Election à la présidence de l'Assemblée nationale: Tout sur ce qui s'est passé jeudi, les premiers mots d'Amadou Soumahoro


09/03/2019
Election à la présidence de l'Assemblée nationale: Tout sur ce qui s'est passé jeudi, les premiers mots d'Amadou Soumahoro
Amadou Soumahoro, septième président de l'Assemblée nationale, a appelé à la cohésion et la solidarité au sein de l’institution.

Fin de l'intérim de 27 jours du doyen des députés, Diawara Mamadou. Les députés ont élu hier, jeudi 7 mars 2019, le candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), Amadou Soumahoro à la présidence de l'Assemblée nationale. Il a été élu avec 153 bulletins pour, tandis que Jérémie N’Gouan en a obtenu trois (deux bulletins étaient nuls).

 

Au total, 178 députés étaient présents, sur les 252 que compte l’Assemblée – atteignant ainsi le quorum requis de 127 parlementaires. 158 ont pris part au vote, quand ceux du Pdci, du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci) et de Vox Populi ont décidé de boycotter le scrutin.

Ambiance. Tout a commencé peu avant 9 heures avec l'arrivée des premiers députés au palais de l'Assemblée nationale. On pouvait apercevoir dans la salle des pas perdus, de nombreux élus munis de leur écharpe. «On ne sera pas dans la salle. Le monde entier va savoir que nous avons boycotté parce que les gens refusent le bulletin unique», nous fait savoir Konan Marius, député d'Attiégouakro et directeur de campagne du candidat du Pdci-Rda. De son côté, Charles Gnahoré, député Rhdp de Bouaké, lui, est confiant. «Je suis satisfait parce que notre formation politique va reprendre la présidence de l'Assemblée nationale. Nous sommes le groupe majoritaire et il était inconcevable que nous n'ayons pas cette présidence. Je suis heureux que le ministre Amadou Soumahoro soit le candidat du Rhdp qui deviendra, à coup sûr, le nouveau président de l'Assemblée nationale», a-t-il lancé, sourire aux lèvres.

Entre temps, les personnalités affluent. Il est 9 heures 57 minutes quand font leur entrée à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Amadou Gon, le ministre d’État, ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, Nanan Désiré Tanoé, roi des N'Zima Kôtôko et président de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire. Ils sont accueillis par le président intérimaire de l'Assemblée nationale, Diawara Mamadou. Les trois personnalités ne veulent pas se faire compter l'événement. En compagnie de leur garde rapprochée, elles essaient de se frayer un chemin dans la salle des pas perdus qui refuse du monde. Chemin faisant, le chef du gouvernement et le ministre de la Défense font des civilités au député de Fresco, Alain Lobognon. L'ex-ministre des Sports d’Alassane Ouattara, qui avait été condamné, le 29 janvier 2019, à un an de prison ferme pour «divulgation de fausses nouvelles et incitation à la haine» en première instance, a écopé en appel d'une peine de six mois de prison avec sursis. Il a été libéré le 13 février 2019. Les échanges entre ces anciens compagnons du Rdr attirent l'attention des députés présents. Dans une ambiance bon enfant, ils conversent pendant au moins une minute. Amadou Gon et Hamed Bakayoko s'installent, par la suite, dans la salle d'attente du président de l'Assemblée nationale. Peu après10 heures, arrive à son tour Pascal Affi N'Guessan, député de Bongouanou et président du Front populaire ivoirien (Fpi). Il est, aussitôt, accosté par le directeur de campagne du candidat du Pdci N'Gouan Jérémie qui lui donne la dernière consigne : Celle de ne pas accéder à l'hémicycle. L'honorable Konan Marius, arrêté devant l'entrée principale de l'hémicycle, veille au grain. Il aborde tous les députés acquis à leur cause et fait «passer le message». 10 heures 10 minutes le vice-président, Daniel Kablan Duncan arrive à son tour. Il est reçu par le Premier ministre.

