Economie sous-régionale : Des spécialistes font des confidences sur les avantages et les inconvénients du franc Cfa


Objet de nombreuses critiques venant notamment des panafricanistes qui y voient un élément d’assujettissement post-colonial, le franc Cfa est tout de même partagé depuis plusieurs décennies par 150 millions de personnes à travers l’Afrique et les Comores.

 Dans un reportage réalisé par France 24, plusieurs spécialistes livrent des informations sur les avantages mais aussi les inconvénients de cette monnaie arrimée à l’euro. Sur le mode de fonctionnement de la monnaie, Odile Renaud-Basso, directrice générale du Trésor français apprend que la France n’est en effet que le garant de la convertibilité de la monnaie. Aussi, les banques centrales en l’occurrence la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) pour ce qui concerne la sous-région, dépose t-elle sur un compte d’opérations leurs devises. En cas de rupture de devises, l’Etat français prêtera donc aux Etats concernés les devises nécessaires au financement de leurs économies.

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« La caractéristique du franc Cfa c’est qu’il y a une garantie de convertibilité qui est apportée par la France. C’est une monnaie qui peut être échangée à tout moment contre des euros. Cela signifie que quand les Banques centrales de la zone n’ont plus de devises, l’Etat français leur prête de l’argent. Elles ont un compte dans lequel elles déposent leurs devises de façon régulière et si ces devises sont entièrement utilisées et qu’il n’y a plus de devises, l’Etat français peut leur prêter. Donc elles ont un découvert sur le compte d’opérations », a appris la responsable de l’Institution française. Sur l’avantage de l’usage de cette monnaie, l’ex-ministre du commerce, Jean-Louis Billon relève la stabilité monétaire que confère l’arrimage du Cfa à l’euro. « Le principal avantage c’est la stabilité monétaire que nous connaissons dans notre sous-région. En 50 ans, nous n’avons connu qu’une seule dévaluation (1994, ndlr) qui a été lourde, difficile, mais qui a été relativement bien gérée par les Etats membres », se satisfait-il tout en indiquant, au revers de la médaille, des inconvénients non négligeables.

S’agissant des échanges commerciaux, le ministre a en effet appris que l’arrimage du Cfa à l’euro peut constituer un handicap pour les pays partageant cette monnaie. « Si vous êtes en compétition avec des pays asiatiques, quand leurs monnaies fluctuent par rapport au dollar, les plus faibles (pays avec une monnaie faible) sont meilleurs à l’exportation que nous », a-t-il souligné. Pour l’ex-ministre togolais de la Prospective, Nubukpo Kako, le risque est du côté du financement du développement même du continent. Car, a-t-il fait remarquer, quand vous avez un taux de change fixe, une garantie de convertibilité illimitée et la liberté de circulation des capitaux, vous êtes tenté de déposer vos avoirs dans la zone économique la plus sure en l’occurrence la zone euro plutôt que de réinvestir en zone franc. « La stabilité qu’offre la zone franc a pour contrepartie une forte instabilité du secteur réel qui n‘est pas suffisamment irriguée par les financements donc la croissance, donc la création d’emplois. (…) Or ce dont nous avons besoin aujourd’hui dans la zone franc, c’est créer de l’activité pour la jeunesse parce que notre population double tous les 25 ans », a souligné M. Kako. L’autre inconvénient que comporte l’arrimage du Cfa à l’euro est selon la directrice générale du trésor français, le fait que dans les moments où l’euro s’apprécie fortement, le franc Cfa s’apprécie relativement à d’autres monnaies. Si les spécialistes s’accordent sur les avantages du franc Cfa spécifiquement la stabilité qu’il offre, ils n’en oublient pas les inconvénients. Quid de l’évolution de cette monnaie ?

 

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La perspective est envisageable, les autorités françaises et plusieurs décideurs africains en ont d’ailleurs fait part. Qu’on fasse évoluer la parité entre les deux monnaies, qu’on en change la dénomination ou quelques autres modifications qu’on y apporterait éventuellement, les spécialistes interrogés par la chaine française insistent sur la nécessité de prendre la préservation de la stabilité et de la prévisibilité du Cfa.

Alassane SANOU

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  • SOURCE: Linfodrome
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