Coronavirus en Côte d'Ivoire : Pourquoi le gouvernement doit frapper fort

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coronavirus-en-cote-d-ivoire-pourquoi-le-gouvernement-doit-frapper-fort Pour lutter efficacement contre le coronavirus, il faut des mesures concrètes.
Société

On ne cessera jamais assez de le dire, les vieilles habitudes ont la peau dure. Pour ce qui concerne la Côte d'Ivoire, et sa culture chaleureuse, tout devient sujet à risque dans cette crise sanitaire liée au coronavirus. Accolades, chaudes poignées de mains, bisous… les Ivoiriens ne changeront pas leur façon de vivre pour tenter d'échapper à cette pandémie qui décime des populations entières à travers le monde. Que faire, si ce n'est se plier aux mesures prescrites par le ministère de la Santé et de l'hygiène publique ? Certes, mais encore, il faut des mesures plus drastiques.

Dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mars 2020, 3 nouveaux cas confirmés de coronavirus ont été signalés à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, après le premier cas venu d'Italie. Ce dernier, un homme de 45 ans, est toujours gardé en quarantaine au service des maladies infectieuses du Centre hospitalier universitaire (Chu) de Treichville. Les personnes avec lesquels il a été en contact aussi bien dans l'avion qui l'a débarqué à l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët, ne présentent pas, pour l'heure des signes de maladies. N'empêche, elles sont surveillées. Le ministère que dirige Dr Eugène Aka Aouélé dit avoir pris des dispositions de sécurité sanitaire aux frontières terrestres, portuaires et aéroportuaires, renforçant les équipes qui existaient déjà. Mais cela suffit-il ?

Au Sénégal, le pèlerinage de Touba, événement national d'une haute portée spirituelle vient d'être annulé voire reporté. Les universités ont été fermées et certaines activités d'ordre public interdites. En France, des écoles sont fermées jusqu'à nouvel ordre. Les États-Unis d'Amérique ont fermé leurs frontières avec les pays d'Europe touchés de plein fouet par la maladie. Pour la Chine, d'où le virus est parti pour contaminer progressivement le monde, des mesures de mise en quarantaine systématique sont instaurées pour réduire au maximum le risque de contamination qui a déjà atteint des proportions inimaginables. Que fait la Côte d'Ivoire pour empêcher que sa population se retrouve malade. Parce qu'il ne faut pas se le cacher, c'est un niveau de pandémie alarmant.

Et les populations sont inquiètes. Une internaute qui a publié sur Facebook, ce week-end, ne comprenait pas pourquoi les gouvernants ivoiriens se contentaient juste de rassurer. Elle se demandait s'il fallait que son enfant aille à l'école ce lundi 16 mars. Surtout que selon certaines indiscrétions, les enfants pourraient être des vecteurs de propagation du coronavirus, sans faire éventuellement la maladie. Un des trois cas confirmé travaille dans une école.

C'est le lieu d'appeler le gouvernement ivoirien, et singulièrement le chef de l'État, Alassane Ouattara, à prendre des décisions fermes pour éviter un drame national comme on le voit ailleurs. N'oublions pas que la Confédération africaine de football a suspendu toutes les rencontres comptant pour les éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations (Can). On comprend aisément que fermer les écoles – d'ailleurs les congés de Pâques sont pour bientôt – pourrait être préjudiciable pour les enfants et jouerait sur le calendrier des examens de fin d'année. Mais qu'importe tant que cela permet de sauver des vies ? Les vies des enfants de Côte d'Ivoire. Au niveau économique, on constate une véritable dégringolade sur le marché des bourses. Tout part en vrille à cause de ce virus mortel. Quelle économie pourrions-nous revendiquer si la population périt ? Au-delà des écoles, il y a lieu de réduire considérablement, voire interdire les rassemblements dans le cadre de rencontres politiques.

La présidentielle d'octobre 2020 est cruciale pour le pays, à n'en point douter, cependant, les meetings, les grandes rencontres de personnes avec tous les contacts physique que cela occasionne constituent un grave danger. Le coronavirus ne triera pas, selon qu'on est du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) ou de l'opposition. Comme pour Ebola, l'État ivoirien doit prendre ses responsabilités avant que nous soyons complètement pris dans le tourbillon. Et pourquoi ne pas copier sur l'Église catholique qui déjà a pris les devants en annonçant des changements dans la façon de conduire les messes. Toutes les énergies doivent se mettre ensemble pour donner à la Côte d'Ivoire des chances de circonscrire efficacement ce mal. Ainsi, le gouvernement devra, en plus de la sensibilisation de masse à Abidjan, déployer ses organes sanitaires dans le pays profond. Car les nombreux voyageurs qui arrivent dans le pays en provenance souvent de pays touchés, ne se limitent pas à Abidjan pour leur séjour.

C'est également le lieu d'attirer l'attention des populations ivoiriennes sur la nécessité de respecter scrupuleusement les premières consignes donner par le gouvernement. D'éviter les endroits trop fréquentés, les bars, les discothèques. Même le transport en commun doit connaître de nouvelles dispositions. C'est un geste qui peut sauver, mais toute négligence conduira inéluctablement à la mort.
Enfin, les Ivoiriens ont besoin de voir que des mesures concrètes sont prises par les gouvernants et que leur application sur le terrain est effective. Il en va de la sécurité nationale, de la santé des Ivoiriens et de la vie de tous les habitants de Côte d'Ivoire et ses voisins.

Hervé KPODION