Côte d'Ivoire

N'douci : Sur les traces des hippopotames dans les fleuves N’zi et Bandama

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Société

L'Hippopotame, de son nom scientifique Hippopotamus amphibius, est une espèce de mammifère semi-aquatique d'Afrique sub-saharienne protégée. En Côte d’Ivoire, on assiste à une prolifération de ces animaux dans les fleuves Bandama et N’zi dans la localité de Ndouci, région de l’Agnéby-Tiassa. Mais ces dernières années, ces animaux protégés sont devenus agressifs et menaçants pour les populations riveraines.

Bouraïma Guirékoundé, soixante dix ans (70) ans révolus, d’origine burkinabé, réside à Kanga-Nianzé, localité située dans la commune de N’douci, depuis au moins 3 décennies. C’est un miracle s’il est encore en vie. C’est que le septuagénaire a été attaqué par un hippopotame dans le fleuve N’zi, situé à environ deux (2) kilomètres du village, il y a maintenant 7 ans de cela. Après la cicatrisation des grosses entailles faites sur son épaule droite par cet amphibien féroce, la vie de ce veuf et père de trois (3) enfants dont un garçon a basculé depuis lors. Rencontré à la résidence d’un cadre du village de Kanga-Nianzé, le dimanche 30 août 2020, Bouraïma Guirékoundé ne s’est pas gêné pour ôter son boubou et montrer son épaule déformée qui constitue aujourd’hui un handicap pour lui. Son bras droit sur son corps frêle ne sert plus vraiment à grand-chose.

Ce miraculeux qui fait partie des premières victimes des hippopotames dans cette localité du pays revient sur les circonstances de son malheur avec beaucoup d’émotion. « Je suis incapable de faire de grands mouvements et gestes. Je ne peux plus travailler. Je n’ai plus rien et je vis aux dépens de mes enfants et de bonnes volontés. Chaque jour, je prends des médicaments pour calmer la douleur », rapporte la victime dans un français relâché et approximatif. « Je faisais mon champ de riz au bord du fleuve N’zi. Comme je travaille au bord de l’eau, je profite de cette proximité pour pêcher de temps en temps du poisson. Les fruits de cette activité secondaire lucrative sont aussi un moyen de subsistance qui génère des ressources additionnelles. A la pratique, je jette mes filets à l’eau le soir et je reviens le lendemain pour récolter les fruits », a expliqué le septuagénaire. « Le jour de l’accident, à mon arrivée au bord de l’eau, j’ai constaté un désastre : le déchirement de mes filets destinés à la capture du poisson. Je suis descendu dans l’eau pour recueillir les morceaux en vue de réparation. Et là j’ai vu l’animal foncer droit sur moi. Pris au piège et de panique, je me suis caché derrière une des branches d’un fromager abattu, et tombé dans l’eau. Mais l’animal en furie parvient à me localiser. Il a foncé sur moi et m’a blessé avec ses dents tranchantes, comme une lame », explique le riziculteur.
Blessé, seul et très mal en point, son premier réflexe a été de sortir de l’eau et s’éloigner immédiatement des lieux. « Tenant à peine sur les pieds, j’ai marché jusqu’à la lisière du village, avant de perdre connaissance. Recueilli par des villageois et transporté à l’hôpital de N’douci, j’ai été référé au Chu de Yopougon pour des soins intensifs où la prise en charge médicale a duré 4 mois », rapporte la victime.

Le témoignage de cet homme aux cheveux grisonnants, vêtu d’un boubou blanc et d’un pantalon gris sur de vieilles sandales, rappelle qu’il revient effectivement de loin.

 

Des morts et des amputations

 

Si Bouraïma Guirékoundé est en vie, ce n’est malheureusement plus le cas pour le jeune Golé Osée. Etudiant en licence de philosophie et originaire de Kanga-Nianzé, il a été tué le mardi 20 mai 2020 par un hippopotame lors d’une activité de pêche dans le fleuve N’zi. Ses restes emportés par les eaux, ont été retrouvés six (6) jours après le drame, au large de Nianda, une localité située à près d’un kilomètre de son village. Ses parents sont encore sous le choc de sa tragique disparition.

Ce récent cas d’attaque de l’homme par un hippopotame lève le voile sur la question de la prolifération de ces amphibiens mammifères à Kanga-Nianzé et ses environs. Il interpelle également sur la réalité de la menace que représentent ces hippopotames pour les populations riveraines. Le risque de se faire agresser par l’un d’entre eux dans les plans d’eau environnants est énorme.

Selon des scientifiques, la denture de l’hippopotame est impressionnante. Les canines, striées sur toute leur longueur, peuvent mesurer jusqu’à 70 cm au niveau de la mâchoire inférieure. Les incisives peuvent atteindre 17 cm de long. L’animal peut mesurer jusqu’à 4 m de long pour un poids variant entre 1,6 et 3,2 tonnes. En furie, explique des pêcheurs, avec la tête massive, portée par un cou puissant, l’hippopotame charge et casse les pirogues. Sa gueule très large a des mâchoires qui peuvent s’ouvrir jusqu’à 180°. Avec ses mâchoires, il broie tout sur son passage.

Même les pêcheurs traditionnels communément appelés ‘‘bozos’’, issus des pays frontaliers, Mali, Guinée, Burkina-Faso, rompus à la nage, ne sont pas épargnés. Pourtant, des indiscrétions disent qu’ils sont dotés de pouvoirs mystiques et protecteurs. Ils ont exprimé leurs inquiétudes par les voix d’Amidou Aïdara et Dramé Aboubacar, respectivement président et membre de la communauté des pêcheurs ‘’ bozo ‘’, rencontrés dans la localité de N’zianouan, sur l’autoroute du nord, à envions 30 minutes de route de Kanga-Nianzé. De leur côté, ils déplorent deux morts. Les nommés Bema Drissa et Adama Trempo, tous deux tués par les hippopotames dans l’embouchure des fleuves N’zi et Bandama située entre N’zianouan et Kanga-Nianzé.

Tahirou Sawadogo, l’un des blessés enregistrés par cette communauté de pêcheurs artisans, est amputé du pied droit à la suite d’une attaque d’un hippopotame. Il se déplace désormais à l’aide de béquilles. « Ma jambe a été broyée par un hippopotame lors d’une capture de poissons. Ma pirogue a été chargée par l’animal. Jeté à l’eau, je me suis mis à nager pour me sauver. Mais il m’a rattrapé et a broyé ma jambe droite. Admis au Chu de Treichville, j’ai subi l’amputation de mon pied droit », a raconté Dramé Aboubacar. Les pêcheurs ont confié qu’il n’est pas le seul blessé. Il faut alors craindre le pire, si rien n’est fait pour canaliser ces bêtes devenues très agressives au fil du temps.

 

Facteurs et causes de la prolifération des hippopotames

 

Des informations collectées auprès de plusieurs sources révèlent qu’en Côte d’Ivoire, on trouve des hippopotames partout mais généralement dans les milieux marécageux et arrosés, tels que dans le sud, le sud-ouest, quelque fois à l’ouest et au centre-ouest. Même au nord aussi, on les retrouve dans des endroits où il y à des cours d’eau. Amphibiens, ces animaux ne peuvent pas vivre sans eau. Aussi, ont-ils constamment le dos couvert de boue pour éviter la déshydratation. Contrairement aux autres régions, les plans d’eau qui irriguent la zone de N’douci, précisément Kanga-Nianzé, sont infestés d’hippopotames.

Lire la suite dans L'inter du mardi 15 septembre 2020