Enseignement supérieur: Quelles stratégies pour la réussite du genre?

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Société

Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes. Alors que le sexe fait référence aux différences biologiques entre femmes et hommes, le genre a trait aux différences sociales, psychologiques, mentales, économiques, démographiques, politiques, etc.

I – LE CONCEPT GENRE

Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes. Alors que le sexe fait référence aux différences biologiques entre femmes et hommes, le genre a trait aux différences sociales, psychologiques, mentales, économiques, démographiques, politiques, etc. Le concept genre est apparu dans les années 1950 dans les milieux psychiatriques et médicaux, aux États-Unis. À partir des années 1970, le genre est fréquemment utilisé par les féministes pour démontrer que les inégalités entre femmes et hommes sont issues de facteurs sociaux, culturels et économiques plutôt que biologiques. Le respect du genre peut être considéré comme le premier pas vers l’application de la parité hommes-femmes. Malheureusement, dans nos sociétés dominées par les hommes, il constitue parfois, voire souvent, un justificatif du refus d’appliquer l’égalité hommes-femmes. Ainsi, il est fréquent d’entendre la phrase suivante à l’entame des réunions: «A défaut de parité, au moins le genre est respecté». Sans doute une manière pour les hommes de se donner bonne conscience.

II – LA PRESENCE DES FEMMES DANS LE SYSTEME D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR IVOIRIEN

La présence des femmes dans notre système d’enseignement supérieur est décrite par les indicateurs suivants:

1/ La proportion de femmes dans la population ivoirienne: 10.954.505 femmes sur 22.671.331 habitants, soit 48,3% de la population ivoirienne (selon le Rgph 2014);

2/ Les résultats du Bac 2014 (source Deco/Menet):

Filles

Garçons

Observations

Présents

84.002

43,55% des présents

108.895

56,45% des présents

Proportion de candidates plus faible que la proportion de femmes dans la population

Admis

30.088

43,05% des admis

39.808

56,95% des admis

Proportion d’admises légèrement plus faible que la proportion de candidates

Taux d’admission

35,82%

36,56%

Taux d’admission plus faible chez les filles

  1. Les effectifs étudiants 2013-2014 (source Dpe/Mesrs):

Filles

Garçons

Total

Observations

Toutes Universités

et Grandes écoles

64.440

36,51%

112.064

63,49%

176.504

Proportion d’étudiantes (36,51%) plus faible que la proportion de femmes dans la population (48,3%) et plus faible que la proportion de filles parmi les admis au Bac (43,05%)

Una

Abobo-Adjamé

1.259

26,34%

3.521

73,66%

4.780

Proportion d’étudiantes beaucoup plus faible dans les universités scientifiques telles que l’Una

Ufhb-Cocody

Math-Informatique

315

10,50%

2.684

89,50%

2.999

Proportion d’étudiantes trop faible dans les sciences dures

Ufhb-Cocody

Sjap (Droit)

3.510

44,83%

4.319

55,17%

7.829

Proportion d’étudiantes importante dans les filières non scientifiques

3/ Les effectifs enseignants-chercheurs et chercheurs en 2014 (source Darh/Mesrs):

Sur un effectif total de 3.915, il y a:

  • 3.281 hommes, soit 83,81% de l’effectif total;
  • 634 femmes, soit 16,19% de l’effectif total.

La proportion de femmes est donc très faible dans le corps des enseignants- chercheurs et chercheurs.

Conclusion:

Dans l’enseignement supérieur, le genre est respecté. Mais de façon minimaliste. A telle enseigne que la quasi-parité hommes-femmes observée dans la répartition de la population générale est loin d’être une réalité dans l’enseignement supérieur, notamment au niveau des études scientifiques. Ce constat regrettable s’explique par un certain nombre de raisons: une proportion non négligeable de filles n’a pas accès à l’école. Et cela pour deux raisons principales: certaines familles démunies préfèrent affecter leurs maigres ressources à la scolarisation des garçons; et d’autres parents, pour des raisons culturelles, préfèrent donner leurs filles en mariage très tôt, au lieu de les scolariser; les grossesses précoces obligent certaines filles à abandonner leurs études dès l’école primaire ou le premier cycle du secondaire, donc bien avant la classe de Terminale.

