Interview

Depuis la Turquie, Djiéhoua Serge Pacôme charge : « Un responsable de la fédération m’a demandé de lui concéder 75% de ma prime si je voulais être appelé en sélection »

Sport
Publié le Source : Linfodrome
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En marge de la 1ère édition des journées de coopération médicale organisée du 25 au 28 avril 2018 en Turquie par le groupe d’hôpitaux Turques Acibadem à l’intention des pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale (Côte d’Ivoire, Mali, Niger et Cameroun), nous avons rencontré à Istanbul le footballeur ivoirien Djiéhoua Serge Pacôme évoluant à Serinisanspor en 3ème division Turque qui a bien voulu nous accorder un entretien.

À quand remonte votre passion pour le football ?

Depuis tout petit, je suis dans le foot. Pour ma passion pour le football, j’ai dû arrêter l’école en classe de Cm2 et cela date de 1995.

 

Du Stella club, comment vous êtes-vous retrouvez en Turquie ?

Du Stella, j’ai signé en 2005 à Kaizer Chiefs en Afrique du Sud pour 3 ans et en 2008, j’ai été transféré à Antalyaspor en Turquie.

 Et depuis 2008 que vous avez signé en Turquie, vous y êtes resté tout le temps. L’envie de tenter l’aventure dans d’autres clubs réputés d’Europe ne vous a-t-elle pas effleuré un seul instant ?

J’ai eu des propositions au Havre mais ils m’ont demandé de diminuer mon salaire car ils se sont rendus compte qu’en Turquie je n’avais pas de taxe. Une proposition que j’ai évidemment déclinée. D’ailleurs, j’étais encore sous contrat avec Antalyaspor. Après, j’ai fais un passage de 2 mois en Tunisie et un mois en Grèce avant de revenir en Turquie.

 Comment pouvez-vous qualifier le championnat Turque ?

En Turquie, c’est beaucoup plus physique et un peu tactique pour les grands clubs qui ont les joueurs étrangers. Et pour nous qui jouons le maintien, c’est encore plus physique et c’est encore mieux.

 Généralement, ce sont les joueurs africains proches de la retraite qui évoluent dans le championnat Turque. Était-ce votre cas ?

Non, moi je ne peux pas dire cela puisque cela fait 10 ans que je suis en Turquie. Quand je venais en 2008, j’avais 24 ans, donc ce n’est pas mon cas

 Quels sont vos rapports avec les joueurs ivoiriens évoluant en Turquie ?

J’ai de bons rapports avec eux à l’instar de Anga David, Gohi Bi Cyriac, Arouna Koné…Nous échangeons régulièrement et le courant passe très bien.

 Comment sont vus les footballeurs ivoiriens évoluant dans le championnat Turque ?

Les joueurs ivoiriens sont très bien vus ici. Surtout depuis les passages de Kéïta Kader et Didier Drogba. Le nom de Drogba seul influence beaucoup. Les Turques veulent qu’on joue comme Drogba. Ils respectent beaucoup les ivoiriens. Et ce respect on le doit plus à Drogba qui a joué en Turquie.

 En Afrique du Sud comme en Turquie, vous avez toujours marqué des buts décisifs pourtant on ne vous a pratiquement jamais sélectionné en équipe nationale. Quels sont vos rapports avec l’équipe dirigeante du football ivoirien ?

Dans le passé, j’avais de bons rapports avec la FIF car j’ai joué avec les U20, U23 et avec l’équipe olympique. C’était avec le coach Mama Ouattara, paix à son âme. J’ai joué les olympiques, j’ai terminé ma sélection avec Kouadio Georges, la coupe UFOA au Mali également. Au début, quand j’étais à Antalyaspor, j’avais de bonnes relations avec les dirigeants. Quand il y a eu le premier match Turquie-Côte d’Ivoire ici, je devais être appelé car j’étais en ce moment le premier ivoirien ici avant que Kader Kéïta n’arrive. J’étais à cette époque le seul ivoirien, la première année qui a marqué 15 buts à sa première saison. Pour dire que j’avais déjà un nom. Après quand je n’ai pas été appelé pour ce match, cela a fait grand bruit ici en Turquie. J’en ai parlé avec Arouna Koné, les présidents Sidy Diallo, Jacques Anouma et Malick Toé qui m’avaient promis qu’un jour, ils m’appelleraient en sélection. Mais comme on dit l’homme propose et Dieu dispose, après je n’ai plus eu de sélection. Je me suis dit que peut-être comme je ne suis pas en Europe, c’est pourquoi je n’ai pas eu cette chance d’être appelé en sélection. Le comble, j’ai eu une proposition d’un responsable de la fédération, dont je vais taire le nom, qui m’a clairement signifié que si je voulais être appelé en sélection, je devais lui concéder 75% de ma prime de sélection. Ce que j’ai refusé et depuis lors on ne m’a plus appelé. Je ne vais pas cacher, même si je n’ai pas dit le nom mais c’est ce que j’ai vécu que je dis. Après ça, j’ai eu mal et je n’ai pas eu de suite.

