Côte d’Ivoire : présidentielle 2020/ Le président de la CEI envoie un signal défavorable à Bédié, Gbagbo et Soro.

Kuibiert Coulibaly : « Ce n’est pas parce que 2+2 font 4 que vous allez croire que vous êtes élu. Non»
16/06/2020
Côte d’Ivoire : présidentielle 2020/ Le président de la CEI envoie un signal défavorable à Bédié, Gbagbo et Soro.
Kuibiert Coulibaly est-il sur les traces de son predecesseur Youssouf Bakayoko a qui on attribue la survenue de la crise post-électorale ?

Cet article a été publié dans les colonnes du confrère ‘’L’Héritage’’, ce lundi 15 juin 2020. Les propos retranscrits  du président de la Commission électorale indépendante (CEI) ivoirienne prêtent à confusion et diverses interprétations inquiétantes.


Présidentielle, Proclamation des résultats
Au moment où les partis politiques s’apprêtent pour la bataille de la présidentielle 2020, le Président de la CEI contestée s’est prononcé le vendredi 22 mai dernier à la Salle Akwaba du siège du PNUD, à Abidjan-Plateau  sur le processus de proclamation des résultats d’une élection  qui n’était cependant pas à l’ordre du jour de la rencontre .

Ces propos d’une extrême  gravité  qui donnent froid dans le dos, ont été tenus en présence de la représentante résidente du PNUD en Côte d’Ivoire,   Carole Flore-Smereczniak,. Sans commentaire.
…Les résultats que vous avez dans les bureaux de vote ce sont des résultats bruts. C’est la commission (ndlr, CEI) seule qui est habilitée à proclamer le résultat qui donne lieu à  un contentieux.


Alors quand vous prenez ces données brutes il arrive que dans les procès verbaux il y ait des erreurs, par exemple,   au lieu d’écrire 96 on écrit 86, il doit l’écrire en chiffre et en lettre. La commission les rectifie. Évidemment, si vous êtes parti avec un procès verbal brut, erroné, vous ne pouvez pas vous en prévaloir tant que le suffrage exprimé n’est pas dissout.


Il est bon que vous le sachiez. Les rectifications ne portent pas sur le suffrage exprimé au profit de chaque candidat, le suffrage exprimé n’est pas concerné. Il s’agit tout simplement de l’hypothèse où il y a plus de votants que d’inscrits. Il y a 5 personnes qui doivent voter mais le procès verbal  parle de 10 personnes. D’où viennent les 5 autres personnes. 
LA MACHINE NE FABRIQUE PAS LES DONNEES
La CEI puise dans les bulletins nuls,  dans les bulletins blancs. Parce  que dès qu’on met ces données dans nos machines ça met ‘’rouge’’ car nos machines sont préparées à recevoir des données cohérentes. Quand les données ne sont pas cohérentes, immédiatement, la machine met ‘’rouge’’. La CEI est chargée de savoir d’où vient l’erreur.


La machine ne fabrique pas les données mais elle dit tout simplement que c’est la computation qui n’est pas juste.   4+4 ça fait 8 et non 10. De deux choses l’une, il faut faire confiance à la CEI. Aujourd’hui, la tendance est que l’on veuille prendre les résultats bruts pour les publier et dès qu’il ya quelques déphasages on dit ça y est ! On a commencé à manipuler.
CE QUE DIT LA LOI
Il faut attendre  que la CEI qui est l’organe habilité par la Constitution proclame les résultats pour que tu t’en fasses ton opinion. Les gens viennent avant la CEI, c’est pour cette raison que selon les nouvelles dispositions du code électoral  je vais vous lire  le dernier alinéa de l’article 39 afin que nul ne l’ignore,


«il est interdit à toute personne physique ou morale  non habilitée, à cet effet, de publier ou de diffuser des estimations de votes ou des résultats de sondages sous quelques formes que ce soit à partir de quelques lieux que ce soit à compter de la publication sur la liste électorale définitive.»


 Là encore c’est au niveau de la liste électorale définitive. Même les résultats, ils sont assis,  dès qu’ils ont eu deux  ou trois,  ils prennent des procès verbaux parce qu’ils ont eu des computations. Il ne s’agit pas seulement de computation mais il s’agit d’arbitrage.
Parce que la commission électorale peut dire  il y a eu élection mais, elle peut invalider une élection dans un bureau de vote.

Mais cela n’est pas mentionner dans votre procès verbal. Il arrive par exemple que dans un lieu de vote,  il y ait 50 bureaux de vote et, il ya 5 des 50 qui font l’objet de saccages de la part de certains citoyens mécontents ; pour vous en principe on ne devrait pas proclamer le résultat dans ce lieu de vote.


 Mais la CEI, à l’occasion de sa délibération, peut  dire que sur 50  bureaux de vote, il n’y a que 5 bureaux concernés qui n’affectent pas le résultat d’ensemble. Donc la CEI peut dire qu’on valide le résultat dans ce lieu de vote. Même dans le pays des blancs ce n’est pas le résultat physique  qu’on  donne, c’est l’estimation  qu’on donne.


Que ce soit aux USA ou en Europe, c’est comme cela que ça fonctionne. Si  dans un lieu de vote, il y a 100 électeurs, il ya eu 100 votants et que l’un des candidats qui a eu 60 suffrages exprimés à son profit, même si on ne vérifie plus la computation extérieure parce qu’il n’y a pas deux fois 60 dans 100, on considère que ce candidat a gagné.

POURQUOI ON NE PROCLAME PAS LES RÉSULTATS LE MÈME JOUR ?
C’est par estimations qu’on fait et après on vient donner les vrais chiffres. C’est comme cela que ça se fait en France. Nous on n’est pas encore à ça parce qu’on veut donner les vrais chiffres en même temps.
 Il y a quelqu’un qui m’a dit mais pourquoi vous ne pouvez par proclamer les résultats le même jour ? J’ai répondu que le code électoral nous donne 5 jours pour le faire pourquoi voulez vous qu’on viole, on ne se met pas de pressions.


