Réconciliation, Guillaume Soro, Gbagbo et Blé Goudé à la Haye, gestion de Ouattara, ... : Révérend Tagoua, ex-candidat à la présidentielle de 2010, sans détour


17/05/2018
Réconciliation, Guillaume Soro, Gbagbo et Blé Goudé à la Haye, gestion de Ouattara, ... : Révérend Tagoua, ex-candidat à la présidentielle de 2010, sans détour
Ex-adversaire de Laurent Gbagbo, Révérend Tagoua invite Ouattara a posé des actes pour la libération de l'ex-président ivoirien à la Haye

Révérend Pascal Tagoua Ninsémon fait partie des 10 candidats qui ont affronté, en 2010, l'ex-président Laurent Gbagbo, dans les urnes. A deux mois des prochaines élections présidentielles en 2020, il se signale à nouveau et se montre très critique et incisif dans sa lecture de la situation. Ci-dessous, ses vérités et ses révélations dans cet entretien qu'il a accordé à l'infodrome.ci. Entretien....

 

Depuis quelques temps on ne vous aperçoit pas sur la scène politique qu’est ce qui explique cette absence sur la scène alors que ce ne sont pas les sujets qui manquent ?

 

En réalité ce que vous appelé absence de la scène politique, nous appelons ça une présence, j’allais dire la logique d’une politique que nous essayons d’inculquer depuis près de 10 ans à tous les politiques de cette scène politique qui est déjà à se défigurer en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce que c’est exactement ? Ce nouvel ordre politique que le révérend essaie d’imprimer consiste à éviter soigneusement, de prendre cet outil noble de la gestion de la politique et de le monnayer à tous les soupés ou à tous les carrefours des soupés et lorsque le soupé est fini, lorsque le bol de riz est fini crier ensuite pour dire que celui qui nous a invité à cette table est véritablement mauvais ou le traiter de tous les péchés d’Israël. Nous croyons que la politique est noble et cela demande une hauteur d’esprit et de la dignité pour éviter de rester au bas de l’étage. Par conséquent, nous, nous parlons quand il faut parler et nous, nous taisons quand il faut se taire. Parce que critiquer c’est une chose innée en tout le monde mais ça c’est l’arme des faibles, des critiques avec des solutions, c’est l’arme des grands. C’est cette arme que nous voulons apporter à tout moment sur la scène politique. En réalité, tout le monde sait ce qui se passe en Côte d’Ivoire mais ça sert à quoi de parler souvent en tout temps et à tout moment à des gens qui n’ont pas l’envie de vous écouter.

 

A chaque fois qu’il y a une élection présidentielle, on vous voir apparaître et dès que les élections passent, on ne vous voit plus. Nous sommes à deux ans des élections présidentielles et là vous ressortez sur la scène politique. Qu’est ce qui explique ce retour ?

 

Ce n’est même pas un retour parce que je disais tantôt que nous sommes déjà présents. Il n’y a pas longtemps nous parlions des enfants qui étaient enlevés pour des sacrifices rituels, nous avions aussi parlé de ces poupées gonflables à caractère sexuelle, nous avions parlé de la dette donc nous parlons quand il faut parler. Ce n’est pas nécessairement un retour mais ce que je tiens à vous dire, même si nous voulions nous faire connaître, nous voulons le faire dans la dignité et ce ne sont pas les occasions qui manquent. Mais aujourd’hui, ce que nous faisons, nous croyons qu’après 6ans déjà parce qu’il est bon quand même de donner la possibilité aux tenants du pouvoir d’exercer et de mettre en pratique leurs promesses et de regarder et après tirer une conclusion et certainement les interpeller sur des choses qu’ils n’ont pas pu faire au temps opportun mais je trouve déplorable que des gens qui les ont même légitimé hier , chose qu’il ne fallait pas faire se mettre là aujourd’hui à crier à tous bout de champs parce que le bol de riz leur a été enlevé. Je trouve que ce n’est pas de la politique et je prie, j’insiste, je marque de ma signature que la génération qui est en train de d’arriver, que le révérend Tagoua est en train de former puisse de départir de cette manière de faire de la politique, qui en fait, ne nous donne pas l’honneur qu’il faut mais nous plonge dans la boue chaque fois.

