Ressources halieutiques : Pourquoi le poisson manque dans nos eaux

L'Ua dévoile sa stratégie pour booster la pêche continentale.

L’atelier sur la formulation de la stratégie africaine pour la gestion rationnelle des organes des eaux continentales d’Afrique qui s’est tenu du lundi 26 au jeudi 29 mars 2018 à l’hôtel Africana de Kampala, en Ouganda, a révélé les faiblesses de l'exploitation des réseaux hydrographiques et plans d'eau continentaux pour ce qui est des ressources halieutiques.

Et pourtant, l’Afrique est dotée d’innombrables ressources qui regroupent les rivières naturelles et artificielles, les lacs, les cours d’eau, les étangs, les marécages, les lagunes, etc. On peut citer, entre autres, les lacs Victoria, Tanganyika, Tchad, les bassins du Niger et du Nil.       « Malgré ces acquis, les potentialités de la pêche continentale sont sous-évaluées », a déploré le directeur des Ressources animales de l’Ua-Bira, Dr Nouala Simplice. C'est cet organisme, en collaboration avec l’Agence du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), avec la participation de l’Organisation des pêches du lac Victoria (Lvfo) et l’appui financier de l’Union européenne (Ue), qui a initié cet atelier qui a mobilisé dans la capitale ouganidaise 75 participants que sont des représentants des États membres de l'Union Africaine, des Communautés économiques régionales (Cer). Mais également des organismes de gestion des eaux continentales et des membres concernés du personnel de l'Ua-Bira, incluant des experts, spécialistes, scientifiques, des hommes des médias et communicateurs, ainsi que des activistes de la pêche durable.

L'objectif de cette importante rencontre était de formuler une stratégie panafricaine pour une gestion efficace de ces richesses que les Etats ont en commun et avec les pêcheurs des pays concernés. Les Etats africains ont justifié l'intérêt de l'initiative de Kampala par la baisse des ressources au niveau de la pêche maritime qui constitue une menace pour la sécurité alimentaire. Conscients de cette réalité, ils jugent nécessaire de s’investir dans la pêche continentale afin de combler le déficit. L'apport de la pêche pratiquée dans les eaux du continent africain est estimé à 10,66% en nutrition, sécurité alimentaire et protéines animales. Elle vient en quatrième (4e) position après le bétail (22,4%), la pêche maritime (21,10%) et le poulet (15,79%), selon le Cadre politique et la stratégie de réformes pour la pêche et l’aquaculture en Afrique ( Pfrs ), datant de 2014. Les experts ont signifié que les grands bassins fluviaux en Afrique centrale et de l’Ouest, seulement, procurent des moyens de subsistance à plus de 227.000 pêcheurs et fournissent environ 570. 000 tonnes de poisson par an. L'enjeu, avec une possibilité d'exportation qui reste encore faible, estimée à 2 %, selon Dr Simplice Nouala, est de faire en sorte que les poissons péchés dans ces eaux puissent couvrir les besoins des populations africaines. Malheureusement, les objectifs sont loin d'être atteints parce que la pêche continentale est un des secteurs d'activités insuffisamment mis en valeur dans les pays africains.                          

Des réalités inquiétantes. Plusieurs causes ont été identifiées comme étant à la base de la faiblesse de l'exploitation des bassins fluviaux continentaux. Il s'agit de la rareté des ressources dans ces plans d'eau continentaux favorisée par la pêche artisanale, le changement climatique et la pollution. Ces facteurs poussent des pêcheurs artisans à migrer vers des zones ou des pays où les ressources halieutiques sont abondantes. Cette situation a souvent occasionné de nombreux conflits entre pêcheurs migrants et pêcheurs autochtones, notamment au niveau du lac Tchad. Aussi, la dégradation de l’environnement est un obstacle au développement de la pêche continentale. Pr Augustin Falaye, expert des pêches du fleuve Sénégal, a relevé l'impact de la dégradation de l'étendue des eaux, qui se traduit pas leur rétrécissement de plus en plus préoccupant.

Le lac Tchad, jadis un des plus grands lacs du monde, qui couvrait avant les années 1960 plus de 283.000  Km2, est passé dans les années 90 à 26.000 km², ensuite à 2 434 Km2 en 2002 et 1 350 Km2 à ce jour. Ce lac joue un rôle économique pour son apport en eau à plus de 40 millions d'habitants des quatre pays limitrophes: le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Le lac Victoria, qui serait le plus grand lac d'Afrique, connaît aussi un rétrécissement.   Enfin, des difficultés ont été relevées au niveau de la transformation et la conservation du poisson, activités principalement réalisées par les femmes dans la chaîne de valeur post capture. «Les femmes sont exposées à la maltraitance et, dans certains cas, au commerce du sexe pour avoir accès régulièrement aux poissons ou pour assurer le transport de leur marchandise. Elles sont exposées aux Infections sexuellement transmissibles (Ist) », a regretté Mme Baliaba Beyene Atéba, présidente de African Women processors and traders network (Awfishnet).  