Pendant dans ce temps, dans l'hémicycle, le décor est frappant. Les députés du Pdci, du Raci et de Vox Populi brillent par leur absence. Leurs sièges sont vides. Contrairement aux députés du Rhdp qui sont pratiquement tous présents. 10 heures 14, le candidat du Rhdp, Amadou Soumahoro fait son entrée dans l'hémicycle. C'est le délire. Amadou Soumahoro dit ''Tchomba'' qui signifie (le sage en langue locale Bambara, dans le Nord de la Côte d'Ivoire) est accueilli par des salves d'applaudissements. ''Tchomba, Tchomba, Tchomba'', pouvait-on entendre. Il salue tous les députés présents. Dans la loge officielle, Koné Kafana Gilbert, ministre auprès du président de la République chargé des Relations avec les institutions de la République, Adama Toungara, médiateur de la République et de nombreux membres du gouvernement sont également en bonne place. Sont également présents, le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi et le frère du président Alassane Ouattara et ministre des Affaires présidentielles, Téné Birahima Ouattara. Ils sont rejoints par le vice-président et le chef du gouvernement.

Hémicycle. A 10 heures 23 minutes, le président intérimaire, Diawara Mamadou fait son entrée dans la salle et ouvre immédiatement la 2e session extraordinaire 2019 de l'Assemblée nationale avec un point à l'ordre du jour : l'élection du président de l'Assemblée nationale.

Dans une brève adresse, le doyen d'âge des députés, «sans vouloir revenir sur les faits passés», traduit à l'endroit du député de Ferké, l'honorable Guillaume Soro, «la reconnaissance sincère de la représentation nationale pour les efforts louables consentis en vue du rayonnement de notre institution tant au plan international que national». «Indéniablement, son passage à la tête de l'Assemblée nationale aura contribué à consolider l'héritage institutionnel laissé par nos prédécesseurs», a déclaré M. Diawara, félicitant l'ensemble des députés pour la «sérénité» et la «responsabilité» parlementaire observées durant les jours précédents. Selon le président intérimaire, cette élection redonne à l'institution ses lettres de noblesse et ouvre une nouvelle page de son avancée et de son histoire. «Il me paraît opportun d'insister sur l'espoir et même sur l'espérance que l'acte de ce jour apporte à la quiétude de nos mandants», a-t-il ajouté avant le début du vote.

Ensuite, le secrétaire général de l'Assemblée nationale, Latte. N. Ahouanzi intervient et explique le déroulement du vote. Selon lui, conformément aux dispositions de l'article 7, alinéa 1,2 et 3 du règlement de ladite chambre, l'élection du président de l'Assemblée nationale a lieu au «scrutin uninominal secret à la majorité absolu des députés présents au premier tour, en l'occurrence 90 voix». Parlant des opérations pratiques du vote, il présente l'urne de contrôle, l'urne de vote transparente et la liste d’émargement. «A l'appel d'un député, une enveloppe lui est remise avec les bulletins de vote. Le député rentre dans l'isoloir pour procéder à son choix en mettant dans l'enveloppe le bulletin de son candidat. Après le vote, le député émarge», a expliqué le secrétaire général, précisant que le candidat Amadou Soumahoro a le bulletin de vote de couleur orange et N'Gouan Jeremie, le bulletin de vote de couleur verte.

Avant de passer à l'opération vote, le directeur de campagne du candidat Amadou Soumahoro, le député Fregbo Basile, dans une allocution, appelle ses collègues à faire le bon choix, celui de l'ancien président du groupe parlementaire Rdr. Absent au moment du vote, le candidat N'gouan Jérémie ne peut bénéficier des mêmes circonstances. Par la suite, un tirage au sort de la lettre alphabétique du vote comme le stipule le règlement est effectué. Et c'est la lettre ''Y'' qui est tirée au sort. Par conséquent le premier votant est l'honorable Yao Konan, député de la circonscription d'Ando - Kékrénou, Béoumi et Kondrobo, commune et sous-préfecture. Le suspense ne dure pas longtemps. Le député Ahmadou Soumahoro succède à Guillaume Soro à la présidence de l'Assemblée nationale, au terme d'une élection boycottée, par les députés de l'opposition.

Message d'Amadou Soumahoro. Le successeur de Guillaume Soro est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés en obtenant 153 voix contre 3 pour son adversaire Jérémie Alfred N'gouan et 2 bulletins nuls. Elu, président de l’Assemblée nationale, le député de Séguéla, Amadou Soumahoro, rend d'abord un hommage «particulièrement appuyé » au chef de l’État, Alassane Ouattara pour «son leadership gagnant » et l’assure de son soutien sans faille, dans ses efforts inlassables, pour la construction d’une Côte d’Ivoire de progrès, de paix, de vraie fraternité et de concorde. Ensuite, M. Soumahoro considère son choix, comme étant l’expression de l’engagement à soutenir et à accompagner les actions, que les députés entendent mettre en œuvre, dans un esprit d’équipe, d’ouverture et de dialogue fécond, afin de redonner à l’Institution, toutes ses lettres de noblesse.