 Auprès de vos amis, vous avez dû apprendre que certains ont dû ont accepter cette proposition ?

Non non, je n’ai jamais parlé de ça. J’étais plus ami avec Gradel mais jamais je ne lui ai parlé de cette histoire. Moi je me disais que comme je ne jouais pas en Angleterre ou en France, pour eux, c’est normal que je ne sois pas en sélection. Je n’ai jamais non plus approché quelqu’un pour demander la raison de ma non sélection.

 Avec du recul, si la fédération vous faisait appel pour la sélection, seriez-vous prêt à venir avec la nouvelle génération ?

Avec mon âge, je pense que ça sera un peu compliqué. Je ne suis pas très optimiste pour une probable sélection. Avec 34 ans, je pense que c’est presqu’impossible avec tous ces jeunes qui sont là. Toutefois, si malgré mon âge on m’appelle, ça sera une fierté pour moi de porter le maillot orange, blanc et vert, je serai prêt.

 En Turquie, on vous appelle ‘’le petit Drogba’’, est-ce que vous arrivez toujours à marquer encore ?

Bien sûr, toujours. D’ailleurs, on m’appelle aussi ‘’Djéhoua le buteur’’. Tous les week-ends, par la grâce de Dieu, j’arrive à marquer au moins un but. J’ai joué 19 matchs et actuellement je suis à 10 buts. Le championnat se termine dans trois semaines et notre équipe est cinquième au championnat. Je suis titulaire dans mon club.

 D’ici, est-ce que vous suivez le championnat de Ivoirien ?

Bien sûr que je suis le championnat ivoirien. Je vois des jeunes qui ont envie de jouer, qui ont envie de donner tout pour réussir.

 S’il y a un autre club qui vous appelle est-ce que vous serez prêt à partir de la Turquie ?

Oui, j’ai encore un an avec mon club. Moi personnellement, je vise l’Asie et le Golf parce que 10 ans en Turquie, ce n’est pas 10 jours, c’est beaucoup et j’ai envie de changer. Toutefois, je n’ai pas envie de jouer en Europe. Depuis j’ai mis les pieds en Turquie, je n’ai plus envie d’aller jouer en Europe.

 Même si on vous proposait un gros salaire ?    

Je sais que ce n’est pas possible. J’ai eu des propositions à Guingamp qui était en Ligue 2 et on m’a proposé de diminuer mon salaire de 50% parce que selon eux c’est un championnat médiatisé. J’ai dit non que je n’ai pas besoin qu’on me voit mais que je cherche l’argent. Pareil au Havre où j’ai eu des propositions. Le manager du club est même arrivé ici en Turquie mais on ne s’est pas entendu.

 Ce n’est donc pas pour la passion que vous jouez mais pour l’argent ?

Maintenant plus pour la passion mais pour l’argent, car avec mon âge je ne peux plus accepter de jouer parce qu’au bout il y a la médiatisation en contrepartie. Ici en Turquie, tu as ton argent, la maison c’est eux qui la paient et plein d’autres charges. Par contre en France, c’est le footballeur lui-même qui équipe sa maison et tout c’est toi. Ici, tout est payé dans le contrat. Même si on dit qu’on ne joue pas pour l’argent mais cet avantage personne ne peut le refuser.

 À l’image de certains joueurs comme N’Dri Romaric, Didier Zokora et bien d’autres qui ont décidé d’aller se mettre au service des clubs ivoiriens, est-ce que vous qui aviez fait le Stella, cela vous tente de rejoindre l’encadrement de ce club ?  