 

Est-ce qu’il vous êtes arrivé d’être approché par le régime en place ?

 

Depuis que nous nous sommes séparés, du moins nous n’avions pas répondu à leurs appels quand nous étions au deuxième tour de la présidentielle de 2010, nous n’avions plus eu de contact.

 

Aujourd’hui si vous devriez jeter un regard sur la gestion comme vous l'aviez dit tantôt six ans après, quel bilan feriez-vous ?

 

Ce bilan je ne dirais même plus à mi-parcours, je ne voudrais pas être intrigant ou désobligeant, mais c’est un bilan mitigé. I l y a du bon travail qui a été fait par ailleurs. D’ailleurs il y a eu pas mal de ponts que tout le monde peut voir, il y a eu des routes, même s’il est sont en train de se dégrader par endroit. Il y a aussi l’Indenié dont le journal est en train de faire écho en ce moment. Toutes ces choses sont de bonnes choses. Mais à côté de ça il y a l’endettement et nous avions aussi parlé de ce qu’on appelle le rattrapage ethnique et là je vous donnerai tout à l’heure peut-être une liste pour que vous-même vous voyez quels sont les noms qui sont allé à l’école ici en Côte d’Ivoire et qui sont les plus intelligents de la Côte d’Ivoire pour qu’on les choisit et on les envois à la table de la gestion de ce qu’on appelle la chose publique. Nous croyons que la gestion de la chose publique devait se faire honnêtement et intelligemment par le concours de toutes les expertises et qu’il n’y ait pas de régionalisme là-dedans. Je pense honnêtement que la Côte d’ivoire gagnerait à mettre toutes les expertises dans un même panier et à travailler de la sorte. Malheureusement, depuis que le régime a commencé, il n’y a que les noms à consonance nordiste, il n’y a que ça qui est rempli dans l’administration territoriale, dans l’administration centrale et partout en Côte d’Ivoire.

 

On vous répondra qu’un nom à consonance nordiste ne veut pas forcément dire que la personne vient forcement du nord ?

 

Au moins ça veut dire que déjà ce nom a une consonance religieuse et quand on s’attèle ou on est incliné à une religion, a une région de la Côte d’Ivoire, c’est clanique, c’est régionaliste et ce n’est pas bon pour la cohésion nationale. Je l’ai dit tantôt et très loin déjà que nous n’apportons pas seulement que des critiques nous apprécions les actions de l’autre si elles sont bien et qu’elles sont bonnes pour la cohésion sociale, nous allons en parler. Mais si ce n’est pas bon, c’est sûr que nous sommes des veilleurs et nous voulons attirer l’attention de tous les dirigeants de la Côte d’Ivoire.

 

Et comment vous vous y prenez pour attirer l’attention des dirigeants ?

 

C’est ce que vous êtes en train de faire vous et moi. La dernière fois que nous avons parlée des poupées à caractère sexuelle, ou des enfants qui étaient enlevés, c’est une manière d’apporter notre touche de moralité à la Côte d’Ivoire et qu’elle comprenne qu’on ne peut pas toujours fermer les yeux impunément sur ces choses. Epuis, tout le monde a sa télévision maintenant, nous parlons regarder à notre télévision et peut-être que vous verrez ce que nous sommes en train de dire et nous le disons depuis bien longtemps.

 

Vous aurez pu utiliser d’autres cadres peut-être beaucoup plus appropriés. Etre un élu dans votre région, le Senat, le Parlement, ce sont les cadres également pour s’exprimer. Pourquoi est-ce qu’on ne vous voit pas à ces élections ?

