Pourquoi l’audience de Gbagbo a été reportée

.Me Jean Serges Gbougnon (Avocat de l’ex-président) : « Nous sommes contents… »
04/08/2012
Les rapports médicaux confidentiels sur la santé de l’ex-chef d’Etat ont été communiqués le 19 juillet dernier au juge.
On ne saurait dire qu’il s’agisse d’une annonce qui était particulièrement attendue : après un premier report de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo, pas beaucoup d’observateurs auraient parié sur un nouveau renvoi de cette audience censée déterminer si l’ancien chef d’Etat soupçonné de crimes contre l’humanité sera jugé par la Cour pénale internationale.

Par un communiqué en date du vendredi 3 août et publié sur le site de la Cour, il est explicité que la Chambre préliminaire I de la Cpi a décidé de reporter l’audience de confirmation des charges dans l’affaire à l’encontre de Laurent Gbagbo « jusqu’à ce que l’évaluation médicale de son aptitude à y participer soit faite ».

L’ouverture de l’audience qui était initialement prévue le 13 août 2012 est donc reportée sine die. Le communiqué produit par la juridiction rappelle que sur demande de la défense, la Chambre préliminaire I avait, le 26 juin 2012, désigné trois experts médicaux aux fins de procéder à un examen médical de Laurent Gbagbo dans le but « d’évaluer son aptitude à participer à la procédure portée contre lui ». Les rapports médicaux confidentiels ont été communiqués le 19 juillet dernier.

Dans la décision qui fonde le renvoi de l’audience (décision datée du 2 août), la Chambre a ordonné au procureur et à la défense de « soumettre leurs observations sur les rapports médicaux, respectivement, les 13 et 21 août (2012) ». La Chambre préliminaire I présidée par la juge Silvia Fernández de Gurmendi a décidé de reporter « l’audience de confirmation des charges jusqu’à ce que cette question (d’ordre médical, ndlr) soit tranchée ».

Faut-il, côté de la défense de l’ex-chef d’Etat, se lamenter ou au contraire, se féliciter du report décidé par le juge ? Me Jean Serges Gbougnon, membre du collectif des avocats de Laurent Gbagbo, trouve au moins un motif de satisfaction : « Nous sommes content qu’enfin l’on reconnaisse que notre client a été l’objet de mauvais traitements ». L’avocat, interrogé, hier, par téléphone, semble suffisamment informé sur les conclusions du document confidentiel issu de l’expertise médicale. « Ce n’est pas nous, mais ce sont les experts médicaux qui indiquent que le président Gbagbo n’est pas, à l’heure actuelle, dans les dispositions psychologiques pour suivre un procès équitable », étaye Me Gbougnon.

La défense de l’ex-chef d’Etat a précédemment soutenu que son client avait été « torturé » lors de sa détention à Korhogo entre avril et novembre 2011 et qu’il devrait « récupérer physiquement et moralement ». A la demande des avocats, les juges avaient déjà décidé le 12 juin de reporter au 13 août l`audience de confirmation des charges, initialement prévue le 18 juin, « afin de garantir les droits de la défense à une procédure équitable ». Ce nouveau report paraît ragaillardir la défense. « Nous avons la conviction qu’il (Laurent Gbagbo) est innocent. Et que la vérité finira par triompher », argue Me Jean Serges Gbougnon. L’avocat a rencontré Laurent Gbagbo à la mi-juin lors d’un voyage effectué à La Haye.

Arrêté le 11 avril 2011 à Abidjan, l’ex-chef d’Etat était détenu à Korhogo jusqu`à son transfèrement au centre pénitentiaire de Scheveningen (La Haye), le 30 novembre de la même année. Les crimes qui lui sont attribués ont été perpétrés lors des évènements post-électoraux de 2010.

Kisselminan COULIBALY