Violences contre les nigériens : L'abbé Norbert Abekan sort de sa réserve : « La xénophobie, sous toutes ses formes, est inacceptable »

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Société

Suite aux violences survenues contre les nigériens le mercredi 19 mai 2021, l'abbé  Norbert-Eric Abekan est sorti de sa réserve. Il a envoyé un message dans une déclaration dont Linfodrome a reçu copie ce mardi 25 mai 2021. Dans son discours, le religieux a condamné la xénophobie, sous toutes ses formes. Pour lui, elle est « inacceptable ». Déclaration. 

Message de l'abbé  Norbert-Eric Abekan, relatif aux violences xénophobes survenues dans le district d’Abidjan contre des ressortissants nigériens

 

Dans la journée du mercredi 19 mai 2021, des attaques violences contre des ressortissants nigériens dans plusieurs quartiers d’Abidjan ont été abondamment relayées sur les réseaux sociaux. Ces violences, d’un autre âge, étaient consécutives à des appels à caractères xénophobes et d’incitations à porter atteinte à l’intégrité physique sur cette population étrangère vivant dans notre pays. Ces malheureux incidents seraient partis d’une ancienne vidéo circulant sur les réseaux sociaux et dont les images ont été sorties, à tort, de leurs contextes.

 

Le bilan annoncé par les autorités fait état d’une perte en vie humaine, de nombreux blessés graves et des destructions de biens matériels.

 

Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, a donné un signal fort en condamnant ces agissements et en annonçant l’ouverture d’une enquête pour situer les responsabilités.

 

Préoccupé à mon tour par ces événements tragiques, je rappelle que ces barbaries ne doivent plus prospérer dans notre chère Côte d’Ivoire. La xénophobie, sous toutes ses formes, est inacceptable.

 

C’est dans les mêmes termes que, en septembre 2019, je dénonçais les attaques des sud-africains sur des populations africaines vivant dans la Nation arc-en-ciel.

 

Chers compatriotes, nous sommes tous de potentiels étrangers. Parce que le mouvement de populations est inhérent à notre condition humaine. Toute l’histoire de l’humanité est là pour nous l’enseigner.

 

La xénophobie qui signifie principalement « peur de l’étranger », s’exprime par une attitude qui exclut et enferme l’autre dans sa différence. Il est donc nécessaire de lutter contre la peur de l’autre.

 

J’appelle chaque conscience et tous ceux qui défendent les droits humains fondamentaux à dénoncer toutes les rhétoriques identitaires et xénophobes, chez nous, aussi bien dans la vie publique que privée.

 

En outre, j’appelle tous les utilisateurs des réseaux Sociaux à s’abstenir de diffuser des idées et des propos clivants et déshumanisants et à s’engager à faire la promotion de messages positifs.

 

Notre pays accueille de tout temps des populations venues d’ailleurs. Nous sommes donc appelés à vivre au quotidien et en bonne intelligence l’accueil des étrangers, chacun dans la diversité de ses origines et de son histoire. Et nous devons nous réjouir de ces rencontres et de l’enrichissement mutuel.

 

La « règle d’or » selon laquelle il faut « faire pour les hommes tout ce que nous voulons qu’ils fassent pour nous » (cf. Mt 7, 12) est la condition à atteindre pour les autres et pour nous-mêmes, et appelle à la construction d’une cohésion sociale.

 

Ces récents évènements nous enseignent qu’il est important de prendre soin les uns des autres pour construire une société fondée sur des relations de fraternité. Dans son encyclique Fratelli Tutti (« Tous frères ») le Pape François écrit : « une personne et un peuple ne sont féconds que s’ils peuvent intégrer de façon créative l’ouverture aux autres ». (N°41).

 

A ceux qui exercent le pouvoir et qui participent directement aux décisions qui  affectent l’avenir de la communauté nationale, il convient de concevoir des politiques qui garantissent la protection de tous, la dignité de la personne humaine et la solidarité entre les peuples et à lutter sans relâche contre tous les cas de violation des droits humains fondamentaux et ce à travers l’éducation, la démocratie et le droit.

 

Au terme de ce message, je voudrais m’adresser aux victimes de ces violences. J’ai une pensée pieuse pour la personne tragiquement arrachée à la vie. A sa famille, biologique j’exprime toute ma sympathie et mes condoléances.

 

Aux nombreux blessés, qu’ils retrouvent la guérison le plus rapidement afin de reprendre leurs activités parmi leurs frères et sœurs de ce pays.

 

Je prie pour la Côte d’Ivoire.

 

Je prie pour tous les Peuples d’Afrique.

 

Fait à Abidjan, le 25 mai 2021,

Journée internationale de l’Afrique.

 

L’Abbé Abekan Norbert-Eric,

Curé de la paroisse Sainte Famille de la Riviera 2.

Ambassadeur de l’Unesco pour la culture de la Paix.