 

Les gens ont parlé de la politique de la chaise vide et qu’elle n’est pas très bonne. En réalité, le révérend Tagoua trouve que lorsqu’un plat n’est pas bon, ou une sauce n’est pas bonne, il ne faut pas dire non donner moi le poulet ou la viande qui se trouve à l’intérieur. Nous avons trouvé tout cela pas démocratiquement bien agencé, et nous nous sommes mis à l’écart. Néanmoins, comme c’est un cabinet qui fonctionne quand-même démocratiquement, nous avons mis en route, un de nos jeunes qui était à l’assaut des législatifs de l’année passée. Donc il a essayé de faire un chemin, question de voir un peu quel sera la réaction de ceux qui sont en face de nous. C’est déjà un pas ça veut dire que nous ne sommes pas totalement fermés, nous ne sommes pas emmuré. Nous travaillons en conséquence avec le temps et selon les circonstances.

 

Comment le cabinet fonctionne, comme un mouvement politique ou comme une religion ou juste un organe de veille sur le positionnement du pays ?

 

Je vous disais tout à l’heure que nous étions en train d’inculquer à la clase politique de la Côte d’Ivoire un nouvel ordre politique. Ce nouvel ordre politique, on a tous les attributs de Dieu là-dedans. C’est l’intégrité la justice, l’équité, l’amour. Toutes ces choses, les gens le disent de façon galvaudé. Ce n’est pas mis en place. C’est ce que le révérend Tagoua essaie d’apporter sur cette scène politique. Sinon, nous avions été aussi invités à ce bal populaire de soupe, mais nous avions décliné poliment. Parce que nous croyons que celui qui mange à toutes les tables reste redevable à celui qui le sert. Donc, nous fonctionnons comme un cabinet politique. Nous avons des bases. Nos responsables des bases sont en mission sur l’ensemble du territoire pour reconquérir nos bases. Nous avions quand-même été soutenus par plusieurs bases qui nous avaient donné le rang honorable que nous avions eu aux élections présidentielles de 2010.

 

En 2015, vous n’aviez pas été candidat. Peut-on déduire que le pays était si bien géré que vous n’aviez pas besoin de vous présenter contre le président sortant ?

 

Non, les choses n’étaient pas démocratiquement ajustées. Nous avions un contentieux qui n’est pas vidé avec la Commission électorale indépendante (Cei). Youssouf Bakayoko n devrait pas être là où il est, et cela depuis longtemps. Ça, personne ne veut l’accepter. Même une Ong a porté plainte, l’Etat de Côte d’Ivoire a été débouté. Le temps arrivé d’exécuter les résultats de la justice, rien n’y fit. Si nous parlons de démocratie, il y a quand –même un minimum. La Cei a besoin d’être restaurée, restructurée, remise à plat. Nous ne sommes pas en train de courir après le pouvoir vaille que vaille. Mais, nous voulons que le système démocratique soit mis en place, et que celui qui gagne soit félicité par tous les autres de façon unanime. Mais, juste aller légitimer l’autre et venir crier après au loup, c’est ce que nous ne voulons pas faire. J’ose croire qu’en 2020, nous aurons une lisibilité politique plus accrue, et cela va nous permettre certainement de passer à l’étape supérieure.

 

Que proposez-vous pour une Cei crédible ?

 

La Cei se trouve entre les mains des politiques qui se battent toujours et s’entre-déchirent. Enlevons-là d’entre les mains des politiques, remettons-là entre les mains des religieux, des civils avérés, alors seulement qu’il y aura peut-être un consensus.

 

Quel civil et quel religieux ?

 

Il est bon d’essayer et d’en tirer des conclusions. Il y a des religieux qui sont très sérieux et très intègres. Je pense à l’imam Diakité de la mosquée de la Riviera, des hommes de Dieu tel que le Révérend Tagoua, qui ont quand-même de l’intégrité morale. On peut demander leur avis pour la recomposition de la Cei si vraiment on veut aller à des élections transparentes et approuvées de tous.

