Conflit foncier à Abatta: Le véhicule de la chefferie incendié

Société
Publié le Source : Soir info
conflit-foncier-a-abatta-le-vehicule-de-la-chefferie-incendie Une vue du véhicule incendié (Photo: EY)

C'était chaud, le mercredi 11 mars 2015, à Abatta, village situé dans la commune de Bingerville. Les jeunes, très remontés contre le chef du village et les chefs de famille, ont incendié le véhicule de type Picnic et les chaises de la chefferie. Ils ont également demandé la démission de Abito Aké André, le chef du village.

A 12h, quand nous arrivions dans le village, c'était la débandade. Les villageois courraient dans tous les sens. Les commerces avaient baissé rideau. Les jeunes, décidés à en découdre avec les « vendeurs de terrains », étaient à la recherche des notables. Ceux-ci, informés discrètement des actions de la jeunesse, ont pris la poudre d'escampette. « Où sont-ils ? Aujourd'hui, c'est aujourd'hui. Pourquoi peuvent-ils vendre nos terres sans nous informer ? Ils vont nous dire où ils ont mis l'argent », lançaient des jeunes en langue locale (Ebrié). « Aujourd'hui, ils vont nous dire la vérité », menaçait un autre groupe de jeunes. Ces propos étaient souvent accompagnés de cris de guerre et de sons de castagnettes.

Le commissaire de Police du 18ème arrondissement, Aoussi Boidou et ses éléments venus en urgence, ont essayé de comprendre la réaction des jeunes dans une spirale de fumée suffocante provoquée par l'incendie des chaises de la chefferie. Le commissaire a mis rapidement un terme à cette méthode. Car certains jeunes, sûrement sous l'effet de l'alcool, devenaient désagréables.

Adoptant une autre position, le commissaire du 18ème invite ses agents à lever toutes les barricades dressées par les jeunes à l'entrée du village. Pendant ce temps, arrivent les policiers du commissariat de Bingerville, commune à laquelle dépend le village d'Abatta. Le capitaine N'guessan et les six (6) éléments qui l'accompagnent, échangent avec leurs collègues afin de prendre le pouls de la situation. Ils sont informés de ce que les notables ont pris la clé des champs. « Nous n'avons trouvé ni le chef du village ni les notables. Les villageois nous ont appris que le chef du village réside dans la commune de Yopougon. Ils n'ont même pas voulu nous montrer la maison de l'un d'entre eux », affirme l'adjudant Justin Tchibo du commissariat de Bingerville. Toutefois, fait savoir l'adjudant, les jeunes ont expliqué qu'ils sont révoltés contre le chef du village et les chefs de famille qui ont signé un contrat de lotissement avec un opérateur économique.

Cette thèse est soutenue par Ahouo Alexis, le porte-parole de la jeunesse. Selon lui, depuis près de 20 ans, le village d'Abatta est confronté à un conflit foncier. Les chefs de famille, en complicité avec le chef du village, révèle-t-il, vendent les terres de leurs parents à des individus sans les informer. Plusieurs fois, la jeunesse a interpellé la chefferie afin qu'elle mette un terme à la vente illicite des terres. Si jusque là, ils ont fermé les yeux sur certains faits de la chefferie et des chefs de famille, a indiqué Abouo Alexis, les jeunes ne pouvaient plus laisser s'échapper entre les doigts les 100 ha de terre sur lesquels ils avaient misé tout leur espoir. « Quand nous avons appris qu'un opérateur économique a décidé de le (terrain) morceler afin de le vendre, nous ne l'avons pas cru. Mais depuis le mercredi, cet opérateur économique a convoyé des Frci sur le site afin de pouvoir le morceler. Nous nous y sommes opposés. C'est ce qui a crée le clash entre la jeunesse et la chefferie. Car nous avons appris que c'est le chef du village et les chefs de famille qui ont donné le terrain à cet opérateur économique », a indiqué le porte-parole de la jeunesse. Excédés par l'attitude de la chefferie d'Abatta, a-t-il poursuivi, les jeunes ont donc décidé de se faire entendre.

Elysée YAO

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