Procès des ex-barons de la filière café-cacao

Le procureur et le bâtonnier s'insultent... élégamment


21/06/2012
Le Palais de justice d'Abidjan
Il fallait être hier mercredi 20 juin à la salle des audiences du tribunal de 1ère instance d'Abidjan-Plateau, où se déroule depuis plusieurs mois, le procès des ex-barons de la filière café-cacao, pour se souvenir que les hommes de loi ont une maîtrise parfaite de la langue de Molière...même pour s'injurier.

Le procureur Oulaï Ferdinand et le bâtonnier de l'ordre des avocats, Me Joachim Aka Bilé qui figure au nombre des conseils qui assistent les ex-barons de la filière café-cacao, se sont lancés des invectives avec élégance, sous le regard médusé du public. Des injures intelligentes empreintes de sarcasmes qui ont eu le chic de paralyser l'audition de M. Kouassi Théophile, Secrétaire exécutif du Fdpcc, premier prévenu du jour. Tout est parti d'une observation sur un ton assez dur du procureur de la République qui n'appréciait pas du tout que le prévenu l'interrompe quand il a la parole. A cette observation, Me Yao, l'un des conseils de M. Kouassi a réagi en demandant au président du tribunal, Ahmed Coulibaly, de ''jouer son rôle''. Alors que le président du tribunal rappelait à l'ordre l'avocat conseil, le procureur Oulaï Ferdinand est revenu à la charge cette fois, en jetant une pierre dans le jardin des avocats : ''Qui s'assemble, se ressemble'', comme pour dire que les avocats sont à l'image de leurs clients. Cet adage a provoqué le courroux du bâtonnier, qui a donné une réponse à la dimension de la provocation au patron du parquet et menacé de retirer tous les avocats de ce procès si dorénavant, de tels incidents se produisaient. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le ton est monté et l'ambiance dans la salle d'audience surchauffée. Il a fallu toute la sagesse du président du tribunal pour arriver à calmer les esprits. Mieux, le juge Ahmed Coulibaly a suspendu l'audience. Ce qui a permis de faire tomber complètement la tension de sorte qu'après une heure de pause, l'audience a repris son cours normal cette fois, avec des propos mesurés des uns et des autres.

Un dialogue de sourds...

Les comparutions à la barre de M. Kouassi Théophile et de M. Henri Amouzou, président du conseil de gestion du Fdpcc(aujourd'hui dissous), ont laissé plus d'une personne sur sa faim. D'abord, par la longueur des interrogatoires dont on n'a pas tiré grand-chose si ce n'est des accusations déjà entendues. Notamment contre l'ex-président de la République, Laurent Gbagbo et des ministres de la République au nombre desquels, l'actuel secrétaire général de la présidence de la République, Amadou Gon Coulibaly, alors ministre de l'Agriculture, qui aurait réclamé 3 fcfa/kg sur l'ensemble de la production café-cacao pour la campagne 2004-2005. Mais, ni Kouassi Théophile ni Amouzou Henri n'ont produit la moindre preuve pour justifier leurs accusations contre ces hautes autorités de l'Etat. Ce que les avocats de la partie civile n'ont pas manqué de leur reprocher, avant de demander que soit désormais produites des preuves pour une quelconque accusation contre une personnalité soupçonnée d'avoir directement ou indirectement été impliquée dans cette affaire. Ensuite, l'assistance avait l'impression d'assister à un véritable dialogue de sourds. Les deux prévenus se lançaient chaque fois dans des développements interminables au lieu de répondre de façon précise aux questions à eux posées par le président du tribunal et le procureur. De sorte que le tribunal et le ministère public étaient chaque fois obligés de leur demander de répondre à la question. Lasses d'avoir des réponses peu convaincantes , les magistrats préféraient passer afin d'avancer dans l'audition.

Franck Souhoné

|

  • SOURCE: L'inter

1 | 2