Depuis Londres, Soro au pouvoir : « Désignez votre candidat, on va voir lequel les Ivoiriens aiment. Je l’attends pour le battre »


12/11/2019
Depuis Londres, Soro au pouvoir : « Désignez votre candidat, on va voir lequel les Ivoiriens aiment. Je l’attends pour le battre »
Guillaume Soro a eu des échanges francs mais cordiaux avec des Ivoiriens de Londres.

Le président de Générations et peuples solidaires (Gps), Guillaume Kigbafori Soro, s'est entretenu avec des Ivoiriens, à Londres, samedi 9 novembre 2019, dans le cadre de son 4e «Crush party». Il a mis au défi le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) de désigner son candidat pour qu'il puisse le battre à la présidentielle d'octobre 2020.

Guillaume Soro s'est déjà déclaré candidat à cette élection présidentielle. L'ancien président de l'Assemblée nationale a indiqué qu'il a décidé de prendre ses responsabilités devant l'histoire. Et surtout pour son pays qu'il veut réconcilier. « Ce qui touche les fondations d'une nation, on ne doit pas jouer avec. Ils pensent me faire du tort, c'est à la Côte d'Ivoire. Ils pensent me nuire, en disant que Guillaume Soro est un djihadiste et puis toute la Côte d'Ivoire va me fuir. Le Fbi, la Cia vont être dans mon dos. Mais le Fbi connaît les djihadistes, c'est pourquoi je me promène tranquillement en Europe. Ils savent qui est qui… Ce n'est pas bon d'utiliser la religion, l'ethnie, c'est trop sensible. Faites attention. C'est pour la Côte d'Ivoire de demain. Ne venez pas gâter notre pays. Au lieu de parler de djihadistes, désignez votre candidat, on va voir lequel les Ivoiriens aiment. Je l’attends pour le battre », a lancé Guillaume Soro, sous les vivats de ses invités. Non sans expliquer les raisons de son choix de briguer la présidence de la République en 2020.

« J'ai décidé d'être candidat, d'abord parce que j'aime mon pays, j'aime la Côte d'Ivoire. Il faut aimer son pays pour accepter les privations, les humiliations. J'aime mon pays pour accepter les sacrifices, comme le disait feu le président Félix Houphouët-Boigny, pour la marche et la bonne marche de la Côte d'Ivoire. J'ai aussi décidé d'être candidat à la présidence de la République, au nom du sens élevé de la responsabilité. Je ne pouvais pas être un spectateur complice de la fragilisation du tissu social en Côte d'Ivoire. Je ne pouvais pas être un témoin complice de la division des Ivoiriens. Je ne pouvais pas être complice de la mise à mal de la démocratie en Côte d'Ivoire. C'est pourquoi, j'ai décidé d'être candidat à la présidence de la République, pour renforcer, et dans la logique de la continuité, la démocratie en Côte d'Ivoire, après le multipartisme en 1990 », a-t-il déclaré, se disant candidat pour sa génération et en son nom.

« Oui, j'ai décidé d'être candidat pour professer le pardon et offrir aux Ivoiriens la réconciliation… Et c'est un terme très cher à Générations et peuples solidaires. Oui, il n'y a pas de rupture entre les générations. En plus, il faut de la solidarité entre elles. Il faut aussi de la solidarité entre les peuples de Côte d'Ivoire. Personne ne doit avoir ce sentiment d'exclusion. Et c'est pourquoi, avec force, je demande à chacune et à chacun d'entre vous… de s'engager dans la voie du pardon et de la réconciliation. Ce n'est pas de la démagogie. La Côte d'Ivoire ne peut pas retrouver son lustre d'antan et sa grandeur si nous ne sommes pas un peuple réconcilié. On a déjà trop fait de mal les uns aux autres, pour continuer à léguer aux générations futures, nos divisions… », a-t-il insisté.