L'ancien ministre auprès du président de la République chargé des Affaires politiques estime que son élection se situe dans un contexte de fonctionnement démocratique et politique des institutions de la Côte d’Ivoire. Il affirme qu’il s’agit ainsi de préserver et de consolider la dynamique de paix, de stabilité politique et de progrès, qui prévaut dans le pays et d’œuvrer à la bonne réalisation, des perspectives de développement.

Dans ce processus de construction nationale, le député de Séguéla soutient que l’Assemblée nationale doit être à la pointe du combat, en renforçant sa cohésion interne et en créant les synergies nécessaires avec toutes les autres institutions de la République rassurant l’ensemble de ses honorables collègues, qu’ils feront cette marche dans la fraternité, la solidarité, la cohésion et dans un esprit inclusif. Car, «son ambition est de bâtir une grande famille dans l’hémicycle, où le travail sera certes, notre préoccupation constante, mais aussi et surtout, où le social sera le fondement de notre action» «En clair, aucun député ne devra se sentir seul, aussi bien dans la joie que dans la peine. (…) Nous veillerons particulièrement à valoriser la fonction parlementaire, tout en nous évertuant à ce qu’aucun député ne soit laissé pour compte. Croyez-moi, je m’y engage et vous me connaissez dans ma détermination», a expliqué le nouveau président de l’Assemblée nationale.

Par la suite, l’ancien ministre rend hommage à son prédécesseur pour le travail réalisé, invitant ses collègues à poursuivre le travail, «un travail qu’il voudrait bien fait, avec abnégation et assiduité». « Soyez assurés que je coopérerai avec tous ceux qui feront de la construction de la paix et de la stabilité de notre pays, leurs priorités» a-t-il conclu.

Membre fondateur du Rassemblement des républicains (Rdr, en 1994), Amadou Soumahoro est un fidèle parmi les fidèles du chef de l'Etat, Alassane Ouattara, dont il s'honore de l’amitié. Le nouveau président de l'Assemblée nationale, né le 31 octobre 1953, est père de quatre enfants. Amadou Soumahoro succède ainsi à Guillaume Soro, président du Comité politique depuis le 15 février 2019. L'ancien président de l'Assemblée nationale faisait partie des grands absents pour ce scrutin.

 

Cyrille DJEDJED

 

 

Encadré: 94 députés boycottent l'élection

 

94 députés, issus des groupes parlementaires Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Vox populi et Rassemblement et le président du Front populaire ivoirien (Fpi), Pascal Affi N'guessan, n'ont pas pris part au scrutin d'hier. Dans l'ensemble, ils dénoncent le caractère «illégal et illégitime» du processus pour mettre à la tête de l'Assemblée nationale, un président «illégal en violation du règlement de l'institution». Ces députés ont refusé et se sont abstenus purement et simplement de prendre part à la 2e session extraordinaire de l'année 2019 , laissant le soin à leurs homologues de décider sans eux.

Parlant au nom de ses pairs, l'honorable, Olibé Trazéré Célestine, députée d'Issia souligne qu'ils protestent vigoureusement, avec la dernière énergie, contre ce qui s'est passé à l'hémicycle. «Le 26 février 2019, nous avons décidé à l'unanimité de faire un vote secret à bulletin unique. À notre grand étonnement, le mardi 5 mars 2019, on nous rétorque que des consignes ont été données, de voter avec plusieurs bulletins. Nous ne sommes pas d'accord parce qu'en Côte d'Ivoire, il y a eu assez de morts.Nous n'accordions pas du crédit à ce brigandage politique», a expliqué Mme la députée d'Issia.

