Miaka chez Gbagbo à La Haye: Les secrets d’une visite


11/02/2012
Miaka Oureto a eu le « bonheur » d’une visite à Laurent Gbagbo, incarcéré à La Haye depuis fin novembre 2011.
En se rendant aux Pays-Bas, le président par intérim du Fpi n’allait pas seulement rendre les civilités à Laurent Gbagbo. Ni juste s’enquérir de son état physique. Les enjeux politiques pour l’ancien député de Soubré étaient réels.

Sylvain Miaka Oureto est un président intérimaire heureux. Il a été reçu, le lundi 6 février 2012, à La Haye par Laurent Gbagbo qu’il n’avait pas revu depuis bientôt un an. Il a surtout arraché une occasion de parler seul à seul avec un ancien dirigeant dont les visiteurs à la Cour pénale internationale sont triés sur le volet. Au delà de l’évidence d’échanges sur la situation politique nationale, Miaka Oureto est bien allé se faire oindre par le fondateur de leur parti, le Front populaire ivoirien (Fpi). Ici, l’une des raisons inavouées de son déplacement à La Haye. Il se considérait au sortir de ses trois (3) heures de discussion avec Gbagbo, comme le « vrai patron ». En témoigne son interview à Radio France internationale diffusée mercredi. Lorsqu’il lui est posé la question «…ceux qui se revendiquent comme porte-parole tels le ministre Koné Katina ou Assoa Adou, ne sont pas ses porte-parole. C’est vous le vrai patron. C’est ça ? », Miaka Oureto répond : « Oh ! je crois pouvoir dire que oui ». Le président par intérim du Fpi avait manifestement besoin de cette rencontre au sommet pour se sentir comme le « vrai patron » et probablement envoyer un message à ses camarades de parti aussi bien à Abidjan qu’à l’extérieur. La voix de certains d’entre eux a paru supplanter celle du chef intérimaire du Fpi. « Nous travaillons mais l’environnement devient de plus en plus étouffant parce qu’il y a trop de voix qui s’élèvent de gauche à droite. Et tout ça, pour les coordonner, ça pose problème », a, à nouveau, déclaré Miaka Oureto à Rfi. Il fallait, pour lui, clarifier les choses. Son entrevue avec Laurent Gbagbo est censée conférer les pleins pouvoirs à un leader à qui il est souvent fait un procès en mollesse : Miaka Oureto ne se montrerait pas assez offensif et peut-être trop enclin à des concessions face aux nouvelles autorités.

Sa visite à La Haye constitue d’une autre façon quelque chose de fondamental dans la vie politique de l’ancien président de la Commission des affaires économiques et financières du Parlement. Voir Laurent Gbagbo et échanger avec ce dernier dans le plus grand secret est chose particulièrement enviable chez les partisans de l’ex-chef d’Etat. L’activité médiatique qu’il y a eue autour de cette visite renseigne éloquemment sur d’éventuelles retombées politiques pour le visiteur du 6 février. Miaka Oureto sait que bien négociée cette mission effectuée à La Haye peut s’avérer bénéfique pour demain. De ce point de vue, il joue sa carte personnelle tant il est vrai que tout universitaire et cadre compétent, il est longtemps resté dans l’ombre des hiérarques du régime de la Refondation. Il reste qu’une chose est d’avoir l’onction du « grand chef », une autre consiste à investir le terrain.


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