Libération de Gbagbo et Blé Goudé, arrestation du député Alain Lobognon… : Tout se mélange en Côte d’Ivoire, des incertitudes sur 2020


16/01/2019
Libération de Gbagbo et Blé Goudé, arrestation du député Alain Lobognon… : Tout se mélange en Côte d’Ivoire, des incertitudes sur 2020
La possible libération de Laurent Gbagbo à la Haye, pourrait remettre en cause tous les calculs sur la scène politique ivoirienne

De quoi demain sera-t-il fait en Côte d’Ivoire ? Bien malin, qui saura le deviner, à ce jour. Car, tous les calculs se mélangent actuellement sur l’échiquier politique ivoirien. Notamment avec les derniers développements de l’actualité marquée par deux faits majeurs : d’une part, la décision d’acquittement par les juges de la Cour pénale internationale (Cpi) des ex-dirigeants ivoiriens détenus à la Haye, Laurent Gbagbo, et son poulain, Charles Blé Goudé, et d’autre part l’arrestation et la mise sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan de l’ex-ministre des Sports, Alain Michel Lobognon, député à l’Assemblée nationale, président de parti politique, fidèle et proche du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro.

Paradoxe de l’histoire, en effet. Pendant que les choses semblent mieux se dérouler pour les partisans des ex-tenants du pouvoir en Côte d’Ivoire, elles vont de mal en pis entre les tenants du régime actuel qui affichent de jour en jour leur division et les adversités en leur sein. Alors que bien de données pourraient changer sur la scène ivoirienne qui devraient amener les partisans du pouvoir, les ex-alliés, à se resserrer les coudes pour leur survie politique.

Il n’est un secret pour personne, aujourd’hui, qu’un libération, plus que probable aujourd’hui, de Laurent Gbagbo aura des implications indéniables sur la vie politique en Côte d’Ivoire. Les 22 prochains mois avant les prochaines échéances présidentielles pourraient en être sérieusement impactés avec ce qui va se passer dans le camp des ex-tenants du pouvoir. L’ex-président ivoirien libéré, c’est le retour massif de tout le reste de ses milliers de partisans toujours en exil, qui n’attendent que ce moment. Au plan politique, c’est incontestablement la remise en selle du Front populaire ivoirien (Fpi), ex-parti au pouvoir, dont les clans rivaux sont unanimes sur la reconstitution de leur unité avec le retour éventuel du fondateur. Pascal Affi N’guessan, ancien Premier ministre et président légalement reconnu du Fpi ne cache pas qu’une libération de Laurent Gbagbo, sonnerait l’unité retrouvée de son parti. Même son de cloche chez l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, épouse de Laurent Gbagbo, et deuxième vice-président de l’aile dure dite pro-Abou Drahamane Sangaré, du nom de l’ex-président intérim de cette tendance radicale soutenu par l’ancien chef de l’Exécutif ivoirien.

Le Fpi reconstitué, beaucoup de choses pourraient en découler. Avec en ligne de mire, les prochaines échéances présidentielles de 2020. Des joutes qui pourraient s’annoncer comme une occasion de réhabilitation de l’ex-adversaire d’Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo qui n’a jamais reconnu avoir perdu le pouvoir dans les urnes.

Dans la foulée, il n’est pas exclu de voir la recomposition de la classe politique ivoirienne prendre un nouveau tournant. Tandis que le président de la République, Alassane Ouattara, s’attellent avec des alliés (anciens et nouveaux) à mettre en place le parti unifié du Rassemblement des Houphouëtistes (Rhdp), d’ici le 26 janvier prochain, d’autres anciens membres en disgrâce avec cette coalition au pouvoir se préparent à créer une nouvelle plate-forme de l’opposition pour conquérir son fauteuil en 2020. Le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, est déjà lancé dans une dynamique avec le Fpi, aussi bien de Laurent Gbagbo que de Pascal Affi N’guessan, pour bâtir cette nouvelle opposition. Aujourd’hui, avec l’éventualité d’un acquittement définitif du fondateur de l’ancien opposant historique d’Houphouët-Boigny, et les opportunités que cela pourrait engendrer, tous les calculs sont au point mort. Laurent Gbagbo va-t-il aller avec Konan Bédié, qui l’avait combattu avec Alassane Ouattara de 2005 à 2011 ? Va-t-il envisager sa revanche dans les urnes en nourrissant de nouvelles ambitions pour 2020 ?

Rien n’est moins évident pour le moment. Sauf que la suite du procès le maintienne loin de sa terre natale et l’oblige à renoncer à poursuivre la politique au premier plan de la scène.

En tout Etat de cause, cette possible libération de Laurent Gbagbo n’est sans effet pour le régime d’Alassane Ouattara, son principal rival au pouvoir. Le régime ivoirien s’en trouve éprouvé, et pourra l’être davantage avec le regain de vitalité du Fpi réunifié et renforcé par le retour de ses exilés et la liberté d’action de son mentor. Dans la foulée, il pourrait se poser le cas des dizaines de militaires encore détenus après l’élargissement des politiques dont ils étaient censés répondre. Une équation difficile pour le pouvoir. Malheureusement, c’est dans le même temps que la coalition au pouvoir accentue son effritement après le départ de l’une de ses principales figures de proue, le Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié.

Le pari du président de la République de rassembler le maximum d’Ivoiriens à sa cause est plus que jamais à l’épreuve. Même s’il réussit à remplir le stade Félix Houphouët-Boigny le 26 janvier prochain, le parti unifié est en train de se construire sur une corde raide. Laquelle corde s’enraidit de jour en jour avec des affaires en rebondissement comme celle spectaculaire du député et maire élu de la commune du Plateau, Jacques Ohouo. Une vraie fausse affaire à laquelle vient de se greffer l’arrestation du député, Alain Lobognon, ce proche du président de l’Assemblée nationale, lui-même en disgrâce avec ses ext-camarades du pouvoir.

Comme si tout était mis en œuvre pour pousser l’Exécutif en erreur, ces affaires vont de rebondissement en rebondissement avec des articulations qui tendent à présenter le pouvoir sous un air fasciste, si rien n’est fait pour détendre l’atmosphère et éviter de paraître sous ce mauvais œil.

Tous ces schémas mis ensemble, rien de concret ne se profile pour les échéances en vue en 2020. Ces échéances approchant à grand pas avec la grande incertitude sur les probables prétendants au siège. Du moins, les plus sérieux, en dehors de quelques trouble-fêtes qui s’affichent. Le seul fait certains, et non souhaité, c’est l’atmosphère tendue, qui s’anime et ravive des souvenirs amers des échéances de 2010 – 2011 que semblent préparer des acteurs attachés uniquement à des intérêts égocentriques.

Félix D.BONY

Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome

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