Ainsi, la proportion de filles candidates au Bac (43,55% des candidats en 2014) est inférieure à la proportion de femmes dans la population générale (48,3% en 2014).

Par ailleurs, si 43,05% des admis au Bac sont des filles, seuls 36,51% des étudiants sont des filles. Cela signifie qu’une partie importante des filles admises au Bac n’entreprend pas des études supérieures ou les abandonnent plus tôt que les garçons. Cela est certainement lié aux facteurs suivants: le mariage, qui pousse certaines filles à renoncer à leurs études supérieures, de gré ou de force; le choix des métiers post-bac qui ne nécessitent pas des études supérieures: institutrices, sages-femmes, etc;

l’attrait pour les études supérieures de courte durée telles que le Bts. Ce choix est lié au fait que la plupart des filles veulent travailler vite, pour fonder rapidement un foyer. Surtout lorsqu’elles ont déjà au moins un enfant ; l’abandon des études supérieures, notamment universitaires, à cause des conditions d’étude difficiles (difficultés de transport, manque de chambre en cité universitaire, difficultés de restauration sur les campus, insuffisance du taux voire manque de bourse d’étude, harcèlement sexuel, etc).

III – STRATEGIES POUR LA REUSSITE DU GENRE DANS LE SYSTEME D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR IVOIRIEN

La réussite du genre dans l’enseignement supérieur nécessite l’élaboration et la mise en œuvre d’un certain nombre de stratégies. Un bon nombre de ces stratégies figurent dans le programme de gouvernement du président Alassane Ouattara et sont effectivement mises en œuvre ou ont commencé à être appliquées par le gouvernement:

1/ L’école obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 16 ans: ce projet sur lequel les équipes techniques de la présidence de la République, de la Primature, du ministère de l’Éducation nationale et de l’enseignement technique, des ministères chargés du Budget et de l’Économie et des Finances et le Bnetd, ont travaillé d’arrache-pied ces derniers temps, et qui a fait l’objet d’un séminaire gouvernemental récemment, permettra à l’État de construire suffisamment d’écoles primaires et de collèges à bases 2 et 4, et de recruter suffisamment d’instituteurs et de professeurs de collège, en vue de scolariser tous les enfants en âge d’aller à l’école et de leur permettre d’achever le premier cycle du secondaire (niveau requis pour savoir lire et écrire de façon irréversible). Cet ambitieux projet permettra la scolarisation de toutes les filles en âge d’aller à l’école;

2/Aujourd’hui, sur le territoire national, 19.000 étudiants bénéficient d’une bourse d’étude et 3.000 d’une aide financière. Donc au total 22.000 étudiants, soit 12% des étudiants, bénéficient d’un soutien financier direct de l’État. A l’extérieur du pays, 550 étudiants ivoiriens bénéficient d’une bourse d’étude. 20% des étudiants boursiers sont des filles, aussi bien sur le territoire national qu’à l’extérieur. Cette proportion est faible. Pour corriger ce déséquilibre, le gouvernement a commencé à appliquer une politique de discrimination légèrement positive en faveur des filles. En effet, une fois le nombre de bourses fixé en fonction de l’enveloppe budgétaire allouée par l’État, les étudiants éligibles à la bourse sont classés selon les critères suivants: les résultats scolaires (moyenne de classe), le nombre de redoublements, l’âge et le genre. Le genre est donc pris en compte. Ainsi, en cas d’égalité de mérite académique et d’âge entre une fille et un garçon, la fille est prioritaire dans l’obtention de la bourse.

Signalons que pour être éligible à la bourse, il faut:

Pour les nouveaux étudiants de première année: avoir obtenu une moyenne pondérée ([2 x Note Bac + 1 x Note de classe]/3) supérieure ou égale à 12;

Pour les autres étudiants: n’avoir pas redoublé (au cas où l’on redouble, il faut cumuler deux années consécutives de succès).

