Côte d’Ivoire : présidentielle 2020/ Alassane Ouattara d’accord avec la candidature de Bédié


30/06/2020
Côte d’Ivoire : présidentielle 2020/ Alassane Ouattara d’accord avec la candidature de Bédié
Le Code électorale est, avec la justice, une arme fatale dont dispose le chef de l’État, pour mettre K.O,

Alassane Ouattara, chef de l’État, ex-allié du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire ( Pdci-Rda) a-t-il favorisé, d’une manière ou d’une autre,  la candidature de l’ancien chef de l’État, Henri Konan Bédié ?  Un faisceaux de faits et d’actes qu’il a posés, avant et après son retrait de la course à la présidentielle de 2020, inclinent à penser qu’Alassane Ouattara  est d’accord avec la candidature de Bédié à la présidentielle de 2020…  

Henri Konan Bédié, ancien chef de l’État est dans le starting-block, pour la présidentielle de 2020.  Sauf cataclysme soudain qui viendrait bouleverser l’ordre déjà établi au Pdci-Rda, il sera officiellement choisi, à la convention du parti, le 26 juillet prochain.  

La candidature de Bédié, du fait de sa brouille avec Alassane Ouattara, était en tout cas improbable. Car, le chef de l’État avait entre ses mains, des «  armes » pour écarter Bédié de la course…Mais, il s’est refusé à s’en servir…   C’est pourquoi, de nombreux observateurs de la vie politique ivoirienne, estiment qu’Alassane Ouattara et  son ex-allié sont dans un deal. Peut-être que le chef de l’État, que Bédié a fait «  roi » deux fois, a-t-il choisi de payer sa dette morale, vis-à-vis de son ex-allié, de façon voilée.  Car, Alassane Ouattara   a grandement favorisé cette candidature de Bédié. Et pour cause.

Lors des échanges de vœux avec les diplomates et corps constitués le lundi 6 janvier 2020,  à la salle des pas perdus du palais présidentiel d'Abidjan, Alassane Ouattara  a annoncé qu'il soumettra au Parlement des modifications constitutionnelles.  Tout le monde a pensé que c’était pour « fusiller » Bédié.

« Je voudrais rassurer les uns et les autres qu'il ne s'agit pas de caler qui que ce soit. Comme je l'ai dit, tout le monde pourra être candidat. Je viens d'avoir 78 ans, donc, je ne compte exclure personne y compris moi-même », a assuré le chef de l'État ivoirien.

A l’arrivée, les  modifications constitutionnelles opérées, à minima,  le 6 mars 2020,  ont porté, notamment, sur  l’article 55  relatif  au Statut du Vice-Président de la République,  l’article 90 pour assurer une continuité parlementaire et  la modification  visant  à consacrer la Cour de Cassation et le Conseil d’État comme des Institutions de la République, au même titre que la Cour des Comptes.  Alors que rien ne le contraignait, il a maintenu, dans la Constitution, la suppression de la limitation de l’âge, sauvant ainsi la candidature de Bédié.  

Déjà, au referendum constitutionnel en 2016, Alassane Ouattara avait envoyé un signal. Il a fait sauter l’âge limite imposé, 75 ans. Faute de cela, cette limitation aurait eu pour  conséquence d’empêcher la  candidature du président  du Pdci, 84 ans au moment des faits. Alors qu’Alassane Ouattara  a décidé de passer la main à une «  nouvelle génération », pourquoi a-t-il donc  fait sauter le verrou de la limitation de l’âge ?

Aujourd’hui, l'article 55  de la Constitution  dispose que  « le candidat à l'élection présidentielle doit jouir de ses droits civils et politiques et doit être âgé de trente-cinq ans au moins. Il doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d'origine ».

Le texte ne prévoit pas, également, d'un « état complet de bien-être physique et mental ». Autrement dit, le bilan de santé du futur président n'est plus un obstacle pour le candidat comme sa « moralité et sa probité ».

Le jeudi 6 mars 2020, face aux sénateurs et députés réunis en Congrès à la Fondation Félix Houphouet-Boigny de Yamoussoukro, Alassane Ouatarra douche ses partisans qu’il a pris à revers. L’occasion, pour lui, était de lancer le processus de révision constitutionnelle qui devrait être soumis au vote le 17 mars 2020. Mais, il annonce, avec fracas,  qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle en 2020.  Pleurs  et lamentations dans la salle et dans les couloirs de la Fondation Félix Houphouet-Boigny.  
Au moment où on  s’y attend le moins, Alassane Ouattara décide d’aller rendre visite à la Reine des baoulé, à Sakassou  en février 2020. Lors de ses échanges avec celle-ci,  à la cour royale, Alassane Ouattara a indiqué  « sa disponibilité totale à faire la paix avec le président du Pdci-Rda », Henri Konan Bédié, avec qui il est en froid depuis quelque temps. Il a alors  félicité sa Majesté Akoua Boni II et l’ensemble des chefs traditionnels du royaume baoulé pour tous les efforts qu’ils déploient pour créer un rapprochement entre lui et son aîné.

A partir de cette rencontre, la direction du vent va radicalement changer. Là où, l’on a craint pour Henri Konan Bédié, c’est bien au niveau du nouveau  Code électoral, devant régir les futures élections de 2020.

Le Code électorale est, avec la justice,  une arme fatale dont dispose le chef de l’État, pour mettre  K.O,  avant le combat, tout adversaire politique, potentiel candidat à la présidentielle. Guillaume Soro en Côte d’Ivoire, Ahma Amadou au Niger,  Kahlifa Sall et Karim Wade au Sénégal en sont de parfaites illustrations…  Ici aussi, Alassane Ouattara, a pris une Ordonnance  qui ignore les dispositions  éliminatoires à l’encontre de  son ex-alliés.

 L’ordonnance prise le mercredi 8 avril en Conseil des ministres,  portant révision du Code électoral,  relève tout simplement  la caution pour l'élection présidentielle, passant  de 20 à 50 millions Fcfa. En outre, ce nouveau code électoral institue « un parrainage citoyen pour l’élection présidentielle et  l’abaissement à 5% du taux de suffrage requis pour le remboursement du cautionnement ».
Si l’on met bout à bout ces actes et ces faits du chef de l’État, en faisant abstraction d’un certain nombre de choses, l’on peut affirmer qu’Alassane Ouattara, s’il n’est pas dans  un «  marché » secret avec Bédié,  a accepté, voire favorisé la candidature du président du Pdci.  

Il a  favorisé cette  candidature de Bédié, pour une raison ou pour une autre. Alors  qu’il avait  la latitude de  l’éliminer de la course, soit par le Code électoral, soit par la modification constitutionnelle, si telle  était sa volonté, il a fermé les yeux.  Aujourd’hui, si l’on regarde la courbe des décisions prises par Alassane Ouattara,  depuis mars 2019, elle sont ascendantes en faveur de la candidature du «  Sphinx de Daoukro » à la présidentielle de 2020. En tout cas, si Ouattara ne le voulait pas, Bédié ne pouvait pas être candidat.


                                                   Armand B. DEPEYLA

Armand B. Depeyla

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  • SOURCE: Linfodrome

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