 

Quelle société civile avec la société politisée qu’on connaît aujourd’hui ?

 

Ce n’est pas faux, et je vous le concède pour avoir assisté à plusieurs péripéties. Elle est même infiltrée par les politiques. Mais, il y a une autre Société civile qu’on ne connaît pas, qui n’est pas toujours devant les écrans. On peut les trouver.

 

On a vu un certain Honoré Guié qui avait connu des déboires il y a quelques années ?

 

Ce sont des impairs qui arrivent dans des élections. Tout le monde crié haut que ça ne devrait plus se répéter. Mais, en même temps, Honoré Guié a été choisi par qui ? Est-ce que celui ou le groupe qui l’a choisi, l’a fait pour des raisons personnelles ou toutes autres pour la gestion d’une politique encline à leur propre velléité ? Malheureusement ce qui devait arriver est arrivé.

 

Vous pensez donc que l’on doit étudier la méthode du choix à la tête de la Cei ?

 

Je vais plus loin pour dire même à la police. Comment pouvez-vous permettre que des gens qui sont, pour d’autres, immoraux, puissent porter nos armes ? La moralité, dans des pays développés comme aux Etats-Unis, c’est un point d’honneur. Ce n’est pas parce qu’on a des diplômes qu’on vous prend pour tel poste. On vérifie la moralité. Cela fait partie du programme du Révérend depuis longtemps. Si nous commençons par vérifier la moralité, la probité des gens que nous recrutons, la Côte d’Ivoire va commencer à se stabiliser.

 

En parlant du bilan du régime en place, vous n’avez pas fait référence à la réconciliation, qui revient de façon récurrente dans les débats ?

 

La réconciliation, après plusieurs efforts de la classe gouvernante, à mi-chemin, est bâclée, parce que nous avons encore des gens en exil. Ne me dites-pas que le président de la République leur a tendu la main. Quand tu tends la main à quelqu’un qu’il ne vient pas, tu vas le trouver là où il se trouve. Sinon, si tu lui tends la main derrière la barrière, vos deux mains seront tendues. Je crois que si nous voulons aller plus loin pour rendre cette réconciliation réelle, quand le rapport de force bascule, et que ceux qui tiennent le pouvoir sont en position de force, l’humilité première leur recommande d’aller chercher leurs frères. Parce que la Côte d’Ivoire, c’est une famille. Moi, je ne trouverais pas d’inconvénient et de la honte à voir le président de la République aller à Accra et s’asseoir avec ses frères pour leur demander : ‘’Pourquoi vous ne rentrez pas à la maison ?’’. Ils vont lui dire la vérité. Ils répondront peut-être en disant : ‘’Mais quand on vient tu nous mets en prison’’. Il va dire : ‘’Je ne vais plus vous mettre en prison’’. Ça vient de lui-même, c’est simple qu’ils vont rentrer dès le lendemain. Les choses sont simples, mais nous les politisons tellement que ça difficile à gérer. La réconciliation, un mot galvaudé en Côte d’Ivoire, on a l’impression qu’elle ne se fait que pour les morts tombés à Abidjan et à Abobo. Pour la plupart, le Guémon est en marge. Les 800 personnes tombées sous la bâche, dans des puits, on n’en parle pas. Ça va créer des frustrations, il n’y a rien à faire.

