Côte d’Ivoire : Les nouveaux venus à la Maca vivent un calvaire, voici leurs bourreaux

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cote-d-ivoire-les-nouveaux-venus-a-la-maca-vivent-un-calvaire-voici-leurs-bourreaux Des gardes pénitentiaires de la Maca s'adonnent au racket des prisonniers (PhDr).
Politique

Les nouveaux détenus de la Maison d’arrêt et de la correction d’Abidjan (MACA) traversent des moments difficiles lors de leur séjour au bâtiment A tant il leur est exigé de payer une cotisation exceptionnelle qui s’élève à 1000 francs par semaine, au risque d’être torturés par des gardes pénitentiaires, à en croire une source sécuritaire bien introduite.

Des chargés de la surveillance des détenus à la MACA, exténués par les pratiques peu orthodoxes d’un de leur supérieur hiérarchique, souhaitent la fin de ce racket qui devient une menace pour l’univers carcéral à Abidjan. « Nous tous on aime l’argent, mais cette manière de gagner de l’argents sur le dos des nouveaux détenus est inhumain et injustice », a déclaré un surveillant des prisonniers sous le couvert de l’anonymat.

Ce qui se passe au bâtiment A de la Maca

Les chefs de cellules vont faire les versements tous les dimanches matin

Ce racket des gardes pénitenciers dure depuis cinq (5) mois. Les parents des nouveaux détenus sont exacerbés et les nouveaux détenus de passage au bâtiment A en attente de leur jugement définitif avant d’être affectés au bâtiment B pour les condamnés d’un (1) à cinq (5) ans ou au bâtiment C pour les condamnés de cinq à 20 ans ou le bâtiment des assimilés. Face à cette situation, les nouveaux sont tous apeurés et tétanisés.

« Les nouveaux détenus de la MACA qui sont accueillis au bâtiment A sont obligés chaque semaine de s’acquitter de la cotisation exceptionnelle levée par les gardes pénitentiaires dénommée ‘’baigon’’ pour être en paix en cellule. Les chefs de cellules vont faire les versements tous les dimanches matin auprès de l’agent d’encadrement responsable du bâtiment A, le Lieutenant Paul Ouattara et de son commandant de compagnie Joseph Djamé », a révélé une source sécuritaire.

Les montants du ‘’baigon’’ varient de 1.000 francs CFA pour les plus démunis à 20.000 francs CFA pour les plus nantis, précise notre source. Si un détenu ne s’acquitte pas de cette cotisation, il risque d’être mis au trou et torturé jusqu’à ce que mort s’en suive.

A preuve, un détenu est décédé dans les toilettes en fin novembre 2021 après avoir été torturé et interné dans les toilettes suite au non paiement de sa cotisation exceptionnelle. Dans leur rapport, les gardes pénitentiaires, pour leur part, ont fait savoir que ledit détenu était mort de chaleur parce que les toilettes n’ont pas de fenêtre, a révélé la source.

Hormis la cotisation exceptionnelle ‘’baigon’’, les gardes pénitentiaires font louer des matelas à 10.000 francs CFA par jour et des ventilateurs à 5.000 francs CFA aux nouveaux détenus qui souhaiteraient avoir un minimum de confort durant leur passage au bâtiment A.

Le premier responsable de la MACA a été informé de cette situation. Mais il ne réagit pas parce que, selon des indiscrétions, le responsable des surveillants des prisonniers du bâtiment A, Lieutenant Paul Ouattara serait son frère cadet.

Le cri du cœur des parents des détenus

que le ministre de la Justice mette un terme à cette pratique

Quant aux parents des nouveaux détenus, ils souhaitent que cette mauvaise pratique cesse pour permettre à leur proche de purger leur peine dans des conditions humaines conformément aux droits de l’Homme.

« Il faut que les agents pénitentiaires de la MACA, surtout ceux du bâtiment A, cessent de faire vivre le calvaire à nos parents qui sont déjà angoissés pendant leur séjour à la maison d’arrêt et de correction. Nous souhaitons que le ministre de la Justice et Garde des Sceaux prenne ses responsabilités et mette un terme à cette pratique », a fait savoir Michel Yao, un parent de détenu.

Pour les gardes pénitentiaires, c’est la même histoire du garde pénitentiaire Kassoum Koné dit « la Machine » qui est en train de se reproduire à la maison d’arrêt et de correction.

Le bâtiment A de la maison d’arrêt et correction d’Abidjan abrite 68 cellules et accueille environ 3000 détenus, selon notre source sécuritaire.

Le MACA a été construite en 1980 près de la forêt du Banco proche du quartier de Yopougon à Abidjan. Conçue pour abriter 1.500 détenus, elle en accueille plus 8.000 détenus, soit la moitié de la population carcérale ivoirienne.

A.Z.