Abidjan

Ciad M’pouto : Affrontements entre la gendarmerie et les riverains lors d’un déguerpissement manqué

Société
Publié le Source : Linfodrome
ciad-m-pouto-affrontements-entre-la-gendarmerie-et-les-riverains-lors-d-un-deguerpissement-manque La présidente du collectif des acquéreurs de la Ciad M'pouto (micro en main), Mme Duzan Isabelle, a donné des détails sur la folle journée du mardi 12 décembre 2017

Il y a eu des affrontements, le mardi 12 décembre 2017, entre les gendarmes commis pour le déguerpissement de la population à la Ciad M’pouto et les riverains de cette cité située dans la commune de Cocody. 3 jeunes gens ont été emmenés dans un camp de gendarmerie, à l’issue des heurts.

Les gendarmes se sont heurtés aux populations de la Ciad M’pouto, le mardi 12 décembre 2017, lors d’un déguerpissement qui a tourné à l’affrontement. Selon plusieurs sources, l’armée s’est déployée à la Ciad M’pouto, aux environs de 9 heures pour procéder au déguerpissement des populations. Les jeunes et les femmes de cette cité ont alors organisé la résistance. Et le déguerpissement n’a pu avoir lieu. Vers 13 heures, au moment de notre passage sur les lieux, la tension avait relativement baissé.

Mais au moment où la gendarmerie quittait les lieux, un incident a engendré des heurts. Nous étions témoins des ces affrontements. Les gendarmes n’ont pas apprécié d’être filmés par un jeune présent dans la foule. Les choses ont dégénéré et viré par la suite à la bagarre. Les gendarmes ont sorti les ceinturons et fait usage du gaz lacrymogène. Dans la bagarre généralisée, on a dénombré quelques blessés. Dame Traoré Aminata a été incommodée par le gaz lacrymogène tandis que 3 jeunes ont été arrêtés et conduits dans un camp de gendarmerie, certainement celui d’Agban d’où seraient venus les gendarmes, en grand nombre. La nouvelle de l’arrestation des 3 jeunes a fait le tour de la cité. Et le mercure est à nouveau monté. Les jeunes ont érigé des barricades et brûlé des pneus pour protester et exiger la libération immédiate de leurs camarades.

« On ne va pas les laisser expulser les gens parce que nous avons saisi la justice »

Nous  avons approché la présidente du collectif des acquéreurs, Mme Duzan Isabelle, pour avoir des informations sur la folle journée. « Moi, qui vous parle, j’ai la tension (hypertention : ndlr). Dès que j’ai vu les corps habillés, ma tension est montée à 18. J’ai dû prendre mes comprimés. J’ai transpiré, j’ai même eu la diarrhée. Je me suis ressaisie 30 minutes plus tard avant d’approcher les corps habillés. Je leur ai demandé ce qui se passe et j’ai dit encore vous. Il y a 2 semaines, vous étiez ici. L’huissier que vous avez accompagné n’a pas été capable de montrer la décision de justice. Vous êtes repartis, mais vous êtes revenus encore. Ils ont dit qu’ils exécutent la décision de la hiérarchie. Je leur dit de regarder le papier qui est une expédition, mais pas une décision de justice. Ils disent qu’ils s’en fichent. Aujourd’hui, ils ont fait sortir une personne : M. Fofana. Mais nos enfants ont dit non ! Nous avons résisté et remis les affaires dedans », a précisé Mme Duzan Isabelle.

Mais qui, en réalité, a donné des instructions aux gendarmes pour procéder au déguerpissement ? Selon la présidente du collectif des acquéreurs, c’est Kouassi Koffi Félix dit KKF, le promoteur immobilier de la société Amaos, qui est à la base de leur calvaire. « C’est encore Amaos. Il y a une semaine, il était venu nous expulser sans décision de justice. Devant tous les journalistes, l’huissier n’a pas été capable de produire la décision de justice. Il est reparti avec les 150 gendarmes d’Agban qui étaient là. Hier (le lundi 11 décembre 2017 : ndlr), l’avocat d’Amaos n’a pas été capable de déposer sa requête contre ce que nous avons dit. Le juge du fond a fait monter le dossier au ministère public. La conclusion est prévue pour janvier. Donc nous attendons la décision du ministère public pour ce problème. Mais aujourd’hui, à notre grande surprise, plusieurs cargos remplis de gendarmes armés jusqu’aux dents sont arrivés. Depuis le matin, on ne fait que se battre contre eux. Les gendarmes disent qu’ils exécutent une décision de leur patron depuis là haut. Nous leur avons rétorqué que le papier de l’huissier n’est pas une décision de justice, mais une expédition. Nous avons saisi la justice. Quand deux personnes en conflit saisissent la justice, on s’abstient pour attendre la décision de justice. Mais Amaos ne fait que troubler l’ordre. Chaque fois qu’on va au tribunal, les juges se déclarent incompétents. Donc il en profite pour venir troubler l’ordre. Donc nous avons décidé de mener la résistance avec nos enfants. C’est ce que nous faisons », a indiqué Mme Duzan Isabelle.

La présidente du collectif des acquéreurs a donné d’autres détails sur la folle journée. « Ils sont venus expulser tout le monde. Ils ont commencé par M. Fofana, ils ont cassé la maison, jeté toutes ses affaires. Nous les avons remises dedans avec nos enfants devant les gendarmes. Ils sont encore venus expulser d’autres personnes. Nous sommes là, on ne va pas les laisser expulser les gens parce que nous avons saisi la justice. Qu’il (Amaos : ndlr)  attende la décision de justice », a terminé notre interlocutrice non sans demander l’intervention du président de la République, Alassane Ouattara.

« Nous sommes prêts à mourir… »

Comme Mme Duzan Isabelle, Kouadio Wilfried, ayant droit et hériter de Mme Kouakou Ahou Elisabeth, a accusé M. Kouassi Koffi Félix de troubler indéfiniment leur quiétude. « Comme d’habitude, M. KKF (Kouassi Koffi Félix : ndlr) qui prétend être le propriétaire du quartier nous fatigue depuis 10 ans. On ne sait pas quelle relation il ya entre lui et M. Babily Dembélé, le vrai promoteur chez qui nos parents ont payé leur maison. Il y a un procès qui a été engagé par le collectif des acquéreurs. Nos mamans sont parties au tribunal hier (lundi 11 décembre 2017 : ndlr). La décision est tombée dans l’après midi. On dit que le procès est reporté en janvier. Mais pourquoi lui, KKF, vient aujourd’hui déloger nos parents ? Est-ce qu’il est au dessus de la justice ? Il n’a rien à faire ici. Nous les jeunes, disons ouvertement qu’à partir d’aujourd’hui, plus jamais nous ne tolérons ses agissements. Chaque fois qu’il va déloger quelqu’un, nous allons le réintégrer. Nous sommes prêts à mourir parce que nous sommes les héritiers », a averti Kouadio Wilfried.

 

Adolphe Angoua

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