Enquête express

Université Alassane Ouattara de Bouaké : Comment des étudiants se débrouillent pour survivre

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Société

Ils sont nombreux, ces étudiants de l’université Alassane Ouattara de Bouaké qui refusent de plier l’échine devant les difficultés ou de s’adonner à la facilité pour se tirer d’affaire. Ces étudiants ont décidé d’exercer de petits métiers pour subvenir à leurs besoins. On les retrouve dans presque tous les secteurs d’activités économiques informels.

On le sait, les frais liés aux études universitaires constituent un véritable casse-tête pour nombre d'étudiants et leurs parents. Ces derniers éprouvent d’énormes difficultés à y faire face. Les seuls frais d’inscription exigés depuis l’avènement du système LMD (Licence-Master-Doctorat) dans les universités publiques vont de 30.000 à 90.000 Fcfa selon le cycle. En effet, pour le cycle 1 qui est la Licence, préparé en 3 ans, l’inscription fait 30.000 Fcfa/an. Pour le Master, qui est le deuxième cycle et qui se fait en 2 ans, il faut débourser 60.000 Fcfa/an à l’inscription.

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Enfin, pour s’inscrire en Doctorat, il faut 90.000 Fcfa pendant 3 ans. A cela s’ajoute les difficultés liées au logement, au transport, à la restauration, etc.
Pour faire face à tous ces problèmes, nombreux sont les étudiants qui s’adonnent à de petites activités pour gagner de l’argent. Ainsi, avec ce qu’ils gagnent dans ces petits boulots, arrivent-ils tant bien que mal à décharger quelque peu les parents, à bout de souffle financièrement. Ils sont agents de police universitaire, agents de sécurité, vendeurs de Garba (attiéké accompagné de poisson thon frit), chauffeurs de moto-taxis, gérants de cabines téléphoniques, professeurs vacataires dans les lycées et collèges privés…La liste des métiers exercés par ces étudiants est longue.

Lutter pour survivre

Kouakou Koffi Landry, étudiant en 2eme année de thèse de Doctorat de philosophie option éco-bioéthique, est agent de police universitaire en service sur le campus 2. Rencontré en uniforme sur la route du restaurant, ce disciple du professeur Poamé Lazare, président de l’université Alassane Ouattara, sans complexe, soutient avoir intégré cette unité de police pour gagner de l'argent afin de préparer sa thèse de Doctorat. « Je prépare une thèse de Doctorat en philosophie qui nécessite beaucoup de moyens financiers. Quand on sait qu'aujourd'hui, avec la cherté de la vie, les parents sont à bien des égards très limités pour répondre à toutes nos attentes, surtout au niveau où je me trouve, j'ai nourri l'idée de trouver un tremplin, un boulot, afin de me prendre en charge et soulager ainsi mes parents », témoigne-t-il. 

Comme Landry, certains étudiants jugent également idéal d'exercer un petit métier à temps partiel pour faire face à leurs besoins. C'est le cas du jeune Aboya K, étudiant en Master 1 d'études germaniques (Allemand). Il exerce en qualité de serveur dans une résidence hôtelière de la place. Avec abnégation, il accomplit sa tâche et prend plaisir à la faire. « Le service traiteur de cet hôtel, en fonction de son agenda, me fait appel. J’aide à faire la mise en place pour servir le repas. Et une fois le service rendu, je suis payé à la descente et cet argent me permet de faire des photocopies et d’acheter mes fascicules... », explique-t-il.

Si Aboya a la chance de s'offrir quelques heures de travail dans cet espace hôtelier plutôt chic, ce n'est pas le cas pour certains de ses camarades. Kamagaté Souleymane, étudiant en Licence 3 d'anglais, conducteur de moto-taxi, conte son expérience. « Issu d'une famille pauvre, et n’ayant pas les moyens de payer les frais d'inscription devenus aujourd'hui chers par le fait du système Lmd, j'ai décidé de me battre autrement en menant cette activité de moto-taxi. Grâce à la petite bourse qui nous a été octroyée à l'université, j'ai pu m'acheter une moto qui me permet de faire mes propres courses dans le cadre des études. Avec la moto,  mes parents ne se font plus de souci concernant ma prise en charge financière », se réjouit-il. Idem pour Kacou N'dah, étudiant en Licence 2 d'anglais, qui, lui, est gérant de cabine téléphonique.

Ce dernier avance que la gestion de cabine téléphonique dans le quartier d'Air France 3 lui permet de subvenir à ses besoins les plus élémentaires. « J'habite chez un tuteur au quartier Air France 3. Je gère la cabine téléphonique pour avoir de l'argent afin de subvenir à mes propres besoins, c’est-à-dire la nourriture, le transport et l’achat des fascicules », argue-t-il.
Plus loin, au sous-quartier Sopim, toujours à Air France 3, un autre étudiant de la même faculté, sous le couvert de l'anonymat, donne son témoignage. « Moi, je tiens un espace de vente d'attiéké au poisson thon communément appelé '' Garba''. A côté de cette activité, j'ai une cabine téléphonique. Ces deux activités permettent à mon frère et moi de faire face à tous nos besoins sur le campus (inscriptions, fascicules, restauration et transport). Nous sommes assez grands pour attendre toujours de l'argent des parents », soutient-il. Comme on peut le constater, des étudiants de l’université Alassane Ouattara refusent de se laisser gagner par le découragement parce que n’ayant pas les moyens de faire face aux frais liés aux études universitaires, ou d’emprunter la voie de la facilité.


Simon DEBAMELA, à Bouaké

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