Parce que c’est bien beau de vouloir le faire trop tôt mais quand vous vous êtes plantés on ne dira pas que vous aviez voulu régler un problème. Si vous voulez arriver trop vite vous arrivez tard et si vous voulez arrivez trop tard, évidemment vous allez trouver la population qui est déjà déchaînée pour dire qu’il y a du tripatouillage dans votre affaire.


Voilà pourquoi il faut trouver le juste milieu et le bon travail se fait toujours  dans une rigueur.  

AU MÉPRIS DE LA SINCÉRITÉ DU SCRUTIN

Il n’y a pas que  la computation, il ya la sincérité du scrutin, c’est très important. Ce n’est pas la computation, ce n’est pas non plus 1+2 qui font la sincérité du scrutin. La sincérité du scrutin est l’expression de la volonté de l’électeur.
Est-ce que ce que l’électeur a voulu c’est ce qui est dans l’urne ? Est-ce que la commission chargée d’organiser les élections traduit ce que la volonté de l’électeur a voulu ? Voilà l’enjeu. Il n’y a pas  que le chiffre, il ya  en plus du chiffre le contexte.


Ce n’est pas parce que 2+2 font 4 que vous allez croire que comme vous avez 4 vous êtes élu. Non. Si vous avez obtenu ces 4 au mépris de la sincérité du scrutin vous ne pouvez être élu. Cela est bon que vous le sachiez c’est pourquoi il est risqué  de prendre des résultats bruts pour les publier sur vos pages Facebook.


Il faut attendre la proclamation officielle. Il n’y a pas pire situation que de voir l’arbitre dire une chose et son contraire. Moi, je n’ai pas envie d’être un arbitre qui dit 2 choses contraires. Je réfléchis avant de dire et quand je dis, j’ai dit.
Le risque qu’on court dans cette situation c’est que quand dans un bureau de vote il y a des irrégularités et que le représentant d’un candidat le mentionne dans un procès-verbal, c’est la proclamation et cette réclamation  qui sont adressées à la CEI.


Si vous publiez avant que cette proclamation soit prise en compte par  la CEI, vous partez au-devant des risques et si la CEI prend en compte cette proclamation, cela va nécessairement modifier le résultat contenu dans le procès verbal. Il vient il dit M… ce jour là il avait un fusil sur sa tempe c’est pour cela qu’il a voté et il n’était pas le seul, il y avait quelqu’un qui était arrêté aux abords des bureaux de vote qui menaçait les autres pour qu’ils votent dans leur sens et les gens, fort de cela, ont voté.


 Il introduit cette réclamation  dans le procès verbal. Si ce qu’il dit est vérifié, c’est que cela a affecté la sincérité du scrutin. Parce qu’autorisée par la loi, la CEI va annuler le scrutin dans ce bureau de vote. Or, vous êtes déjà parti avec le résultat. J’ai eu 50 voix, on m’a enlevé 50 000 voix dans telles bureaux de vote.


Mais si les 50 000 voix ont été obtenues à la suite d’une fraude, vous ne pouvez pas gagner. Voilà pourquoi il est risqué de prendre les résultats bruts pour les publier. Il faut attendre que la CEI examine, expurge ces résultats là de toutes les irrégularités. Ce, après quoi vous pouvez vous targuer de ce que vous avez été élu.
Encore qu’après la proclamation du résultat par la CEI, il y a un recours ouvert devant le Conseil d’Etat s’il s’agit d’une élection locale, ou bien le Conseil constitutionnel, s’il s’agit de l’élection du Président de la République  ou des parlementaires.
 Moi, je propose que vous les journalistes, vous ne vous pressez pas bien que nous allions prendre attache avec les agents de sécurité parce que les badges c’est nous qui les donnons. Il y a une plateforme avec tous les journalistes, ou on va vous donner le badge. Il n’y pas de souci….

QUAND LE TRAIN VIENT A L’HEURE


Il y a des observateurs qui s’attellent à contrôler de façon véhémente les actions des agents de bureaux de vote. Mais qui êtes-vous messieurs ? Moi je me rappelle qu’à l’occasion des opérations des audiences foraines, un membre d’une délégation internationale a été arrêté en pleine audience…J’ai dû me battre pour le sortir du violon ce jour là parce que le juge l’a fait arrêté immédiatement. C’est un peu la même situation  avec les journalistes. Vous aimez chercher  la petite bête. Quand le train vient à l’heure ça ne vous intéresse pas du tout. Quand le train vient en retard on vous demande comment vous faites pour venir en retard…


En soulevant les problèmes, vous mettez en cause la crédibilité du président du bureau de vote qui n’est pas content de vous voir parce que quand vous relevez son inconduite, évidemment, il n’a pas envie de savoir que vous porter cela à la connaissance de tout le monde. Moi je pense que vous devriez user de diplomatie.


En tant que journaliste, vous pouvez être plus diplomatique pour lui soutirer le maximum d’informations mais en prenant soin que la Côte d’Ivoire c’est notre pays à chacun et que si on donne des mauvaises informations ce ne sont pas des extra terrestres qui viendront gérer cette affaire mais c’est nous même et quand çà va péter c’est devant nous que  ça va péter.


Prenez l’engagement pour vous même de donner la bonne information. Prenez ce que la loi dit. Pour éviter la crise, donner la bonne information. Celle qui est conforme à la loi à nos citoyens et surtout pour ne pas qu’ils aient recours à la violence.

Armand B. Depeyla

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  • SOURCE: Linfodrome

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