Première audience à la CPI : ce que Blé Goudé a dit à la Juge unique (VIDEO)


27/03/2014
Charles Blé Goudé a comparu pour la première fois devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Devant la juge unique de la Cour, Silvia Fernadez de Gurmendi, le leader des jeunes patriotes a donné plusieurs détails sur sa situation depuis son arrestation il y a plus d'un an au Ghana. Linfodrome.ci vous livre son intervention

Je voulais d’abord dire que je suis content d’être là pour le respect que j’ai pour les victimes, de toutes les victimes de la crise qui a secoué mon pays. Je suis content d’être là dans l’affaire qui m’oppose au procureur pour la vérité soit sue afin que cesse les murmures. Madame la juge, je ne veux pas être libre de mes mouvements physiques pendant que ma conscience innocente accusée à tort d’être la base de tous les torts pleure au dedans de moi. Madame la juge, contrairement à une certaine opinion qui estime à tort ou à raison qu’un voyage à la CPI est un voyage de non retour, je pense qu’un citoyen qui est suspecté par la CPI , peut venir ici, faire l’objet d’un procès et s’il est innocentent peut repartir chez lui. Et je sais que je repartirai chez moi. Madame la juge, je n’ai pas été remis à la CPI dans les normes.

Je voudrais le noter. J’ai été arrêté au ghana de manière cavalière, surpris dans mon sommeil, amené manu militari au bureau national d’investigation, mis dans un véhicule sans qu’on me dise où on m’amène. C’est pendant que nous roulions que je me suis rendu compte qu’on m’emmenais en Côte d’Ivoire. Et pourtant les choses pouvaient se faire dans les règles de l’art. on ne m’a pas permis de parler à un avocat, mes droits élémentaires ont été violés. Madame la juge, je voulais que cela soit noté. Dans mon pays, avant qu’on remette à la CPI, pendant quatorze mois j’ai été séquestré, madame la juge, je n’e pouvais personne et personne ne pouvait me voir. J’ai fait dix mois dans un violon, nu. Je n’étais pas bien nourri, chaque soir, madame la juge, je devais chercher un morceau de viande solitaire dans une marre d’eau appelée abusivement soupe, madame la juge.

« C'est plus tard que je me suis rendu compte que c'était une mise en scène

Chaque qu’on devait déplacer, on me bandait les yeux avec un morceau, on me mettait une cagoule. A part la DST (Direction de la Surveillance du territoire : Ndlr) de mon pays où j’ai passé près de neuf mois et demi dans un violon avec pour voisins Jean Yves Dibopieu et Jean Noel Abehi, les autres lieux où on m’a détenu, j’avais toujours les yeux bandés et je n’ai jamais su où j’étais. Madame la juge, c’est tout dernièrement, un après-midi que mon geôlier est venu pour me coiffer. Ils sont venus dans ma chambre avec des bagages. Ils m’ont amené au sous-sol tout l’après midi. C’est quand nous sommes remontés que je me suis rendu compte que la chambre était d’une propreté sans pareil. Ils ont rangé des livrets des livres, ils ont rangé tout ce qu’ils avaient à ranger et ils avaient un appareil photo.

Ils ont commencé à me photographier, ils me disent :''il faut sourire'' et je souris, ''fais comme si tu étais en train de lire'' et je lis. C’est plus tard que je me suis rendu compte que c’était une mise scène que le ministre de l’intérieur de mon pays venait de faire. Madame le juge, j’ai été réveillé le 21 mars à minuit, on m’a bandé les yeux, on m’a mis une cagoule, on m’a mais dans un véhicule, de minuit jusqu’au matin, j’étais assis dans une chaise, les yeux bandés, la tête encagoulée. Et c’est le matin, quand on m’a enlevé la cagoule que je me suis rendu compte que j’étais à la DST à nouveau. Mis dans un véhicule, on m’a conduit chez le procureur, c’est là qu’on m’a signifié votre mandat d’arrêt. Le même jour au pas de course, les autorités de mon pays ont fait siéger la chambre d’accusation qui devait approuver mon transfèrement, madame la juge, c’est comme cela que j’ai été remis le lendemain à la CPI. J’estime qu’on faire la politique avec l`élégance, avec sagesse, et que la prison n’est pas un instrument pour briser le moral de ses adversaires politiques, on n’utilise pas la prison pour cela, quand quelqu’un est accusé, on peut le mettre en prison avec tous ses droits, s’il est reconnu coupable, il est condamné. Et je voulais vous dire dans cette cour où je suis, si je suis reconnu coupable, que la loi me soit appliquée dans toute sa rigueur. Mais si je suis jugé pour ce que j’ai fait et non pour ce que je suis que je sois reconnu innocent et que je reparte chez moi. Et je sais que je repartirai chez moi.

Car dans mon pays, on me traque, on traque ma famille, on fait chantage politique à ma famille politique et biologique, mon médecin en prison, tous mes collaborateurs en prison. Pas pour ce que j’ai fait mais pour ce que je suis. Parce que si on devait me poursuivre en Côte d‘Ivoire pour ce que j’ai fait, il y a beaucoup de personnalités pro-Ouattara qui ne peuvent même pas me regarder en face. Madame la juge, je ne veux pas être la honte de ma génération, je ne veux pas être la honte de ma famille et de mes enfants, je suis venu ici et je me considère en mission pour la manifestation de la vérité. Je suis pro-Gbagbo, j’en suis fier. Je l’étais hier, je le suis aujourd’hui, madame j’ai appris avec Gbagbo le dialogue, j’ai appris avec Gbagbo la réconciliation, j’ai appris avec Gbagbo qu’il faut convaincre l’adversaire et non le vaincre et pour cela je suis pour que la manifestation de la vérité se fasse. Madame la juge que la côte d’ivoire soit en paix et ne s’embrase pas à cause de moi.

« Je suis bien traité ici »

Je suis venu à la Haye. C’est ici que j’ai su qu’un individu peut avoir des droits qui lui sont reconnus et je voulais vous remercier pour cela d’ailleurs. Je suis bien traité ici et je suis animé d’un double sentiment. Parce quand on m’amenait à la Haye ici, beaucoup ont pleuré et pourtant en Côte d’Ivoire, je vivais le calvaire chaque jour, je vivais dans l’angoisse, chaque minute était un combat. J’étais comme un objet qu’on disposait quand on voulait et comme on voulait. On me faisait un chantage politique, j’en avais honte pour mon pays et pour mon, continent. C’est quand je suis arrivé ici que je me suis rendu compte qu’un individu peut avoir des droits. J’ai été logé comme un prisonnier, je ne peux pas demander qu’on me loge comme dans un hôtel quatre étoiles, un prisonnier est un prisonnier et je suis préparé à cela. Je suis un prisonnier dans tous les cas et je suis prêt.

Abraham KOUASSI

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  • SOURCE: Linfodrome

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