et de permettre le retour sécurisé des exilés en Côte d’Ivoire.

Une conclusion ?

J’en appelle au pardon, tous les Hommes politiques mais surtout les populations ivoiriennes. L’écrivain et Poète malgache Jacques Rabemanajara ne disait-il pas, et je cite : « Nul ne sera sauvé si personne n’est sauvé » ?