 

Rev Tagoua 1

 

Quand on va parler à nos frères, ils nous demandent d’aller parler au président de la République d’abord. Que vas-tu leur dire, et qui t’a mandaté ? Parce que le faiseur de la réconciliation, c’est lui qui donne le mot d’ordre. Ce mot d’ordre se trouve dans la bouche du président de la République. C’est vrai, par un décret, on a cru qu’on pouvait apaiser les cœurs, en disant que la réconciliation était terminée. Ce n’est pas terminé, parce que le président Gbagbo se trouve en prison. Même si d’autres disent qu’on ne peut rien faire pour lui, au moins, on peut faire quelque chose pour Simone. Parce qu’elle est ici avec nous. On peut faire quelque chose pour Assoua Adou, faire sortir tous ces gens de leur prison. Le Révérend même sera le premier à leur dire : « On vous a sortis de vos prisons, ce n’est pas la peine de venir tirer sur le gouvernement. Donnez la chance à la paix d’avancer ». Si ce geste n’est pas fait, nous allons continuer de tourner en rond. La réconciliation demande que les deux camps fassent leur introspection. Il ne faut pas jouer sur la réconciliation pour se faire une place au soleil, comme les premiers qui sont venus, qui ont voulu utiliser la réconciliation pour pouvoir briguer la magistrature suprême. La réconciliation demande une dignité, une force de caractère pour pouvoir ramener les deux belligérants sur la table. Ce n’est pas donné à tout le monde.

 

Un des fils du Guémon, le député Evariste Méambly propose une amnistie générale pour libérer tous les prisonniers de la crise-post-électorale. Souscrivez-vous à son idée ?

 

En tant que député, c’est le moins qu’on puisse faire. Ce que Méambly a fait, tous les députés de l’Assemblée nationale devaient être d’accord. Parce que, si nous voulons diriger la Côte d’Ivoire avec les Houphouëtistes, c’est-à-dire un clan, une famille, c’est tout à fait normal que les autres se sentent marginalisés. Ce que Méambly a fait est profitable même au gouvernement. Je salue cela.

 

Guillaume Soro fait de la réconciliation son cheval de bataille. Il l’a dit et répété à la rentrée parlementaire du 3 avril 2017 et du 3 avril 2018. Croyez-vous en cet engagement de celui qui aura été le chef de l’ex-rébellion ?

 

Houphouët-Boigny l’a si bien dit : « Sauf les imbéciles ne changent pas ». Peut-être qu’il a changé. S’il a changé, moi, je veux des résultats. Parce qu’il ne s’agit pas de parler de la réconciliation. Il faut passer à des actions concrètes. Je veux voir ce que Guillaume Soro est en train d’apporter sur la table de façon concrète. Je ne veux pas lui prêter d’intention. Mais, parle-t-il maintenant que Soul to Soul est en prison ? Sinon, Guillaume Soro a la latitude de se lever et d’aller au Ghana rencontrer ses frères qui y sont en exil et leur demander de rentrer. La dernière fois on l'a entendu dire : « Dites à Damana Pickas de m’appeler ». Quand tu veux faire la réconciliation, c'est toi qui va vers les gens. C'est lui qui doit dire : « Damana, pourquoi tu es ici alors que je t'attend à Abidjan ». Je crois que Damana aurait l'occasion de lui parler. Mais, quand tu dis : « Dites-lui de m'appeler », je crois que le fossé est encore très profond. Moi, je veux croire en celui qui apporte des résultats. Guillaume Soro peut changer, mais si c'est le cas, c'est le résultat qui m'intéresse.

 

Certains le soupçonne de prôner la réconciliation pour se préparer pour 2020....

 

Tout le monde a le droit de se présenter à la présidence de la République. Le président de la République, lui-même, l'a dit, lors de son passage à l'Elysée. Il a le droit de se présenter. Mais, je ne précipite pas pour prêter des intentions à qui que ce soit. Voyez, quand le sorcier dit à un autre sorcier : « donne ton enfant pour que nous le mangeons aujourd'hui, et demain nous mangerons le mien, déjà celui qui propose ce deal est aussi coupable que celui qui l'accepte. Moi, je regarde toute ces choses, et je prends des précaution, et même du recul pour savoir ce qui se passe en dessous.