Le président du Front populaire ivoirien et député de Bongouanou S/P, Pascal Affi N'Guessan, qualifie de «pitoyable » ce qui s’est déroulésous les yeux de plusieurs ambassadeurs accrédités en Côte d'Ivoire. Pour lui, cela est un mauvais signe pour les prochaines élections. Raison pour laquelle, il appelle l'opposition à la mobilisation en faisant preuve de pugnacité pour contraindre le Rhdp à la démocratie. «Nous avons dénoncé le référendum, nous n'avons pas participé au référendum où on a imposé les bulletins multiples. Et aujourd'hui, nous voulons que le bulletin unique soit appliqué», a-t-il indiqué . «Nous ne pouvons pas tolérer qu'on viole le principe du secret du vote, qu'on viole les consciences et qu'on oblige les députés à voter un candidat parce qu'ils ont peur de représailles. (...) L'avenir, c'est la suite du combat pour que le vote soit repris. Et c'est ce que nous allons organiser avec l'ensemble des groupes parlementaires de l'opposition et j'espère que les groupes parlementaires sauront s'inscrire dans cette logique», ajoute M. Affi.

Il faut noter que ces députés ont improvisé une marche, de la Permanence du Pdci, au Plateau, jusqu'au palais de l'Assemblée nationale. «Nous sommes venus à pied pour que les gens sachent. Nous avons fait exprès. Nous sommes venus après le début de l'appel nominatif pour montrer qu'on n'était pas dedans », a expliqué Maurice Kacou Guikahué, président du groupe parlementaire Pdci avant de clouer au pilori l'attitude du président intérimaire. « Il viole les décisions du bureau de l'Assemblée. On ne peut pas accepter cela. Le président Diawara a changé lui seul, il a usé de son pouvoir de président, ce qui n'est pas normal, pour changer le mode opératoire », a encore dénoncé M. Guikahué.

 

C.D

 

Propos recueillis

 

Konan Marius (Directeur de campagne du candidat du Pdci) : « Personne n'a intérêt à prendre les positions rigides»

«Pour une simple question de bulletin unique, on n'arrive pas à s'entendre. Et quand on va avancer et poser les gros problèmes, qu'est-ce qui peut bien se passer ? Vivement que la sagesse habite tout le monde, qu'on comprenne que personne n'a intérêt à prendre des positions trop rigides. La cause pour laquelle nous nous sommes abstenus de participer à la session de ce jour, elle est noble, elle est juste, démocratique et légale»

 

Adama Bictogo (Député d'Agboville) : « L'expression démocratique s'est traduite par le vote»

«On peut retenir deux choses. Un, le boycott tant annoncé par les autres sensibilités politiques n'a pas eu lieu parce qu'il y avait 178 députés sur 252, ce qui correspond à la majorité qualifiée. Deuxièmement, l'expression démocratique s'est traduite par le vote parce qu'il y a eu deux bulletins nuls, trois votants pour Jérémie N'Gouan. Je voudrais féliciter le nouveau président, Amadou Soumahoro, qui s'inscrit dans la recherche de la cohésion, de la paix, de la stabilité dans le sens d'accompagner le gouvernement pour consolider les acquis aussi bien au plan social qu'au plan du développement».

 

Abel Djohoré ( député Bayota) : «Il n'y a aucun problème sur la légitimité du président Soumahoro »

«Il n'y a aucun problème sur la légitimité du président Amadou Soumahoro qui vient d'être élu. La Côte d'Ivoire nouvelle n'a plus besoin de palabre. Nous avons besoin de la paix, de la concorde, de l'entente pour faire avancer ce que le président Ouattara est en train de faire. Tout ce que nous voyons n'est que diversion. Nous avions dit que les ex-Forces nouvelles n'allaient pas suivre Guillaume Soro dans son aventure. Nous travaillons à ce qu'il soit un loup solitaire et nous allons y arriver»

 

Evariste Méambly (Député de Facobly) : «Il n'y a jamais eu de bulletin unique dans le choix du Pan»

«L'Assemblée a des structures et l'une de ses structures est la présidence de l'Assemblée. Après, il y a le bureau des présidents qu'on appelle la conférence des présidents et il y a le bureau définitif. Il n'est écrit nullement dans le règlement que c'est le bureau qui désigne le mode de votation. Le président Diawara a dû certainement concerter le bureau, mais le bureau a fait des suggestions. (…) Dans l'histoire de l'Assemblée, depuis le président Capri jusqu'à Soro, il n'y a jamais eu de bulletin unique dans le choix d'un président de l'Assemblée nationale».

 

C.D.

 

Cyrille Djedjed

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  • SOURCE: L'inter

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