Dopage aux JO de Tokyo 2020 : Dr. Eric Allangba fait des révélations, ce qu’il dit des athlètes ivoiriens

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dopage-aux-jo-de-tokyo-2020-dr-eric-allangba-fait-des-revelations-ce-qu-il-dit-des-athletes-ivoiriens Dr Eric Allangba fait un bilan médical partiel des athlètes ivoiriens à Tokyo.
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Médecin de la délégation ivoirienne aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, Dr Eric Allangba et son équipe s’occupent au quotidien des athlètes ivoiriens engagés dans la compétition. Dans cet entretien, il fait un bilan médical partiel et fait des révélations sur le problème de dopage. Un phénomène qui a écorné à nouveau l’image de l’Afrique à ces Jeux où de nombreux athlètes nigérians ont été écartés par l’Agence mondiale antidopage.

Docteur comment se présente la situation médicale des athlètes ivoiriens à ces Jeux de Tokyo ?

Les choses se sont passées jusqu’à présent assez bien avec une très bonne collaboration avec une équipe assez efficace. S’agissant des athlètes qui sont rentrés après leurs compétitions notamment les Taekwondo-in, il y aura une conclusion à tirer par rapport à ce qu’on a vu et vécu pendant la compétition. C’est sûr qu’il y a eu un problème récurrent. Ils ont tous présenté les mêmes insuffisances. On vous promet un rapport circonstancié. Avant la compétition, c’était pas mal, après les choses se sont passées assez vite. Pour le moment tout se passe pour le mieux. Il nous reste l’athlétisme principalement. Les choses se déroule comme d’habitude, on observe, on fait de la prévention.

Gbagbi Ruth a été contrôlée à trois reprises après son combat pour la médaille de bronze. Qu’est-ce qui explique cela ?

Ce sont les règles de l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui fait des tests répétés partout, n’importe quel moment. Elle a été testée plusieurs fois Abidjan, avant de venir Tokyo. Dès qu’on est arrivé l’AMA était présente. Ils ont prélevé nos athlètes. C’est comme a que ça se passe. Après le combat, on systématiquement, on prend les athlètes qui sont sur le podium mais aussi on peut prendre ceux qui ne sont pas allés jusqu’au podium. De nombreux athlètes africains notamment des Nigérians dont la sprinteuse Blessing Okagbare ont été écartés des Jeux pour problème de dopage.

Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Je ne suis pas étonné parce qu’aujourd’hui, le dopage est un phénomène mondial. Surtout qu’en Afrique, tous nos athlètes sont à l’étranger, c’est au contact de ces nouvelles technologies que cela se fait. Aujourd’hui, c’est la bataille pour la performance. C’est bien dommage. L’athlète n’est qu’un prétexte. On détecte quelqu’un qui a des performances intéressantes. Il rentre par la suite dans l’engrenage, on lui fait miroiter beaucoup de choses. Il y en a qui rentrent dans des systèmes où ils sont protégés. Je dirai que c’est une mafia. Cela implique beaucoup de personnes. Dans cette organisation, l’athlète fait tourner la machine et quand il veut se rétracter, on le laisse sur le côté. C’est surtout l’appât du gain qui motive ces athlètes.

L’appât du gain mais à quel prix ?

Par expérience, la plupart des athlètes de très haut niveau prennent tous quelque chose qui sont des fois à la limite du dopage. Mais ils prennent tous quelque chose pour réaliser les performances que vous voyez. Quand vous voyez tous ces moyens qui sont mis en jeu pour la réalisation des Jeux olympiques, les Jeux mondiaux, tout l’argent qui est mis en jeu, je vous assure, c’est difficile pour nous athlètes des fois de dire non. Il faut peut-être mieux organiser la lutte contre le dopage. Il y a matière à réfléchir parce qu’aujourd’hui, les moyens conventionnels qu’on connait ont leurs limites. Pace que le dopage continue, se spécialise. Il y a toujours une molécule de plus, c’est devenu très scientifique. Maintenant, on parle même de dopage génétique. Donc il y a matière à réfléchir. Il faut peut-être repenser la lutte.

Pour ces Jeux, nos athlètes ne sont pas pour l’instant concernés par ces problèmes de dopage. On croise les doigts parce que nos athlètes sont aussi à l’étranger, on ne sait pas ce qui se passe là-bas. Dans l’ensemble, ça se passe assez bien mais on ne sait jamais.

Propos recueillis par A. CAMARA, Envoyé spécial