Mondial 2014 / Lamouchi, Sélection des joueurs, primes : Le ministre Lobognon dit ses vérités

Publié le Modifié le
mondial-2014-lamouchi-selection-des-joueurs-primes-le-ministre-lobognon-dit-ses-verites Le ministre Lobognon appellent les Eléphants a représenter dignement la Côte d'Ivoire au Mondial au Brésil (ph : DR)
Sport

Invité de la 3e édition de la Tribune du Réseau des professionnels de la presse en ligne en Côte d’Ivoire (Repprelci), dénommée « en ligne avec… », hier jeudi à la Maison de la presse d'Abidjan, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, des Sports et Loisirs, Alain Michel Lobognon a entretenu la presse sur le thème ''Brésil 2014, préparatifs, objectifs et ambitions des Eléphants de Côte d'Ivoire''. Morceaux choisis.

Le cas Lamouchi

Les Eléphants savent que ce que je vais leur dire, je l'ai pensé. Le coach Lamouchi sait ce qu'il a à faire, Lamouchi est le seul coach qu'il faut à la Côte d'Ivoire et j'ai dit à la Fif, de laisser l'entraîneur conduire son équipe. Je serai au Brésil, si j'ai la preuve qu'il y a eu interférence, je serai le premier à envoyer mon tweet aux Ivoiriens pour dire que ce n'est pas Lamouchi qui a fait le classement. L'un des rares ministres qui a eu le courage de dire: ''laisser mon joueur jouer'', s'agissant de Ben Badi (Abdoulaye Traoré), c'est Laurent Dona Fologo. Abdoulaye a joué, il a marqué. On a tous vu.

Mais pour Lamouchi, avec les joueurs qu'il a, et qui sont des professionnels dans l'âme, nous leur disons: «Messieurs les joueurs, regardez le drapeau ''orange, blanc, vert''. Avant de jouer, ne vous dites pas que vous jouez pour vos clubs, vous allez au Mondial pour jouer pour la Côte d'Ivoire»... Certains disent que la Côte d'Ivoire n'a pas de fond de jeu, mais on a eu des entraîneurs plus forts que Lamouchi qui se sont fait éliminer au premier tour. Ça aussi, il faut le reconnaître... Laissez notre coach national aller à la coupe du monde avec ses joueurs. Aujourd'hui, l'heure n'est pas au choix de l'entraîneur, l'heure est à la mobilisation des joueurs. Aucune des trente-deux équipes n'est encore regroupée. Le calendrier mondial a ses exigences.

La sélection des joueurs

C'est à partir du 18 mai que les joueurs seront en regroupement. C'est à partir de là que l'entraîneur verra comment modeler son équipe. Maintenant, si on nous dit qu'avant le 13 mai, il y a déjà une liste qui circule, je serai encore le premier à dire aux Ivoiriens qu'on va pour échouer parce qu'ils ont déjà choisi ceux qui vont aller. Avant le départ à la Can en Afrique du Sud, j'ai dit à la Fif: « Créez la saine concurrence au sein de l'équipe nationale ». S'il n'y a pas de concurrence au sein de l'équipe nationale, on n'ira pas loin. Et Lamouchi, lui-même, est l'exemple type de la concurrence au sein d'une équipe nationale.

En 1997, au moment où la France préparait son équipe pour la Coupe du monde 98, d'où elle est sortie championne du monde, l'entraîneur a réussi l'exploit de mettre à côté Lamouchi parce qu'il fallait éviter les ego dans cette équipe nationale de France. Il fallait protéger un joueur comme Zinedine Zidane. Pourtant Lamouchi était l'une des perles rares de l'équipe de France à cette époque. A un moment donné, le coach doit pouvoir assumer ses choix, et c'est pourquoi nous avons dit et nous le répétons, la Côte d'Ivoire, pour ce Mondial au Brésil, a besoin d'une équipe nationale. La Côte d'Ivoire n'a pas besoin d'une constellation de sélectionnés. Si nous avons une équipe nationale, nous irons loin dans ce Mondial.

L'Etat va payer les primes

Chacun doit jouer sa partition. L'Etat a joué sa partition en mettant à la disposition de l'équipe nationale, les ressources demandées par la Fif. C'est autour de 2, 6 milliards de Fcfa. Dans cette somme, il y a une petite partie pour la délégation officielle que le ministre conduira. Elle comprend 5 personnes. Le gouvernement a fait la sacrifice pour payer les primes de sélection à hauteur de 50 millions de Fcfa par joueur. Il recevront leurs primes, une fois que la liste des 23 joueurs sélectionnés sera connue. Les 32 joueurs qui ont participé à tous les 8 matches recevront leurs primes de qualification avant le regroupement.