Pour inciter les filles à s’orienter vers les études scientifiques, la Direction des Bourses appliquera bientôt la mesure suivante: l’octroi de la bourse d’étude à toute fille inscrite dans une filière scientifique. Cette mesure permettra certainement aux filles de mener de longues études scientifiques conduisant au Doctorat en mathématique, physique ou chimie, ces spécialités tant recherchées lors des Commissions nationales de recrutement des Assistants des Universités et Grandes écoles publiques;

3/ Actuellement, sur les 3.800 lits disponibles dans les cités universitaires réhabilitées du campus de Cocody, 2.646 sont affectés aux étudiants. Et sur les 2.646 étudiants logés, 1.068, soit 40,36%, sont des filles. Il y a là également un déséquilibre en défaveur des filles. Mais à ce niveau, le Ministère a décidé de respecter carrément la parité: 50% des 3.800 lits doivent être attribués aux filles. Malheureusement cette décision bute sur deux difficultés majeures:

Il n’y a pas suffisamment de filles dans les filières scientifiques. La gente féminine est donc peu représentée dans une composante de la population cible;

Les critères d’accès aux résidences universitaires sont très rigoureux:

. Pour les étudiants de première année (Licence 1): avoir obtenu le Bac avec mention et avoir au maximum 22 ans;

. Pour les étudiants des autres niveaux (Licence 2 à Doctorat 3):

. Être régulièrement inscrit (à la Scolarité centrale de son établissement);

. Être admis (totalement et non avec dérogation) en année supérieure, donc avoir validé la totalité de ses Unités d’enseignement (Ue);

. Avoir au maximum 23 ans, en Licence 2, ou 24 ans, en Licence 3, ou 25 ans, en Master 1, ou 26 ans, en Master 2, ou 27 ans, en Doctorat 1, ou 28 ans, en Doctorat 2, ou 29 ans, en Doctorat 3.

Soulignons que ces critères d’accès sont relativement durs, autant pour les filles que pour les garçons. Surtout le deuxième critère. L’indicateur suivant démontre la difficulté du deuxième critère, notamment dans les filières scientifiques: sur une cohorte de 239 étudiants officiellement autorisés à s’inscrire en PC1 (1ère année de Physique-Chimie) en 1999-2000 à l’université Félix Houphouët-Boigny (Cocody), seuls 7 (soit 2,93%) ont obtenu leur maîtrise sans aucun redoublement;

4/ La promotion des femmes compétentes dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur: si dans un passé récent, les trois universités publiques d’alors étaient toutes dirigées par des hommes, depuis l’arrivée du président Ouattara à la tête du pays, le nombre d’universités publiques a été porté à cinq et deux de ces cinq prestigieuses structures publiques d’enseignement supérieur sont dirigées par des femmes, notamment l’Université Fhb-Cocody, la plus grande université publique de notre pays.

Outre ces stratégies actuellement mises en œuvre, le gouvernement devra adopter des stratégies complémentaires dont les suivantes:

. Exhiber comme modèle, aux jeunes filles, les femmes qui ont réussi dans la vie suite à leurs études supérieures;

. Amener la société à reconnaître le talent des filles qui réussissent à l’école et non laisser prospérer l’affirmation gratuite selon laquelle une fille ne peut réussir à l’école qu’en usant de son charme ;

. Aider les filles en grossesse à reprendre leurs études après l’accouchement.

Conclusion générale :

Comme nous venons de le montrer, le gouvernement Ouattara a fait de la réussite du genre l’un des objectifs de sa politique d’enseignement supérieur. Sans pour autant encourager l’incompétence de la gent féminine, ni brimer les garçons. Le président Ouattara veut simplement éviter une grosse erreur: se passer du génie de 48,3% de la population, dans notre quête de l’émergence à l’horizon 2020, un objectif monumental dont l’atteinte nécessite la sommation de toutes les forces vives de la Nation. Cette politique de la réussite du genre dans l’enseignement supérieur sera poursuivie et renforcée lors du deuxième mandat du Président Ouattara. A condition que le peuple ivoirien, notamment les nombreuses électrices, lui accorde ce deuxième mandat, dès le premier tour, et avec un score écrasant qui ne souffre d’aucune contestation possible. Cela, je n’en doute pas une fraction de seconde.

Par Dr Diawara Adama

Conseiller à la présidence de la République

Chargé de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique