Levée de l'interdiction de consommer contre la viande de brousse: Les maquis pris d’assaut à Abidjan

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levee-de-l-interdiction-de-consommer-contre-la-viande-de-brousse-les-maquis-pris-d-assaut-a-abidjan Les Abidjanais ont retrouvé agouti, hérisson … dans leurs assiettes (Photo d'archives pour illustrer l'article)
Société

Quarante-huit heures après la levée d’interdiction de consommation de la viande de brousse, le jeudi 8 septembre 2016, par Dr Goudou-Coffie Raymonde, ministre de la Santé et de l’Hygiène publique (Mshp), nous nous sommes engouffrés dans cette vague de clients des maquis d’Abidjan.

Ce samedi 10 septembre 2016, lorsque nous arrivons au fameux quartier N’Dotré, sortie nord d’Abobo peu après 11h, nous croyions être dans le temps. Mais c’était compter avec les Abidjanais qui ont vécu plus de deux ans « d’embargo sur la viande de brousse ».

Une fois dans ce complexe de maquis, l’une des rabatteuses nous conseille le maquis « Mackenzie 1er » du nom de la tenancière, célèbre pour ses mets. Malgré les nombreuses sollicitations, nous fonçons tout droit.

Nous avons du mal à nous trouver une place assise. Nous patientons une demi-dizaine de minutes avant de rejoindre un jeune sur sa table abandonnée par deux autres clients ayant déjà fini leur consommation. « Qu’est- ce que vous voulez ? Il y a agouti, biche, poisson », nous demande une serveuse. Nous optons pour le premier choix avec une sauce aubergine accompagnée de riz. Quant à mon compagnon, il choisit également la viande d’agouti, mais avec un pain d’igname et une sauce à base de gombo sec.

Après que nous nous sommes restaurés, nous approchons de l’une des responsables du maquis, Tantie Agnès (comme elle s’est présentée) car la patronne étant très occupée. « C’est une bonne chose que les autorités ivoiriennes aient à nouveau autorisé la vente et la consommation de la viande de brousse. Ce matin, nous en avons vendu suffisamment aussi bien dans les sauces qu’en entier. Avant 10h, il n’y avait plus de viande d’hérisson. Contrairement à ce que vous croyez, la viande d’hérisson est plus demandée. C’est en l’absence de hérisson que certains se résolvent à consommer l’agouti », nous détaille-t-elle. Quant aux clients qui attendent avant d’avoir une place, la patience semble être un chemin d’or. « Nous patientons car ici nous sommes surs d’avoir de bons morceaux et le cadre est convivial. Cinq à dix minutes ne nous feront rien », relativise Michel Koffi, en compagnie d'amis. Une ambiance bon enfant qui a débuté aux environs de 5h du matin afin que les premiers mets soient disponibles avant 7h, selon Tantie Agnès. Ce sont plus d’une centaine de plats qui ont été déjà consommés.

Les autres maquis tout le long de cette voie express proposent quasiment les mêmes menus, mais ayant moins de fournisseurs ont vite été frappés par une rupture, eu égard également à la forte demande. « Les interdictions ayant été levées, nous nous sommes donné rendez-vous ici pour un week-end bien arrosé avec de la viande de brousse de préférence de l’agouti », nous explique à la sortie de l’un des maquis, Yao Noël cadre moyen à la zone industrielle de Yopougon. En tout cas, devant ces nombreux maquis, ce sont des clients attroupés dans ce ballet de ceux qui viennent de finir et de ceux viennent d’arriver. Une sacrée ambiance où les retrouvailles sont monnaie courante. « Vous savez, c’est le premier week-end après la levée. Donc vous pouvez comprendre les Abidjanais qui veulent vraiment consommer de la viande de brousse. C’est mon cas, puisque je n’ai pas voulu braver les interdictions » tente de justifier Léon Djiré.

Cette ambiance est également vécue à Yopougon au carrefour Oasis. Là les maquis qui avaient opté pour les sauces à poisson et de pattes de bœuf ont aussitôt revu leur menu. « L’information nous est parvenue depuis jeudi soir. Donc depuis hier (vendredi), nous avons pu faire des commandes d’agouti, de biche. Le hérisson manque. Malheureusement, nous avons fini d’écouler notre stock », nous explique dame Georgette qui regrette que nous n’avons pas eu de la viande d’agouti lorsque nous lui avons expliqué notre « périple depuis Koumassi ».

Le mercure est aussi monté dans cette commune du côté de Maroc où dans les environs de la mosquée, le maquis « Au Baoulé » est plein comme un œuf. « Monsieur, venez et asseyez-vous. Il y a viandes de brousse », nous lance une des vendeuses avant de nous inviter à une table qui vient d’être débarrassée d’assiettes usagées. Il en va de même pour la commune de Koumassi (Abidjan-sud) qui détient deux points chauds de complexe de maquis qui ne désemplissent pas.

À la Sicogi, dans les environs de l’escadron de gendarmerie, un maquis qui a traversé la « crise de l’agouti ». Chez « Tantie Affoué », les plats fumants d’agouti sont servis à ces nombreux clients, arrosés quelquefois de vin, comme dans la plupart des maquis visités. Il en va de même à la Fourrière, non loin de la place In’challa. Là des maquis adossés au mur du commissariat de Police du 36ème arrondissement ont dû créer de l’espace pour accueillir le flot de clients. Du samedi 10 au dimanche 11 septembre 2016, lors de nos différents passages en ces lieux, c’est avec appétit et dans la bonne humeur que les clients dégustaient le plat d’agouti ou d’autres gibiers dont le coût moyen est de deux mille francs Cfa.

Les premières sources de ravitaillement

Cette brusque « sortie » de la viande de brousse, après seulement deux jours de liberté s’explique par un réseau dormant qui n’attendait que cette occasion. « A la vérité, la viande de brousse n’avait pas totalement disparu. Nous nous procurons discrètement », confesse une restauratrice à Yopougon (Siporex). Pour Tantie Amenan, une des livreuses des maquis de Koumassi, c’était la galère.

« Nous avons galéré pendant deux ans. Nous avions voulu essayer une autre activité en vain. Mais Dieu merci, nous retrouvons notre activité. Pour ces deux premiers jours, nous nous sommes rendus à N’ziannouan (144 km au nord d’Abidjan). Nous avons pris sur place tout ce qui était disponible, notamment une vingtaine d’agouti et une dizaine de hérissons boucanés et puis la même quantité en gibier. Mais cette quantité est insignifiante au regard de la grande demande. C’est pourquoi, nous allons activer nos réseaux de Toumodi (198 km au nord d’Abidjan), Dimbokro (240 km) et de Yamoussoukro (230 km) afin d’obtenir notre stock d’avant crise qui est d’une demi-bâché (pick up) », nous révèle cette dame d’une cinquantaine d’années. Elle soutient vouloir également utiliser les grandes compagnies de transport pour sa clientèle de Yopougon.

Les Ivoiriens en général et les Abidjanais en particulier ont retrouvé l’une de leur passion, la consommation sans modération de la viande de brousse, après l’attiéké-garba (semoule de manioc cuite à la vapeur) et le placali (purée de manioc). Et ils ne s’y sont pas allé du dos de la cuillère.

M’BRA Konan

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