Reportage

Après leur retour du Liberia: Les réfugiés Ivoiriens racontent leur calvaire et font des révélations

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apres-leur-retour-du-liberia-les-refugies-ivoiriens-racontent-leur-calvaire-et-font-des-revelations Les réfugiés ivoiriens disent avoir souffert au Liberia (Photo d'archives pour illustrer l'article)
Société

Le Haut commissariat aux réfugiés (Hcr) et ses partenaires, l'Organisation internationale pour les migrations (Oim), le Caritas et le Service d’aide et d’assistance aux réfugiés et apatrides (Saara), ont procédé, dans le mois de décembre 2015, au rapatriement dans la région du Cavally, des réfugiés Ivoiriens vivant au Liberia.

Ce sont plus de 600 personnes qui ont regagné leur pays. Après ce retour, nous nous sommes rendu dans le camp qui les accueille à Toulepleu, sur la route de Nezobly, pour avoir des informations sur leurs conditions de vie, au moment où ils étaient encore dans le camp de réfugiés de Pitipi, près de Zuedrou au Liberia. Reportage.

Il est 16 h, ce samedi 19 décembre 2015, quand une colonne d’une dizaine de véhicules estampillés Hcr, entre à la base de cette organisation internationale à Toulepleu, sur la route de Nezobly. A bord, des Ivoiriens, hommes, femmes et enfants, tous couverts de poussière, ayant fui la crise en 2011 en Côte d'Ivoire, pour se réfugier au Liberia voisin. Ils sont tous heureux de retrouver la mère patrie, et de dire ainsi adieu à la misère, à la souffrance qu’ils ont subies au quotidien depuis 5 ans.

Pendant ces années, selon ce qu'ils nous ont raconté, ils ont eu des difficultés pour se nourrir, se soigner et scolariser les enfants. « A la fin de chaque mois, le Hcr donne à chacun de nous, 12 kg de riz, 12kg de soja et un demi litre d’huile, et parfois, 1 sac de riz pour 3 personnes », indique Guéï Servais du village de Toyebly, avant d’ajouter : « pour joindre les deux bouts, nous étions obligés d’aller travailler comme manœuvres agricoles dans des plantations d’hévéa de personnalités libériennes, avec 20 000 F Cfa comme salaire mensuel ».

Pour Touzagnon Albert du village de Béoué, dans la sous-préfecture de Zéaglo, le rapatriement volontaire des réfugiés est une solution durable. « Les réfugiés qui viennent d’arriver sont convaincus que le rapatriement volontaire est la meilleure solution durable à leur préoccupation. Car, il permettra de mettre fin à leur souffrance, de reconstruire leur vie, et surtout de préparer l’avenir de leurs enfants», se convainc-t-il, avant de se montrer précis : « Pour faire inscrire nos enfants dans un collège à Zuedrou, c’est un parcours du combattant pour le réfugié. Et quand on l’a réussi après des dessous de table, ce sont des Ivoiriens qu’ils ont comme instituteurs ou professeurs ». Selon lui, non seulement la ration alimentaire mensuelle par famille n’est pas suffisante, mais il faut se battre pour s’acheter des condiments. « Certains parmi nous sont obligés de vendre une partie de leur dotation en riz pour pouvoir préparer à la maison. Par contre, d’autres s’adonnent à de petits contrats ou travaux domestiques afin de générer des ressources pour survivre avec leur famille », ajoute-t-il.

Appel entendu

Le jeune Kan Norbert, 18 ans, affiche sa joie de retrouver son pays. Tout comme sa mère, Kouizibo Marie. « Nous avons marché de Solotown jusqu’à Djanzon, distant de 5 km, avant d’être transportés dans un véhicule à Pitipi au camp des réfugiés Ivoiriens, en territoire libérien dans le comté de Grand Gedeeh », rapporte-t-elle, visiblement heureuse de fouler le sol ivoirien, après 4 ans de vie hors de son pays.

En revenant dans leur pays, les réfugiés Ivoiriens répondent ainsi à l'appel du président Alassane Ouattara. On se souvient qu'il a lancé plusieurs appels dans ce sens. Au cours de sa visite à Zuédrou, le samedi 19 octobre 2013, le chef de l’État ivoirien appelait les réfugiés ivoiriens présents dans ce pays, à rentrer chez eux. « Je profite de cette tribune pour lancer un appel à nos frères réfugiés ici, au Liberia, et leur dire de rentrer au pays. Le pays vous attend pour aller vers l’émergence en 2020 », avait lancé le chef de l’Etat ivoirien devant son homologue libérienne, Ellen Johnson Sirleaf et des responsables de l’Onu. Deux ans après, l’appel a été entendu avec le retour du premier contingent de réfugiés ivoiriens. Selon nos informations, parmi les réfugiés qui sont encore au Liberia, il y a des ex-miliciens. Ils craignent, a-t-on appris, d'être arrêtés, une fois en Côte d'Ivoire. Quant à ceux qui sont revenus, ils plaident pour que le président de la République s’implique encore davantage dans le rapatriement rapide de leurs compatriotes restés au Liberia. Et cela, avant la rencontre entre Alassane Ouattara et Ellen Johnson Sirleaf, prévue à Guiglo, à la mi-janvier 2016, dans le cadre de la deuxième rencontre du conseil conjoint des chefs et des anciens des communautés frontalières du Libéria et de la Côte d’Ivoire.

Chancelle GOUDALET (Correspondant régional)

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