 

Parlons des procès de la crise post-électorale, quel regard portez-vous sur la justice ivoirienne qui fait l'objet de débat ces derniers temps ?

 

C'est dommage, quand on dit que la justice est au ordre, on dit non ! Mais, soyons sérieux ! Quand je serai président de la République pour leur donner l'occasion d'être libres, la justice ne fera pas ce qui n'est pas dans notre canevas, elle ne sortira pas d'elle-même pour faire ce qu'elle a envie de faire. L'Exécutif est le canevas qui donne les instructions. Même si elle est libre, cette justice, dès qu'elle reçoit l'ordre du président de la République pour faire une bonne action, elle va s'exécuter. Disons-nous la vérité. Si cette justice veut renverser même le procès, c'est-à-dire les condamnations actuelles, elle peut le faire. Sachez qu'il y a des gens qui croupissent en prison et qui ne savent même pas pourquoi ils se sont retrouvés là. Parce que, simplement ils n'ont pas de carte d'identité, on les a pris, et on leur a collé des étiquettes de pro-Gbagbo ou pro-ceci, et ils sont en prison, tandis que leurs parents sont en pleurs. Il y a beaucoup d'autres cas où la justice aurait pu s'auto-saisir et redresser certaines choses. Cette justice que nous avons en Côte d'Ivoire, si nous voulons l'orienter sur de bonne chose, elle peut le faire. Si le président de la République demande à la justice de libérer Simone Gbagbo et certaines personnes qui n'ont rien à avoir avec la crise, elle peut le faire. Une justice, qu'on le veuille ou pas, elle a une petite liberté, mais elle est aux ordres de l'Exécutif. Si l'Exécutif donne les directives, elle va y aller et trouver ce qu'il faut faire. J'ai confiance que la justice peut s'améliorer si le président de la République tape du poing sur la table.

 

Que dites-vous du procès de Gbagbo et Blé Goudé à la Haye ?

 

J'en suis écœuré. Les délais de détention provisoire sont largement dépassés. Ça veut dire que même là-bas, ils ne respectent rien. Parce que c'est très élémentaire. Quand on dit que c'est un procès politique, on vous dit non. Mais, si ce n'est pas politique, il n'y a rien dans ce dossier. Pourquoi jusqu'à présent, les autres ne sont pas appelés à la barre. Ils peuvent tout dire, mais ce tango ne se danse pas seul.

 

Que diriez-vous de la présomption d'innocence qu'invoque le gouvernement ?

 

La présomption d'innocence dure combien de temps ? Il faut appeler quelqu'un, l'interviewer, savoir de quoi il est question avant de parler de la présomption d'innocence. Alors, parlons aussi de Gbagbo. Il y a une présomption d'innocence qui devait prévaloir. On devait déjà le libérer pour qu'il revienne à la maison sous la même forme de la présomption d'innocence. Pourquoi l'un bénéficie de présomption d'innocence et l'autre est en cage. Tout le monde en parle, mais, en fait, quand il n'y a pas d'oreille pour être écouté, tout le monde se tait. Gbagbo devait revenir en Côte d'Ivoire et se trouver parmi les siens. C'est bien pour la cohésion sociale et pour le pouvoir en place. Il n'y a rien à perdre. C'est plutôt la grandeur de la Côte d'Ivoire. Même si le président n'arrive pas à le faire, mais qu'il fasse des actions que nous allons voir. On dira qu'il a tenté de renverser la situation, et ça n'a pas marché. Ce serait au profit de la Côte d'Ivoire, et tout le monde gagnerait pour qu tous voient qu'il y a un temps pour sanctionner, un autre pour libérer de sorte qu'on puisse se retrouver ensemble.

 

Dans vos propos, vous disiez tantôt « quand je serai président », doit-on entendre par la que vous remettez le couvert pour 2020 ?

