Lutte contre l'insalubrité : Comment l’État peut faire changer les mentalités

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Société

« Une ville propre, c’est l’affaire de tous », tel est l'appel lancé aux populations ivoiriennes par le Premier ministre Amadou Gon, la Première dame, Dominique Ouattara, et la ministre Anne Désirée Ouloto.

 

Un cri du cœur lancé à l'ouverture de l'opération « Grand ménage » dans les villes et communes de Côte d'Ivoire le jeudi 23 février dernier, au Palais de la culture à Treichvile. Le gouvernement, qui veut partir du bon pied cette fois-ci, a dit mettre le parquet au niveau des équipements. Au titre des équipements, le gouvernement a annoncé la construction, cette année, dans le district d'Abidjan de deux centres d'enfouissement techniques. La disposition de ces infrastructures va conduire à la fermeture effective et à la réhabilitation de la décharge d'Akouédo. En plus de ces ouvrages de gestion des déchets, seront mis en place 3 centres de groupage dont deux disponibles actuellement. Cela, en vue de faciliter la collecte, le groupage et le transport des déchets. La nouvelle politique du gouvernement, à en croire Anne Désirée Ouloto, est basée sur des solutions innovantes mettant un accent sur le tri sélectif et la valorisation des déchets.

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Ainsi que sur la mise en place d'une plateforme dynamique, avec les maires et les présidents de Conseils régionaux, pour une gestion cohérente des déchets. Les populations ont été invitées, à compter du 4 mars 2017 prochain et chaque premier samedi du mois, à sortir avec leurs balais, pour balayer et désherber leurs jardins, et y planter des fleurs. L'embellissement des façades a été fortement conseillé. D'aucuns estiment que cette nouvelle opération lancée à grand renfort de publicité doit aller au-delà de la sensibilisation. Même si la ministre a donné le ton en menaçant de sévir, ils estiment qu'il faut à la base rapprocher les infrastructures des populations par l'installation de poubelles dans les rues, la construction de latrines, le curage régulier des caniveaux et la collecte régulière des ordures.

Créer des conditions pour le changement de comportement

Dans cette dynamique, les pré-collecteurs d'ordures doivent être organisés et formés au tri, de même que les ménages. Une brigade de salubrité dynamique et non corrompue est indispensable. C'est lorsque toutes ces dispositions sont prises et soutenues pour le suivi rigoureux des activités d'assainissement initiées, que l’État pourra chercher à jouer sur les mentalités par des actions de sensibilisation pour le changement de comportement. L’enjeu aujourd'hui est d'éviter de tomber dans les mêmes travers. L'on se souvient qu'au lendemain de la crise postélectorale, en 2011, l'opération ville propre initiée par le gouvernement a conduit à la libération des voies par la démolition de constructions anarchiques de magasins, la libération des ouvrages d’assainissement, dans plusieurs communes notamment, à Adjamé liberté, à Abobo, à Yopougon, Attécoubé, Cocody, Marcory et Koumassi, etc. Au bout d'un certains temps, le manque de suivi nous à ramener à la case départ. Comme d'habitude, des actions d'envergures sont réalisées à grand renfort de publicité.

Cependant, cette opération de salubrité n'a duré que le temps d'un feu de paille. A ce jour, le constat est triste, le tableau de l'assainissement est sombre. Des ordures jonchent les rues partout, des flancs de collines et des caniveaux sont transformés en dépotoirs. On assiste également à des dépôts sauvages d'ordures à tous les carrefours, bref. Le phénomène de raccordement des toilettes des habitations et immeubles aux caniveaux prend de l'ampleur dans les quartiers, même insoupçonnés. Conséquence : la plupart de ces caniveaux bouchés d'ordures n'arrivent pas à évacuer les eaux usées qui, malheureusement, débordent sur les chaussées et dégradent le bitume. Les odeurs qui en découlent polluent l'atmosphère et menacent la santé des populations.

La coercition s'impose

Des populations ne semblent pas se soucier de la préservation de l'environnement, à force de cohabiter avec des sites insalubres et d’inhaler leur odeurs fétides qu'ils dégagent. Cette situation a fini par déteindre sur les comportements au regard de certains gestes déplacés. On salit les rues. On verse des eaux usées partout, sans qu'on se soucie de la santé des autres et celle des enfants. Des occupants de grosses cylindrés ont été indexés. « Ils sont assis dans de grosses voitures et se permettent de jeter des peaux de bananes et d'oranges dans la rue, des résidus de ce qu'ils ont consommé, sur la chaussée », a déploré une dame très amère. L'autre fait marquant est lié à ceux qui se soulagent dans les rues et broussailles. À Abidjan, des gens ne se gênent pas d'uriner dans les rues, surtout les hommes qui sont coutumiers des faits. De plus, comment comprendre que certaines personnes pour se faire de la place se permettent de boucher des caniveaux en fermant le passage des eaux usées. Il suffit d'une petite pluie pour que l'eau stagne sur les chaussées. Au fil des années, ces endroits deviennent insalubres, constituant des gîtes larvaires de moustiques et facteur de propagations de microbes. C'est le cas, par exemples à Adjamé sous le pont ferrailles à la gare nord ou des pneus usés sont stockés.

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De même, au grand carrefour de Koumassi, l'installation anarchique des gares et des commerçants sont aussi un facteur d'insalubrité. Ces deux tableaux constituent la face visible de l’iceberg des réalités qui prévalent dans le district d'Abidjan et des communes de l'intérieur du pays. Dans certains quartiers, des enfants jouent dans des lieux insalubres. La nourriture est vendue souvent dans de mauvaises conditions d'hygiène. « L'hygiène a foutu le camp », a déploré un consommateur. Cette situation, selon des spécialistes, a de lourdes conséquences sur la santé avec l'émergence des maladies telles que les hépatites, la fièvre typhoïde, le paludisme, etc. L’État et les familles dépensent beaucoup d'argent pour la prise en charge de ces maladies. Ce qui fait dire aux spécialistes que la salubrité est un indicateur de développement durable.

Il y a donc urgence, disent-ils que les populations s'approprient ce combat d'assainissement du cadre de vie qui est à leur avantage. Des spécialistes proposent que tous ceux qu'on prendrait en train de salir l'environnement et les rues répondent de leurs actes devant les juridictions. « Il faut les verbaliser ou à la limite, engager des poursuites assorties d’amendes », a conseillé une balayeuse de rue. Pour ainsi amener la brigade d’assainissement à jouer pleinement son rôle. Comme elles, d'autres sources ont appelé à des actions fortes pour lutter contre ces actes d'incivismes. « Si des gens réalisent qu'en jetant les ordures dans la rue, en déversant des eaux usées sur la chassée, en raccordant leurs toilettes sur les caniveaux, qu'ils seront jugés et condamnés, je pense qu'ils feront désormais attention », a martelé un usager qui se dit remonté par des comportements déplacés. Aujourd'hui des gens ne se gênent pas de jeter les ordures dans la rue et de salir l'environnement. « L'hygiène corporelle et celle de nos habitations ne suffisent pas pour dire qu'on est propre. Il faut l'étendre à celle de l'environnement », a invité Dame Akoua T.

Même des gens aisés ne font pas l'exception. La construction d'un Etat émergent commence par la salubrité qui permet de rassurer également les investisseurs. Chacun doit se conformer à la devise de la Côte d'Ivoire qui est « Union, Discipline, Travail ».

 

Marcelle AKA

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