Programme de gouvernement

Pour cette élection présidentielle, Guillaume Soro s'est dit confiant, assuré de la remporter. « Je suis convaincu, personnellement, 2020, on prend. Les gens s'amusent… Ils ont vu que ça a commencé à prendre des proportions… », a affirmé le député de Ferkessédougou. Il a même annoncé qu'il est en train d'écrire deux livres sur la Côte d'Ivoire. « Je vous ai expliqué pourquoi je sillonne l'Europe. Je fais quelque chose ici en Europe… Ce sont les gens qui se trompent sur nous. Je suis là, je suis en train d'écrire deux livres. Entre les «Crushs party » et le reste là, je travaille. J'écris deux livres. Mon livre programme… Mon livre, c'est « Côte d'Ivoire, la grandeur retrouvée ». Eux, ils vont aller mettre… Parce que tout ce qu'on fait, ils copient. Donc, je travaille sur ça. On a planifié, ça va sortir », a déclaré M. Soro. Avant de s'en prendre à ses anciens alliés du Rhdp.

À l'écouter, il a organisé l'élection de 2010. « C'est moi qui ai organisé l'élection de 2010. C'est vous qui allez m'apprendre les élections ? Si ce que je dis est faux, qu'on me démente. Ceux qui bavardent là, ils ont fait quelle élection avant ? L'élection à laquelle ils ont eu à concourir, c'est moi j'ai fait écrire les textes, à la Primature… C'est nous on a écrit et puis ils sont allés aux élections. Mais comme ils ont oublié ça, on n'a qu'à prier pour que leur mémoire revienne dans leur cerveau », a assené Guillaume Soro, ajoutant qu'il va rafraîchir la mémoire à ses anciens camarades.

« Il y a des gens, je ne sais d'où leur vient cette arrogance là. Je les ai vus. Je ne sais pas d'où vient leur arrogance pour croire, subitement, parce qu'on est devenu président, on est devenu Premier ministre, on est devenu ministre, que toute la Côte d'Ivoire est leur propriété. Ce n'est pas votre propriété. La Côte d'Ivoire appartient au seul peuple de Côte d'Ivoire. Le peuple de Côte d'Ivoire, c'est lui seul qui est propriétaire de la Côte d'Ivoire. Et chaque 5 ans, le peuple de Côte d'Ivoire nous donne procuration pour une propriété locative sur la Côte d'Ivoire… Quand on est au pouvoir, soyons humbles. Oui, « il a franchi la ligne rouge ». Quelle ligne rouge ? Ah bon, moi j'ai franchi la ligne rouge ? Quand on renvoie tous mes gens, quand on envoie la police dans ma chambre à Barcelone, quand on fait annuler mes visas. Il faut arrêter ! La Côte d'Ivoire ne vous appartient pas. Ça appartient au seul peuple de Côte d'Ivoire. Et le peuple de Côte d'Ivoire est sollicité en 2020. Il dira à qui il donne la Côte d'Ivoire. Et moi je veux que ce peuple de Côte d'Ivoire me donne la Côte d'Ivoire », a-t-il soutenu. Non sans insister : « Octobre 2020, peuple de Côte d'Ivoire, faites de moi président de la République. Hier, j'ai été à Chatham Housse pour parler de la Côte d'Ivoire… Le Gps là, je veux que ce soient tous les Ivoiriens qui soient dans le Gps. C'est Générations et peuples solidaires. Tous les Ivoiriens doivent être dans le Gps. Ils disent « Guillaume Soro aurait dû rester au Rhdp, là Alassane allait le choisir pour être candidat ». Je dis non. Moi je veux pour moi-même. J'ai créé. Parce que quand tu es dans pour quelqu'un, on te prend en ça fait rien. Et puis, les Rdr qui sont au Rhdp, un vrai Rdr est d'abord au Gps. Les Rdr de Djeni Kobéna, ils sont Gps. Donc ne vous inquiétez pas ».

Innovation pour 2020

Le conférencier a informé les Ivoiriens de Londres, qu'il mettra bientôt en place une plateforme, sur internet, pour discuter de la Côte d'Ivoire. Cela permettra de repérer dans le monde, des jeunes qui veulent accompagner l’œuvre de construction du pays. « Cette plateforme va nous servir de base, va nous permettre de savoir comment bâtir la Côte d'Ivoire de demain. Elle va nous permettre aussi de retrouver les cerveaux, les jeunes cerveaux… dans chaque matière… On va créer une plateforme. Les cerveaux, venez apporter votre contribution au succès de la Côte d'Ivoire… », a-t-il lancé. Et l'élu ivoirien d'encourager les Ivoiriens à le rejoindre. « En 2020, venez en Côte d'Ivoire, on va travailler. Il n'y a pas de miracle dans ça. On va bâtir la Côte d'Ivoire. Rechercher des cerveaux et les intéresser, les draguer à revenir en Côte d'Ivoire pour qu'on bâtisse la Côte d'Ivoire. Dans mon programme de gouvernement, la priorité, c'est l'éducation. De janvier à octobre 2020, on va discuter. J'ai un programme qui rejette l'ultralibéralisme et l'endettement exponentiel… », a dit Guillaume Soro.

