Construction anarchique

Des propriétaires véreux rusent avec l’Etat de Côte d’Ivoire


02/01/2014
Comme cet édifice qui était annoncé ''R+3'' et qui maintenant fait ''R+5'', plusieurs autres ne respectent pas les normes de construction, mettant en danger les populations. Ph César D. MEL
En Côte d’Ivoire, le secteur de l’immobilier, comme bien d’autres d’ailleurs, connaît une véritable anarchie. Des constructions sur des espaces publics, des habitats qui n’offrent pas le minimum de conditions (eau courante, électricité, parfois des toilettes), des pièces de moins de 9m2, des loyers et cautions exorbitants, etc.

Mais il y a plus grave, des propriétaires qui rusent avec l’Etat, qui feignent de se soumettre aux exigences du ministère de la Construction dans la réalisation de leurs ouvrages, tel que veut le permis de conduire. Mais qui se montrent malhonnêtes sur le terrain, une fois ce permis acquis. Ces propriétaires qui ne sont pas des moindres, semblent ruser avec l’Etat, et ce de façon inconsciente.

Le cas patent qui nous amène à écrire est la construction de cet immeuble sur le site de l’ancien siège du Front Populaire Ivoirien (FPI), à Marcory, rue Louis Lumière, zone 4 C. Au moment où nous écrivons, les ouvriers s’attellent à achever le cinquième étage de cet édifice, et peut-être qu’il y aura un sixième, et pourquoi pas un septième. Certainement que vous aurez du mal à croire si nous vous disions que le tableau de bord de ce chantier, au début des travaux, renseignait qu’il s’agit d’un « immeuble R+3 ». Aujourd’hui, il est R+5. Pire, le tableau a disparu, comme pour cacher la fraude.

Un acte qui montre la perfidie du constructeur mais aussi sa cruauté et son insouciance pour la sécurité de ses futurs locataires. C’est après une étude du sol que le ministère de la Construction autorise l’élévation d’une maison. En fonction du résultat de cette étude, il définit le type de maison et le nombre d’étages que peut supporter tel ou tel autre sol, à même de pouvoir garantir à cette construction une longue vie, une capacité à résister aux catastrophes naturelles, et aux habitants, une sécurité contre les risques d’effondrement.

Le non-respect, très souvent volontaire, des recommandations en matière de construction, comme nous le décrions ici, a eu de nombreuses conséquences tragiques. Les cas les plus patents sont l’écroulement, l’année dernière en 2013, de trois immeubles dans la commune de Cocody, qui a causé plusieurs dégâts humains et matériels. En effet, le 25 mai, 25 novembre et le 4 décembre 2013, trois immeubles, deux en construction et l’autre fraîchement habité, se sont affaissés, faisant des blessés et des pertes en vie humaine.

En zone 4 C, deux édifices dans le prolongement du boulevard du 7 décembre risquent de connaître le même sort. Grand d’au moins huit étages, l’immeuble situé au à la fin de ce boulevard qui débouche sur la rue du canal, connaît un début d’affaissement. L’on constate que le bâtiment s’engouffre dans le sol, perdant un peu de sa taille. Raison pour laquelle, il est pratiquement inhabité. Mais les quelques locataires qui y sont courent le risque d’être surpris par un effondrement. Toujours cette voie, à quelques mètres de l’autre, un immeuble jumelé connaît un sort presque similaire. Les deux bâtiments qui constituaient un bloc sont séparés par une grosse fissure. Le danger est tel que certains habitants ont déménagé.

Devant la ruse des propriétaires qui n’est pas sans conséquences graves pour les habitants qui, en plus de débourser d’énormes sommes d’argent pour acquérir ces loyers, doivent être exposés à la mort, le gouvernement à travers le ministère de la Construction doit prendre ses responsabilités, doit aller plus loin et ne pas s’arrêter seulement à la livraison des permis de construire ou au contrôle des travaux à leur début. Il faut contrôler chaque étape de la construction jusqu'à la fin. Ainsi, tout chantier qui n’a pas respecté les normes de construction peut être démoli.

Un exemple en la matière a été salué par les Ivoiriens. Il s’agit de la démolition de l’immeuble qui a été érigé sur l’espace du rond-point de Treichville. C’était en 2010, sous l’ère Gbagbo. Les clameurs de la population abidjanaise qui pratiquait cette rue a amené le gouvernement a ordonné la destruction de l’immeuble en question. Que cet exemple soit donc suivi pour freiner ces actes d’incivisme et meurtriers de certains propriétaires qui n’ont dieu leur argent, et pour qui la vie des autres n’a pas de valeur.

César DJEDJE MEL

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  • SOURCE: Linfodrome

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