Bouaflé : Gaimon Alain, le malade déclaré guéri, exhorte les populations au strict respect des mesures barrières

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Société

Déclaré guéri du Coronavirus Covid-19, Gaimon Alain, opérateur économique français, âgé de 68 ans et installé à Bouaflé, il y a un an, dans une interview accordée à l'AIP, exhorte les populations à respecter scrupuleusement les mesures barrières pour briser la chaîne de contamination de la pandémie.

Le 7 avril dernier, vous avez été déclaré positif du Covid-19. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

Ça m’a surpris. J’avais une forte fièvre à partir du 30 mars au soir et trois jours après comme j’avais toujours de la fièvre, je suis allé au CHR (centre hospitalier régional) en visite. On m’a fait un prélèvement de sang et on me l’a analysé. Il y a eu effectivement du paludisme. Le lendemain, une équipe avec à sa tête, Dr Djè, le directeur départemental de la Santé de Bouaflé est venue chez moi pour un prélèvement au niveau des muqueuses nasales et le prélèvement a été envoyé à Abidjan. J’ai eu le retour de l’analyse le 7 avril. Ça m’a vraiment surpris parce que j’avais la fièvre mais je n’avais aucun autre signe. Je ne toussais pas, je n’avais pas de rhume et aucun trouble respiratoire. Ça ne m’a pas non plus perturbé de façon violente.

Vous avez été par la suite confiné, suivi et mis sous traitement. Comment cela s’est passé ?

Je n’ai pas été vraiment traité. J’étais suivi par un infirmier qui venait matin et soir pour contrôler ma température et la température de ma compagne pendant pratiquement un mois. Je n’ai pas eu de traitement particulier. Ça été surtout une mise en confinement pour au cas où il y a un risque de contagiosité ne pas contaminer d’autres personnes. Moi, cette partie de confinement, je l’ai bien vécue même si ça été long. Je l’ai bien vécue parce que j’ai eu des occupations. Je sais qu’en France par exemple, il y a des gens qui sont dans un appartement et qui ne pouvaient pas bouger. Moi, j’avais la possibilité de sortir un peu. J’étais isolé bien entendu mais j’ai fait des aménagements dans ma maison. J’ai fait des travaux de bureau donc je me suis occupé.

Le 5 mai le directeur départemental de la Santé et de l’Hygiène publique de Bouaflé, Dr Djè a annoncé votre guérison, à l’occasion d’une réunion initiée par le comité local de lutte contre la pandémie. Vous confirmez ?

Oui. Ça s’est fait en deux temps. Il y a eu un premier résultat négatif et le résultat suivant, 48H après, il y a eu des résidus positifs donc Dr Djè ne pouvait pas me déclarer guéri puis qu’il y avait cette positivité latente même s’il n’y avait plus de risque de contagion. On a attendu encore quatre jours et là les deux résultats ont été négatifs. Donc il a pu me déclarer guéri et j’ai recommencé à sortir avec des précautions d’usage bien entendu.

Dans quel état d’âme vous êtes en ce moment ?

Moi, je suis quelqu’un de très optimiste dans la vie d’une façon générale et je peux être capable d’affronter toutes les situations. Ce que je veux simplement dire c’est que ce n’est pas agréable d’être confiné chez soi. Donc il vaut mieux prendre des précautions avant et ne pas être malade. Ici à Bouaflé, on a eu la chance. Je n’étais pas contagieux parce que toutes les personnes que j’ai côtoyées avant détection de la positivité, ont été suivies et aucune n’a eu cette maladie. A Bouaflé à ma connaissance pour l’instant, il n’y a aucun cas. Ça veut dire que j’ai eu des symptômes, j’ai eu une positivité analysée sans que ça soit quelque chose de contagieux. Il semblerait qu’en Europe ou ailleurs, ça se passe comme ça, il y a plusieurs cas de figure. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut prendre des précautions. Quand des gouvernements disent de respecter les mesures de distanciation sociale, ne vous approchez pas trop près, lavez-vous les mains régulièrement. Ici dans mon service, on a installé du savon et de l’eau pour se laver régulièrement les mains.

En clair, vous adhérez aux décisions prises par le gouvernement ivoirien pour freiner la propagation de la maladie ?