Il s'en est pris au régime d'Alassane Ouattara, accusé de faire du chantage et de contraindre des personnes à adhérer au Rhdp. « On t'appelle (par téléphone) : « si tu n'es pas Rhdp, tu vas voir ! ». C'est quelle façon de gouverner ça? Il ne faut pas instrumentaliser la religion. C'est trop dangereux. On est en train de diviser plus grandement la Côte d'Ivoire. La Côte d'Ivoire, aujourd'hui, se retrouve dans une situation de division plus que 2010. Ce n'est pas normal. Je ne veux pas qu'on instrumentalise la religion. Il faut éviter d'instrumentaliser la religion. Moi, je n'ai jamais dit que je suis candidat du nord ou d'une religion. Je m'appelle Guillaume Kigbafori Soro, je suis candidat au nom du Gps, Générations et peuples solidaires. Il y a des petits malins, ils ont voulu utiliser la religion, ils ont commencé à courir dans les mosquées pour dire Guillaume Soro dit que les musulmans sont des djihadistes. Je n'ai jamais dit ça. Ils n'ont même pas peur de l'explosion de la Côte d'Ivoire », a martelé le député Guillaume Soro. Avant d'enfoncer le clou : « Quand vous partez dire ça dans des mosquées, que Guillaume Soro dit que tous les musulmans sont des djihadistes, est-ce que c'est bien ? Vous pensez me faire du mal. Mais je ne suis qu'un être humain. Je ne serai plus là demain. Mais le venin que vous partez semer dans les mosquées, ce n'est pas bon. Ça va diviser le pays… Ces écrits qui vont brûler la Côte d'Ivoire… ».

Le président de Générations et peuples solidaires (Gps), bombardé de question, notamment sur la sincérité de son action en faveur du pardon et de la réconciliation, a rappelé son parcours et souligné : « si je viens et puis je demande pardon, depuis la Côte d'Ivoire, c'est parce que je le pense. Et moi, ceux qui me connaissent, je n'ai pas dit ceux qui me voient à la télévision, je n'ai pas dit ceux qui lisent Guillaume Soro, savent que je ne dis pas quelque chose que je ne pense pas ». « Je ne peux pas forcer quelqu'un à croire que je suis sincère ou je ne suis pas sincère. Moi, je continue à demander pardon aux Ivoiriens. Dans ça là, je ne suis pas le premier à demander pardon », a-t-il déclaré, rappelant l'épisode de 1963, où Félix Houphouët-Boigny avait fait emprisonner certains de ses compagnons accusés de trahison.

« Je ne suis pas le premier à demander pardon. En 1963, Houphouët-Boigny prend les gens, ils les met en prison. Après, il est venu dire : «je demande pardon, on m'a trompé…». Les gens font comme si c'est Guillaume Soro qui a fait la guerre en Côte d'Ivoire. En 1970, le Guébié a fait sécession. D'autres disent qu'il y a eu 4 000 morts… C'est l'histoire du verre à moitié plein, à moitié vide. Peut-être que vous devriez me dire merci parce que c'est Guillaume Soro qu'on avait à la tête de cette rébellion. Peut-être que si ce n'était pas lui, la situation de la Côte d'Ivoire allait… Vous voyez le Mali, est-ce que le Mali a retrouvé son intégrité territoriale ? Vous ne savez même pas ce que j'ai vécu. La Côte d'Ivoire aurait pu ne même pas retrouver son intégrité territoriale… », a confié Guillaume Soro, se présentant comme le meilleur profil pour demander pardon. « C'est parce que je sais les horreurs de la guerre, qu'aujourd'hui, je suis l'apôtre, le chantre de la paix… Que celui qui n'a pas péché lève le doigt et jette la première pierre à Marie-Madeleine. Personne ne peut échapper au pardon. Parce que la guerre en Côte d'Ivoire, c'est la responsabilité de nous tous. Ou bien on a été complice par notre inaction ou notre inactivité, ou bien on a soutenu un camp pour faire la guerre. Qu'on dise aussi ça », a pesté l'ancien allié d'Alassane Ouattara. « Je pense que c'est le pardon qui est l'alternative », a-t-il répondu.