Le Trésor a fait son travail. Il y a eu des arbitrages hier (mercredi 07 mai), le numéro de compte a été communiqué à la Fif. Avant lundi prochain (12 mai), je pense que le Trésor fera ce qu'il a à faire. Je le dis pour éviter qu'on dise que c'est parce qu'il n'y a pas eu l'argent qu'ils ont mal joué. La Fif a l'argent de la Fifa, l'argent que Orange leur a donné, l'argent de l'Etat et celui de tous les autres sponsors. Rassurez-vous, l'Etat de Côte d'Ivoire ne va pas demander qu'on déclare cet argent. Mais ailleurs (Ghana, Nigeria etc.), on demande cela. Ici on ne le fera pas parce que nous voulons qu'ils soient bien préparés pour aborder cette Coupe du monde.

Message aux Eléphants

C'est pourquoi le message que je leur lance, c'est de comprendre qu'ils ne jouent pas pour leurs équipes en Europe. Ils jouent pour la Côte d'Ivoire. Il faut que nos joueurs sachent ce qu'on appelle le ''figthing spirit''. Les 4 derniers matches m'ont permis d'avoir espoir, de croire en cette équipe qui a des capacités. Souvenez-vous face au Sénégal à Casablanca, face à la Belgique. Les trente-deux équipes recevront 4 milliards de Fcfa de la Fifa. La France a promis 30% à ses joueurs, les Allemands ont dit aux joueurs : « lorsque vous atteignez les quarts de finale, vous aurez 50 000 euros, les demi-finales 100 000 euros, si vous remportez la coupe, vous aurez 150 000 euros''. Donc tout est clair. Pour nous ici, on dit si vous ne leur donnez pas, ils vont se fâcher, ils ne vont pas jouer''.

Le cas des supporters

S'agissant des supporters, ma position est connue. La Côte d'Ivoire ne déboursera pas d'argent pour faire partir un supporter au Brésil. Il faut que les Ivoiriens apprennent à se prendre en charge. Tous les pays africains qui vont au Brésil ont des supporters organisés, qui se sont préparés, pour certains, depuis 4 ans. En Côte d'Ivoire, on ne va pas demander chaque fois au contribuable de côtiser. Aujourd'hui, il y a des priorités. Entre autres priorités, l'entrepreneuriat des jeunes avec le Fonds national de la jeunesse.

Au départ, c'était 200 supporters, ce qui revenait à 1,7 milliard de Fcfa. Le budget du fonds national de la jeunesse est de 1, 5 milliard de Fcfa. Maintenant, on parle de 50 suppporters. Sachez que ce n'est pas sur le budget du Ministère des Sports qu'on prendra de l'argent pour ça. Je ne prendrai pas le risque de faire partir un supporter dans un pays où on n'est pas sûr que tout se passe très bien, s'agissant de la question de la sécurité de nos supporters. On connaît nos supporters. Il y a des risques qu'on ne peut pas prendre. Imaginez 50 supporters dans un stade de 40 000 places.

Nous avons envoyé une mission au Brésil, qui est allée voir les choses de près. Et nous avons demandé aux Brésiliens de supporter les Ivoiriens. Les Brésiliens ont pris l'engagement de porter des tee-shirts orange pour supporter les Ivoiriens. Je ne peux pas prendre le risque d'envoyer 50 supporters dans un pays où les trois premiers matches vont coûter, pour un supporter qui dort avec un voisin, 8,5 millions de Fcfa. On veut aller avec 50 personnes où certains pays vont avec 40 000 supporters. Ces gens se sont organisés depuis longtemps. La Côte d'Ivoire n'a pas d'argent pour faire partir des supporters au Brésil...

Conclusion

Je voudrais, au terme de ce passage à cette tribune, appeler les journalistes à plus d'engagement autour de l'action du gouvernement, s'agissant notamment des questions liées au sport. Le sport est facteur de rapprochement, facteur de santé, mais le sport véhicule des enjeux pour lesquels aucun réseau de presse ne doit se mettre en porte-à-faux avec l'opinion.

Propos recueillis par Alphonse CAMARA

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.com, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites