Côte d'Ivoire

Litige foncier: Détails exclusifs sur la descente des Atchans de Nonkouagon et Bonjour au Plateau

Publié le Modifié le
litige-foncier-details-exclusifs-sur-la-descente-des-atchans-de-nonkouagon-et-bonjour-au-plateau Les Atchans ont prévenu que si ce litige foncier est mal géré, il pourrait engendrer un conflit entre plusieurs villages.
Société

Des jeunes filles, des jeunes hommes, des femmes, des vieux et des notables garant de la tradition des Atchans ont fait irruption à la cité administrative d’Abidjan-Plateau, pour prévenir le ministre du Logement, de la Construction et de l’Urbanisme, Bruno Koné, qu’un litige foncier actuellement sur leurs terres pourrait virer en un conflit sanglant entre plusieurs villages Atchans.

Ils sont descendus peu après 9h d’un car blanc devant la cité administrative d’Abidjan-Plateau en Côte d’Ivoire, du côté de l’Etat-major général des armées. La cause, un énième litige foncier en Côte d’Ivoire qui pèse sur une opération d’aménagement dans la sous-préfecture de Songon.

Le visage grave et en grande majorité vêtus en tenues traditionnelles, les Atchans des villages de Songon Nonkouagon et Bonjour ont entamé des chants guerriers pour manifester leur colère en plein cœur de la cité administrative du Plateau en Côte d’Ivoire. Ces jeunes filles, jeunes hommes, femmes, vieux et notables ont brandi des pancartes pour faire passer leur message d’avertissement aux autorités compétentes.

Des visages déterminés

Après une courte escale devant la tour D,  ces jeunes filles, jeunes hommes, femmes, et vieux ont progressé en direction de la Tour A d’Abidjan-Plateau. Leurs visages graves et le ton de leurs voix ont traduit la détermination des Atchans qui ont traversé plusieurs dizaines de Km depuis leurs villages pour venir manifester à la cité administrative du Plateau, à Abidjan.

Les Atchans ont chanté et joué de la trompette traditionnelle, pendant leur procession dans le jardin de la cité administrative du Plateau ainsi que devant la Tour A pendant un long moment. L'objectif, faire entendre leur voix auprès du ministre du Logement, de la Construction et de l'Urbanisme, Bruno Koné, pour dénoncer des supposées manœuvres visant à leur prendre leurs terres.

 

Au total, ils revendiquent des terres dont la superficie globale fait 1132 ha. « Ce sont les communautés villageoises qui savent leurs limites ancestrales », a fait remarquer Amidou Doumbia, fils par adoption des villages de Nonkouagon et Bonjour.

Il a souhaité qu’une mission de la direction de la topographie et de la cartographie aille sur les lieux en présence des autorités compétentes pour bien situer les limites des villages.

 

L’opérateur économique a par ailleurs prévenu sur un éventuel chaos. Il a interpellé le ministre du Logement, de la Construction et de l'Urbanisme, Bruno Koné. « Tout s'est bien passé globalement. Ils (des membres du ministère de tutelle, ndlr) nous ont promis qu'ils vont diligenter une équipe de la topographie et de la cartographie pour venir faire les limites de ce que Nonkouagon demande. Je leur ai dit que ce qu'on vient de faire c'était une prévention. S'ils ont laissé le dossier prospérer comme ça dans ce flou ça va créer un chaos », a martelé le promoteur immobilier.

Billet retour à Nonkouagon et Bonjour

Le Village de Nonkouagon est situé dans la vallée de l'Agnéby, dans la sous-préfecture de Songon. Par l'échangeur sur l'autoroute, il est au Pk 44, à 9 km de l'autoroute. Le village est à 5 km de celui de Bonjour. Le notable et responsable foncier du village de Nonkouagon, Yao Gérard, a fait un bref cours d'histoire sur les origines des villages de Songon Nonkouagon et Bonjour.

« Ce sont nos parents qui l'ont installé dans la vallée de Gnéki. »

Il a raconté que tout a commencé il y a des décennies dans les années 41 où le village de Nonkouagon qui existait déjà a donné des terres à un opérateur français du nom de Pierre Bonjour pour les exploiter. « C'est par Nonkouagon que monsieur Pierre Bonjour est venu. Ce sont nos parents qui l'ont installé dans la vallée de Gnéki. Quand le village installait monsieur Bonjour, il n'y a aucun village qui savait qu'il y avait un opérateur dans la zone parce que c'était une forêt et un coin marécageux très difficile d'accès », a fait savoir le notable.

 

Yao Gérard a ajouté : « Et il est allé en Guinée Conakry pour chercher les travailleurs. Les premiers travailleurs, dès leur arrivée, ce sont installés d'abord à Nonkouagon. C'est de Nonkouagon qu'ils vont au travail à Bonjour et reviennent dormir. Donc il y a une parfaite harmonie entre le village de Bonjour et nous", a précisé le notable.

Il a détaillé comment grâce à une cession de terres par Nonkouagon, le village de Bonjour a vu le jour. Le notable du village de Nonkouagon a fait des précisions sur des réunions qui ont eu lieu avec d’autres villages Atchans depuis quelques années à propos des cessions de terrains.

Accalmie partielle

Une délégation des Atchans a été reçue par Kouamé Alexandre, Conseiller spécial du ministre Bruno Koné, des membres de son cabinet et le directeur de la topographie et de la cartographie.


Après les échanges, les Atchans ont décidé de rentrer dans leurs villages à Songon Nonkouagon et Bonjour, pour attendre la venue des topographes qui vont corriger les erreurs de découpage des limites desdits villages. « Le patrimoine de Nonkouagon n'a pas été délimité dans la forme exacte. C'est la forme superficielle. L'attestation de propriété coutumière donnée par le village de Songon M'Bratté de 2132 ha est à sujet de conflit. Dans les 2132 ha de M'Bratté, il y a 1132 ha que le village de Nonkouagon réclament », a insisté l’opérateur économique Amidou Doumbia.

« On ne reste pas au bureau pour régler un problème foncier »

De son côté, le doyen du village Yao Gérard a tenu ce propos qui interpelle. « La bataille continue. Il faut que le ministre de la Construction nous écoute. Qu'il nous dise la vérité. On ne reste pas au bureau pour régler un problème foncier. Un problème foncier se règle sur le terrain. S'il ne peut pas aller sur le terrain, qu'il envoie des techniciens pour contrôler la zone, s'imprégner des réalités du terrain pour venir lui transmettre avant que les dossiers qui sont sur sa table soient signés. Sinon, ça sera une catastrophe sur la zone de Gnéki », a menacé le notable de Nonkouagon.

Eddy BIBI