Oui, pour les mesures préventives je crois qu’il faut faire très attention. Il ne faut pas se serez les mains, il ne faut pas s’embrasser. C’est des mesures simples. Bien sûr, ça peut gêner un certain nombre de personnes mais d’un autre côté ce n’est pas parce qu’on ne peut pas se serrer les mains qu’on ne peut pas être ami avec les autres. On peut se dire bonjour en respectant quand même une distance. Le port du masque c’est vrai que ce n’est pas toujours agréable mais il faut y faire attention. C’est vrai qu’ici, ce qui m’a surpris quand je suis sorti, c’est qu’il n’y a presque personne qui porte les masques dans la rue et ça c’est vraiment un peu embêtant. Quand on est à distance, ça ne pose pas de problème mais quand on est dans un marché, un commerce, une banque ou dans des endroits où il y a du public, il vaut mieux porter son masque. Moi, j’ai toujours un masque sur moi de toutes les façons. Quand je suis au bureau, à la maison je ne porte pas de masque forcement parce que je ne suis pas en contact avec d’autres personnes mais quand je vais à la banque par exemple je porte mon masque c’est tout à fait normal. Donc c’est une recommandation qui est simple. C’est la seule chose que je puisse dire suite à ce qui m’est arrivé. Tout va mieux pour moi, pour mon entourage notamment mes collaborateurs avec lesquels je travaille mais ça aurait pu être grave. Respectons la distanciation sociale. Respectons tout ce qui a été préconisé par le gouvernement.

Quels sont vos rapports avec votre entourage, vos collaborateurs et amis. Ont-ils peur de vous approcher ?

Ils n’ont pas peur les personnes avec qui je travaille dans le cadre de ce projet de centre de formation que nous avons commencé à mettre en place à Garango. Ça fait deux fois que je vais à Garango et je vais y retourner cet après-midi pour voir l’avancement des travaux. Eux, ils n’ont jamais eu peur. C’est une certitude pour les personnes qui sont plus proches. Par contre il y a eu des mots un peu violents, un peu durs qui m’ont été rapportés du genre on va brûler la maison du blanc. Je crois que ce sont ces genres de chose qu’il ne faut pas dire.

C’est des propos qu’il faut prendre avec beaucoup de réserve parce qu’ils vous ont été rapportés. Et c’est une situation que vous n’avez connue parce que vous avez vécu le confinement dans la tranquillité selon vous ?

Je n’ai pas connu ça mais ça été dit quand même. Moi, je n’en veux à personne. Ce que je souhaite c’est qu’il n’y ait aucune violence, qu’on s’accepte. Bien sûr, s’il y a des gens qui ont la maladie, il faut les protéger et il ne faut pas tirer sur eux à boulets rouges parce que ce n’est pas de leur faute s’ils sont tombés malade. Moi, je sais où ça m’est arrivé. On me dit que j’ai ramené la maladie de la France, c’est faux parce que le moment où je suis arrivé à Abidjan et le moment où la maladie s’est déclarée, il y a eu plus de trois semaines. Donc ça ne peut pas être ça. Je sais que c’est Abidjan. C’est précisément à Adjamé que j’ai récupéré ça parce que je suis allé faire des courses là-bas. Je n’en veux à personne. Ce n’est pas de leur faute. Ce n’est pas de ma faute non plus.

Quel est l’impact du Covid-19 sur vos activités professionnelles ?

C’est difficile à déterminer de façon précise. Mon travail c’est d’accompagner les éleveurs. Donc je vais les aider à améliorer leur pratique de production au niveau alimentaire. C’est vrai que pendant un mois je n’ai pas pu les accompagner. Donc il y a eu baisse d’activités. Ce n’était pas énorme mais c’est toujours préjudiciable. Beaucoup d’éleveurs m’ont appelé pour me saluer et me demander de revenir vite pour les aider. Je souhaite que cette expérience à la fois me permette la prudence et permette aussi la prudence à tous ceux que je peux côtoyer. L’impact économique existe bien sûr. Au niveau commercial je sais qu’il y a eu un impact lourd de ce côté.

Que pensez-vous de ceux qui soutiennent que cette maladie n’est pas une réalité ?

Je crois qu’on ne peut pas dire ça. Personne n’a le droit de dire ça. C’est vrai qu’ici en Côte d’Ivoire on a la chance l’impact au niveau de la mortalité des malades est faible puis que c’est 18 ou 20 personnes qui sont décédées. En France, c’est plus de 25000 personnes, en Italie plus de 30000, en Grande Bretagne 32000 décès. Donc ceux qui disent que la maladie n’existe pas ont tort. On n’a pas le droit de dire ça. C’est une maladie qui est extrêmement grave.

Source Aip