Côte d'Ivoire

Occupation des couloirs électriques des lignes haute tension : 10 morts et 3 blessés enregistrés cette année, la CIE tire la sonnette d’alarme

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occupation-des-couloirs-electriques-des-lignes-haute-tension-10-morts-et-3-blesses-enregistres-cette-annee-la-cie-tire-la-sonnette-d-alarme A Yopougon Port Bouet 2, des populations installées sous les lignes haute tension transforment les piliers en séchoir
Société

Pour éviter les risques électriques en ces périodes de pluie, les responsables de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) ont organisé, le jeudi 18 juin 2020, une tournée de sensibilisation des populations des zones à risques dans plusieurs quartiers d’Abidjan.

« On doit pouvoir exploiter le réseau sans qu’il y ait des morts. On doit pouvoir utiliser le courant sans mourir. C’est possible si chacun respecte les dispositions. C’est le message que nous voulons faire passer », a laissé entendre Soumahoro Amara, directeur adjoint de la sécurité au travail, à la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), au terme de la visite des zones à risques exploitées malheureusement par des populations par insouciance, ignorance des dangers électriques et résignation du fait du pouvoir d’achat, en d’autres termes la pauvreté.

Parti du poste 225 Kv d’Abobo derrière l’Hôpital militaire (HMA), en compagnie du secrétaire général Lago Sosthène, du directeur d’exploitation Abidjan, Sekongo Peha et du directeur de la communication et marques Dominique Kalif ainsi que Soumahoro Amara, nous avons visité plusieurs zones à risques, malheureusement occupées.

C’est d’abord le site d’Abobo Olympe 2 qui a été visité. Ici, des maisons ont commencé à sortir des terres sous les lignes haute tension de 225 000 volts, là où les populations devraient respecter des distances de 18 mètres de part et d’autre du couloir électrique. En plus des maisons, des garages et autres marchés de bétail sont disposés sous les lignes haute tension. « Aujourd’hui, la zone commence à être occupée. Ce sont des maisons qui ne sont pas bien bâties. Dans cette première étape, on a voulu montrer que le couloir est occupé. Comme je vous ai dit dans la présentation en salle, on ne devait rien avoir en dessous. Mais aujourd’hui, on a des constructions qui sont en train de se faire. Des maisons d’habitation, des garages. Progressivement, les gens s’installent. Aujourd’hui, on a pu passer avec le véhicule, mais ce n’est pas évident que dans 5 ans on puisse passer. Des zones sont mises en vente par les propriétaires terriens. C’est un début d’occupation de la ligne HTB 225 000 volts. On ne devrait rien avoir sur une largeur de 36 mètres », a expliqué Soumahoro Amara.

Coulibaly Issiaka, de l’Association des professionnels de bétail de Côte d’Ivoire, trouvé sur le lieu, affirme qu’il était installé auparavant sur le site de coco service. « Nous étions sur le site de coco service. La mairie d’Abobo nous a accompagnés ici. Nous sommes là jusqu’à ce qu’on nous trouve un autre espace. Le marché de bétail d’Abobo a été délocalisé ici. Nous-mêmes, cela ne nous plait pas, mais s’il n’y a pas de choix à faire, on ne peut pas rester là comme ça », a-t-il justifié tout en mesurant le danger quotidien.

Des populations en danger permanent

A Dokui Djomi, toujours dans la commune d’Abbo, des personnes installées sous les hautes tensions de 90 000 volts et 15 000 volts vaquent tranquillement à leurs occupations quotidiennes, tout comme à Angré Petro Ivoire couloir Mahou, une zone également à risques.

A Abobo Ndotré, l’emprise du réseau souterrain de la ligne haute tension a été transformée en garage de véhicules lourds. « C’est un garage de gros engins. Les pièces de rechange sont déposées en vrac sur le réseau souterrain. Il faut trouver des engins pour déplacer toutes ces pièces de rechange. Donc l’intervention devient presqu’impossible. Ce sont des câbles de 90 000 volts bien protégés qui sont entre 2 et 3 mètres du sol », a expliqué Soumahoro Amara.

Après la commune d’Abobo, le cap été mis sur la commune de Yopougon où le couloir électrique qui part du Poste Yopougon 2 est également exploité par des populations qui ne mesurent certainement pas l’ampleur du danger.