Après Basile Boli, j’ai été le seul joueur au Stella à avoir envoyer des maillots au club. Basile Boli a été le précurseur et après c’était moi il y a 4 ans de cela. Personnellement, j’ai envie d’investir au Stella après ma carrière. Quand je vais rentrer au pays le mois prochain par la grâce de Dieu, je vais essayer de croiser le président Bictogo et puis voir les avantages et les inconvénients et comment avancer avec le Stella parce que ce club c’est mon cœur. J’ai grandi au Stella, mon père m’a mis au monde au Stella, il est décédé au Stella et je n’ai pas connu d’autres centres de formation à part le Stella. Le Stella, c’est ma vie.

 Quels sont aujourd’hui vos projets, ambitions ?

Je prie Dieu de pouvoir jouer encore 4 ans en Turquie. Je dis toujours que même si je suis en 10ème division, en Turquie, je jouerai. Mon projet, c’est d’aider mes amis. J’ai déjà commencé en Afrique du Sud. J’ai contribué au transfert de Abraham Guié et Angoua Benjamin lorsqu’ils devaient partir en. En Turquie, j’ai essayé d’envoyer Kader Kéïta ici pour jouer en 3ème division mais au finish il a refusé après, lui seul sait pourquoi.

 Vous avez une autre passion en dehors du football ?

En dehors du foot, j’aime écouter la musique notamment le Zouglou. J’aime aussi faire la cuisine et mes plats favoris sont la sauce graine, la sauce aubergine et pistache que je prépare très bien. Je suis divorcé, père d’un enfant de 7 ans qui vit en France. Je prie Dieu de refaire encore ma vie. Que Dieu me donne une femme qui a la crainte de Dieu, une femme ambitieuse qui peut m’aimer dans le cœur et non pas pour le physique.

 À Abidjan, votre nom revient dans plusieurs chansons, est-ce parce que le showbiz vous attire tant ?  

Moi je suis beaucoup Zouglou, je ne suis pas boîte de nuit et je ne le cache pas. En Turquie, je ne sors presque pas. Et ma vie ici se limite au football, la maison et l’entrainement. Donc quand je vais à Abidjan, je ne boude pas mon plaisir d’aller dans tous les coins Zouglou pour déstresser. Ici, c’est tout le temps le stress. Tout le monde regarde Djéhoua. Souvent, mes amis me disent si tu ne marques pas il n’y aura pas de prime donc j’ai une pression supplémentaire. Le fait est qu’en plus des primes de matches, il y a aussi les primes de buts.

 Combien peut donc coûter un but marqué ?

Il n’y a rien de statique puisque chaque joueur a son cachet par rapport à son poids.

 Djéhoua et les femmes…?

Comme un bon Bété, j’aimais les femmes mais depuis mon problème avec mon ex-épouse, j’ai changé. Je suis à la recherche d’une femme qui a la crainte de Dieu, ça c’est ma priorité car j’ai envie de me caser et de faire d’autres enfants. Je ne marie plus l’extérieur mais l’intérieur parce que j’ai misé sur le physique et j’ai ‘’cogné caillou’’ comme on le dit chez nous. J’avais une belle femme d’1m92 avec une beauté mais l’intérieur n’était pas ça. Ma prière à Dieu est qu’il me donne une bonne femme car j’en ai vraiment besoin. Je vois mon fils une fois par an, on va dire une seule fois en décembre. Il a 7 ans, il n’a même pas encore vu mes parents, c’est difficile pour moi. Ma prière c’est de me caser avec une fille qui a la crainte de Dieu pas pour ce je suis.

 C’était une Européenne, votre ex-femme ?      

C’est une fille Agni née en France. C’est une femme que j’ai vraiment aimée.

 Avez-vous suivi le problème d’Émmanuel Eboué avec sa femme ?

Oui. Éboué c’est mon frère. On se voyait ici quand il était à Galatasaray. J’ai eu mal pour lui parce que j’ai un peu vécu ça aussi à mon niveau mais Dieu merci j’étais encore jeune. Et comme on dit qu’un cœur blanc n’échoue jamais, par la grâce de Dieu, j’ai su me relever et Dieu m’a vraiment aidé. 

 Réalisée en Turquie par Philip KLA

coll : Philomène YAÏ (Stg)