 

Nous sommes venus à la politique, pas pour retourner. Nous y restons. Mais, nous faisons tout pour que la situation politique soit au beau fixe. Quand c'est bien organisé, croyez-moi, nous serons peut-être les premiers à déposer notre candidature.

 

Etes-vous dans cette perspective ?

 

Non, on ne reste pas à la maison pour dire que les choses vont changer. Nous sommes en train de tout préparer vigoureusement, en interpellant sur tout ce qui ne va pas. Que d'autres politiciens en parlent, peut-être qu'ils ont leur contentieux entre eux. Mais, que le révérend en parle, je pense qu'on peut trouver en cela une lueur de vérité.

 

2020, c'est dans deux ans, pensez-vous être connu des Ivoiriens pour prétendre à la magistrature suprême ?

 

Dans la mentalité de l'Ivoirien, c'est faire ce que les autres font. Mais, nous avons 31 régions. Si nous couvrons toutes ces régions en 18 mois, si nous pouvons toucher 5 millions de personnes, c'est sûr que nous irons confiants à ces élections. C'est ce que nous faisons. Oui, nous sommes sur le terrain.

 

Vos adversaires s'affichent déjà avec le Pdci et le Rdr qui se battent au sujet d'une alternance. Suivez-vous ce débat ?

 

C'est tout cela que le révérend veut changer, parce qu'à la vérité, c'est du même au pareil. Ce qui me fascine, c'est que la population continue toujours de suivre et d'adhérer à ces habitudes moyenâgeuses. Ce sont leur guéguerre intérieure. Tout ce que nous demandons au gouvernants, c'est de créer une plate-forme démocratique pour que nous puissions avoir des élections transparentes. Que le Pdci ou le Rdr disparaisse, ou le Fpi, tout ne s'arrête pas à ces partis. Je crois même que le temps est venu pour que la transition générationnelle soit hardie sur le terrain. Il faut dire à nos aînés que c'est suffisant.

 

Religion et politique, Révérend, y a-t-il vraiment convergence ?

 

C'est une déformation sociale que d'être choqué de voir un homme de Dieu accéder à la magistrature suprême. Cela veut dire qu'il n'a pas lu sa Bible. Le Pape l'a tellement bien l'illustré que le Vatican est un pays entier en Italie. Israël l'illustre si bien. Il n'y a aucune incompatibilité entre la gestion de la chose publique et de l'homme de Dieu. Depuis Mathusalem, l'homme de Dieu est au centre de la gestion de l'homme jusqu'à sa mort. Celui qui ne fait pas de la politique, c'est-à-dire la saine gestion de la cité, la politique va le faire. Mettre les bulletins dans les urnes, s'inscrire sur la liste électorale, c'est faire de la politique. La politique, c'est permettre qu'il y ait une cohésion sociale et qu'on puisse vivre en paix en prenant des décisions dans le bon sens. Qui mieux qu'un homme de Dieu pour bien faire cette politique.

 

Situons bien le contexte, nous sommes dans un pays laïc en Côte d'Ivoire...

 

Il y a des verset clairs la parole de Dieu qui dit que quand on prend le pouvoir d'Etat, le pays que Dieu a donné appartient à tous ceux qui y sont. On ne parle plus de religion. On est au sommet de l’État, et on veille pour le bien-être de tous. Quand on dit à un homme de Dieu qu'il ne peut pas être président, c'est comme si tu disais à un homme de Dieu qu'il ne peut pas être avocat, ou journaliste, etc. C'est nous qui apportons la vérité et le mécanisme de la gestion de la vérité dans tous les circuits, dans toutes les stratosphères de l’État. Croyez-moi, un homme de Dieu, un vrai, un intègre, c'est lui qui peut apporter la réconciliation que nous recherchons vaille que vaille, car cela est sur nos épaules.

 

Entretien réalisé par F.D.BONY

Félix D. Bony

|

  • SOURCE: Linfodrome

Videodrome