Au Poste de Yopougon Port Bouet 2, le couloir électrique a été carrément transformé en marché où l’on trouve toutes sortes de marchandises, en plus de habitations. Ziguimé Arouna, un ferrailleur installé depuis 2006 sous un pilier de la ligne haute tension explique qu’il a nettoyé cet endroit pour s’y installer. Ses voisins ont carrément transformé le pilier en fer de la ligne haute tension en séchoir.

Non loin du ferrailleur, Traoré Sali, une vendeuse d’oranges, devise gaiement avec ses camarades. Elle explique que « C’est la situation (la pauvreté : ndlr) qui fait qu’on est assis là. Nos parents se sont installés ici. Ils sont décédés et nous sommes restés ici. Il y a longtemps que nous sommes installés ici. Nous sommes nés ici, nous nous sommes mariées ici ».

Toutes ces personnes installées sous les lignes haute tension ou qui ne respectent pas la distance de sécurité courent les mêmes risques. « Être sous les lignes hautes tensions, on s’expose à des risques d’accident. Il ne faut pas qu’on arrive à la phase accident. On doit se mettre dans une dynamique de prévention. Et en termes de prévention, la première action, c’est d’éviter d’occuper l’emprise des lignes électriques. Déjà ceux qui sont là doivent chercher des endroits où se réinstaller. Les personnes qui ne sont pas encore installées ne doivent pas être tentées par l’occupation de ces ouvrages », a conseillé Soumahoro Amara.

Ces occupations illicites exposent les populations concernées à des risques et causent des préjudices à la CIE en termes d’exploitation. « On a des problèmes pour se déplacer facilement pour faire l’exploitation. S’il y a un problème de maintenance, on peut avoir des problèmes pour accéder à l’ouvrage. Ce qui va entrainer un temps de réaction plus long. Donc en termes de fourniture de l’électricité, le délai va être plus long. Seconde chose, pour les populations qui sont en dessous, si malheureusement, une ligne est défaillante qu’elle tombe, elle peut faire plusieurs victimes surtout quand il y a beaucoup de personnes. Il suffit de toucher la ligne si elle est à terre ou d’être dans son environnement pour être victime d’un accident. Le conseil que nous donnons aux populations, c’est de prendre les dispositions pour ne pas être sous la ligne », a dit Soumahoro Amara.

Cette année 2020, des drames ont malheureusement été enregistrés. « Un accident s’est produit dans la zone de Blankro où un transformateur a explosé. Malheureusement, les populations qui étaient en dessous (c’était un salon de coiffure), la dame qui se coiffait et les personnes qui l’ont accompagnée sont décédées. Ce sont des situations qu’il faut éviter parce qu’on ne sait pas quand le transformateur peut exploser. Il peut avoir une décharge électrique sur le transformateur. Il peut avoir d’autres problèmes d’exploitation. Donc il est important pour nous d’éviter d’être dans ce couloir parce que le jour où le transformateur explose, c’est juste un dégât matériel. Mais quand le transformateur explose et qu’il y a des personnes en dessous, en plus du dégât matériel, il y a des dégâts humains. Et les dégâts humains, on ne peut malheureusement pas les mesurer. Même un seul mort au cours d’une année, pour nous, c’est déjà beaucoup »

Bilan des accidents liés à l’occupation anarchique de l’emprise des ouvrages électriques

De 2016 à ce jour, la CIE enregistré 27 accidents de tiers liés à l’occupation anarchique de l’emprise des ouvrages électriques.

2016 : 4 décès (1 lors des travaux de construction + 3 plantations industrielles)

2017 : 1 décès (1 en voulant récupérer un ballon sur la toiture d’un bâtiment)

2018 : 6 décès et 2 blessés (Support percuté par un camion mettant la ligne à terre. Cette situation a entraîné 5 décès ; 1 blessé lors de la pose de panneau publicitaire dans une gare ; 1 blessé lors des fouilles à la décharge sous la ligne, 1 décès lors du chargement d’un camion sous la ligne)

2019 : 4 décès (2 lors de chargement d’un camion, 1 lors de peinture de façade de bâtiment, 1 lors de réglage d’une antenne de TV)

2020 : 10 décès et 3 blessés (3 victimes lors de l’implantation d’un mât ; 9 suite à l’explosion de Tfo dont 6 décès, 1 suite au remblai de la zone)

Il est interdit d’occuper l’emprise des ouvrages :

HTA (15 kV ou 33 kV) : 7 mètres de part et d’autre de la ligne

HTB (90 kV) : 15 mètres de part et d’autre de la ligne

HTB (225 kV) : 18 mètres de part et d’autre de la ligne

 

Adolphe Angoua

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