Les enjeux d'une stratégie panafricaine. Pour l'Ua-Bira, la réponse à ces problèmes impose une action concertée, en matière de réglementation et contrôle des activités de pêche dans les plans d’eau continentaux. L'objectif est de proposer un cadre juridique communautaire d’exploitation de ces eaux par la formulation d’une stratégie panafricaine, pour une gestion rationnelle des eaux continentales africaines, conformément à la déclaration de Malabo appelant à la transformation de l’agriculture africaine d’ici à 2025. Les axes d'élaboration ont porté sur la révision et la mise en œuvre du plan de gestion des eaux continentales sélectionnées en Afrique. De même que le renforcement des capacités des organisations régionales de gestion des eaux continentales que sont l’Organisation des pêches du lac Victoria (Lvfo), l’Autorité du lac Tanganyika (Lta), la Commission du bassin du lac Tchad, l’Autorité du bassin du Niger, la Commission du cours d’eau du Zambèze (Zamcom), Initiative du bassin du Nil (Nbi), etc.

 Des solutions envisagées. M. Obinna Anozie, responsable du cadre politique des pêches et agriculture de l’Ua-Bira, a fait savoir que le relèvement des défis passe par la gouvernance des pêches et l’harmonisation des politiques de gestion des plans d’eaux, la promotion de matériels de pêche adaptés, la coopération régionale bilatérale pour une gestion efficace des ressources partagées. L'Ua est aussi préoccupée par la dégradation de l'environnement, accentuée ces dernières années par les exploitations minières et les ressources énergétiques. « La question de l’environnement doit être intégrée dans la gestion de ces organes spécifiques aux eaux continentales  », a recommandé Dr Mohamed Seisay, fonctionnaire principal chargé des pêches à l’Ua-bira, pour, dit-il, préserver les ressources halieutiques. Pr Paul Onyango, spécialiste en pêche scientifique et sociale en Ouganda, préconise l'implication des biologistes, la prise en compte du volet social et économique. « Cette approche intégrée va permettre de cerner tous les problèmes, tant sur les plans biologique, social   économique au profit de la durabilité des ressources», a expliqué Pr Paul Onyango. Dr Kébé Yacouba, économiste des pêches, consultant, lui, invite à une amélioration du climat de confiance et l’intégration des pêcheurs migrants dans la cogestion et le renforcement des capacités des acteurs. Le volet formation a été abordé par le directeur régional Afrique de  Worldfish, Dr Sloans Chimatiro. Dans les recherches universitaires, cette organisation apporte un appui à des universités dont l'Université, Makélé en Ouganda. «10 étudiants de cette université, bénéficiaires des bourses, ont terminé leurs travaux», a rapporté Dr Sloans Chimatiro.

 

« Eviter la bagarre autour des accords signés par les colons ».

 Les pays africains et les organismes régionaux et nationaux devraient se mettre ensemble pour gérer les plans d’eaux régionaux et continentaux, en vue d’en tirer le maximum de profit. C'est très souvent que des conflits émaillent cette gestion commune des eaux par les Etats, chacun voulant préserver ses intérêts. Le ministre ougandais délégué de l’Agriculture, Christopher Kibanzanga, a appelé à l’unité et à la solidarité des Etats autour de ces ressources naturelles, «  (…) au lieu de se battre autour des accords qui ont été élaborés par les colons ». Le ministre Christopher Kibanzanga a proposé que les ressources naturelles que sont les lacs Tchad, Tanganika, Kibour, Georges et Edouard, le Nil, et des marécages, etc. soient exploités au profit de la pisciculture pour la production des stocks de poissons au profit des générations à venir. M. Kibanzaga a soutenu que c’est en cela que l’Afrique pourra relever le défi de la sécurité alimentaire et que la pêche continentale contribuera à la création d’emplois et au développement économique des Etats africains. M. Kibanzanga a évalué cet apport du secteur de la pêche à l’économie ougandaise à 134 millions de dollars, soit 70 milliards 350 millions de Fcfa par an. Il estime que les résultats seront meilleurs si l’on abandonne les mauvaises pratiques telles que l’utilisation de filets non conventionnels, qui est une menace pour la préservation des ressources et la durabilité du secteur.

 

Les défis après 60 ans d'indépendance

Les économies des Etats africains sont basées sur les exportations, après 60 ans d'indépendance. Pour le ministre ougandais délégué de l’Agriculture, Christopher Kibanzanga, cela devrait cesser maintenant. «Les pays devraient penser à la transformation de leurs matières premières, après 60 ans d'indépendance, pour amorcer leur développement économique», a-t-il exhorté. Il dit garder espoir et croire aux potentialités du contient. «Je ne suis pas prophète. Je crois que la prochaine puissance mondiale sera l’Afrique ».

 

Marcelle AKA, envoyée spéciale à Kampala (Ouganda)

 

de

 

Marcelle Aka

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  • SOURCE: L'inter
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