Secrets dévoilés

Guillaume Soro a, dans la foulée, annoncé qu'il ira voir Charles Blé Goudé, le président du Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep), à La Haye. « Je demande pardon et je suis candidat. Je ne vois pas l'antinomie. Je demande pardon, c'est pour ça que je suis candidat, pour nous réconcilier, vous réconcilier. Dans mon programme, je dis que la priorité, c'est la réconciliation. Je suis bien placé pour voir l'intérêt de la réconciliation. Votez pour moi, je vais vous réconcilier… Il y a des gens qui ont la haine tenace contre Guillaume Soro. Je vois des pro-Gbagbo, ils ne connaissent même pas Gbagbo que moi. Nous, on a fait la Fesci, on sait qui est Gbagbo Laurent… Blé Goudé, Damana Pickass, c'est moi qui ai pris leurs mains pour les présenter à Gbagbo. D'ailleurs, Blé Goudé, je le vois la semaine prochaine. Ceux qui sont contre le pardon, vous allez avoir mal au cœur. Parce que Blé là, c'est mon Secrétaire à l'organisation. Blé Goudé et moi, on a dormi dans le même lit. C'est mon frère. Vous allez faire quoi quand lui et moi on va se tomber dans les bras ? Vous allez pleurer. Ceux qui sont encore en retard sur le pardon, pardon, venez nous rattraper dans le pardon. Il n'y a pas une autre solution. La seule solution, c'est le pardon… », a soutenu le natif de Kofiplé dans le nord ivoirien.

Il a commencé à s'attaquer à Alassane Ouattara, avant de se reprendre. Parce qu’à l'écouter, « il y a un président qui m'a parlé. On dit de ne pas parler d'Alassane. Sinon ce que je voulais dire là, j'allais mélanger. Il faut respecter les aînés ». Mais il s'est quelque peu lâché par la suite. « Les gens ont voulu nous minimiser. Oui ‘’le jeune homme’’. Mais vous serez surpris. On ne peut pas avoir occupé tous ces postes sans avoir un relationnel… Ils ont été surpris de me voir rentrer chez les grands types de Londres ici… On a aussi notre réseau. J'en ai connu des chefs d'État, mais eux tous ne m'ont pas abandonné », a pesté Guillaume Soro.

Et de livrer des secrets sur Désiré Tagro, l'ancien ministre de l'Intérieur, tué lors de la crise post-électorale, et d'autres proches de Laurent Gbagbo. « Je veux seulement dire deux petits mots. Le ministre Tagro là, quand il a pris la balle, qu'il est venu au golf (hôtel), le médecin qui a pris Tagro pour l'envoyer à la Pisam, c'est mon médecin, pour le sauver », a-t-il révélé. Avant de dévoiler autre chose. « Maintenant, demandez au général Vagba Faussignaux, qui l'a envoyé à la Pisam pour le soigner et puis il est guéri? Celui qui l'a envoyé à la Pisam pour le soigner s'appelle Guillaume Soro. Le général Dogbo Blé qui est encore en prison, mais lui, c'est un général que je respecte. Parce que devant les magistrats et tous les autres qui sont allés en prison, il a dit : « si je suis vivant, c'est Guillaume Soro ».

Si le général Guiai Bi Poin est là, demandez. Quand on l'a pris et qu'on l'a mis en prison, lui qui est allé le cherche d'autorité en prison pour le sortir, s'appelle un certain Guillaume Soro. J'aurais aimé que d'autres personnes le disent, mais comme vous me posez la question, vous m'obligez à rentrer dans un certain nombre de détails », a-t-il soutenu. « Tagro, c'était mon ministre de l'Intérieur… Si la Commission dialogue, vérité et réconciliation avait bien fonctionné comme en Afrique du sud, vous seriez surpris. Parce que bien souvent, je suis resté dans des postures pour couvrir des gens. C'est eux, aujourd'hui, qui m'insultent… », a dit Guillaume Soro, qui a annoncé un programme en France, bientôt.

 

Hervé KPODION

Hervé Kpodion

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  • SOURCE: Soir info

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