Côte d'Ivoire

La transformation locale du cacao : Attention au syndrome indonésien


12/09/2019
La transformation locale du cacao : Attention au syndrome indonésien
Pendant que la Côte d'Ivoire s'oriente vers la transformation, il ne faut pas perdre de vue que la production doit être soutenue également.

Il y a dix ans, l'Indonésie produisait environ 500 000 tonnes (t) de cacao. Ce pays a même atteint 550 000 t en 2009-2010. Alors que sur la campagne actuelle, les prévisions de l'Organisation internationale du cacao (Icco) annoncent une production d'à peine à 220 000 t là où la campagne précédente affichait une production de 250 000 t. Aussi, l'on apprend qu'à une époque, l'Indonésie était troisième producteur mondial de fèves de cacao. Mais aujourd'hui, elle occupe le sixième rang mondial.

A côté de la production qui va decrescendo, ce grand archipel a développé une industrie de transformation qui a aujourd'hui du mal à poursuivre sa dynamique.

Que s'est-il passé ? A l'instar de bien d'autres pays producteurs dont la Côte d'Ivoire, les cacaoculteurs indonésiens sont aussi confrontés à la question de la volatilité des cours du cacao sur le marché international. Ils subissent également les changements climatiques qui impactent négativement leur activité, sans compter les maladies virales qui attaquent les vergers.

A la différence de la Côte d'Ivoire, de nombreux cacaoculteurs indonésiens ont fini par décrocher, préférant se reconvertir à d'autres activités qu'ils estiment plus rentables, plus résilientes aux changements climatiques et plus stables en terme de rémunération. Ce qui explique la chute progressive de la production donc une réduction de l'offre locale dont ont besoin les usines pour tourner.

La conséquence, 9 des 20 usines de transformation de cacao sont en cessation d'activité depuis l'année dernière et les 11 unités restantes tournent à moins de 59% de leurs capacités pour transformer 463 060 t de fèves cette année, a confié à Reuters, le patron de la sous-direction des boissons et tabacs au ministère de l'Industrie indonésien, Mogadishu Djati Ertanto.

Cette situation contraint l'Indonésie à importer des fèves afin d'approvisionner les unités de transformation encore opérationnelles. Selon les chiffres officiels, les importations de fèves en Indonésie ont doublé entre 2013 et 2018, pour atteindre l'année dernière 239 377 t, soit plus que sa propre production nationale. Même si Mogadishu Djati Ertanto, en tant qu'autorité gouvernementale, rejette la faute aux producteurs, les accusant ''de n'avoir pas adopté les bonnes pratiques culturales préconisées et de n'avoir pas joué le jeu d'arracher leurs vieux cacaoyers pour en planter de nouveaux'', la stratégie politique orientée vers un investissement accru dans la transformation, oubliant d'opérer des investissements proportionnels dans la production y est pour quelque chose également.

 

La Côte d'Ivoire interpellée. Le cas indonésien devrait interpeller les autorités ivoiriennes qui ont elles aussi, engagé une vaste politique de transformation des fèves sur place, octroyant des facilités aux industriels qui souscriraient à cette politique. Certes, la production indonésienne n'est rien comparée à celle de la Côte d'Ivoire. Mais en même temps, il ne faut pas perdre de vue que l'Indonésie qui voit ses usines fermer, est loin derrière la Côte d'Ivoire, qui est à ce jour, le premier broyeur mondial de fèves devant des pays tels que les Pays-Bas, l'Allemagne, ou encore les États-Unis.

Aussi il faut souligner qu'il ne se passe pas de jour sans que des producteurs de cacao ne se plaignent de la faible rémunération qu'ils tirent de leurs productions, qui pourtant rapportent à l’État de Côte d'Ivoire 40% des recettes d'exportation. Autre chose qu'il convient de prendre en compte, c'est la volonté du gouvernement de stabiliser le niveau de production (voulant maîtriser la production pour jouer sur l'offre mondial afin d'avoir des prix élevés pour les producteurs) ou même de le réduire sensiblement année après année. Et, au regard des réalités actuelles, l'on s'achemine sans nulle doute vers ce schéma. Puisque, dans un premier temps, le swollen shoot (la maladie du cacao) continu de ravager des plantations sans qu'un remède ne soit trouvé, si ce n'est d'arracher les plantes infectées. Le Conseil du café-cacao (Ccc) qui a lancé en 2018, une opération d'arrachage des cacaoyers contaminés, s'est fixé pour objectif, d'arracher effectivement sur une période de trois ans (2018-2020) 100 000 hectares.

Dans un second temps, il faut tenir aussi compte de la notion de la durabilité du cacao dont l'un des critères, est que ce produit ne doit plus être cultivé dans les forêts classées. C'est clair que les terres cultivables se réduisent au fur et à mesure. Et cela ne surprendrait pas que des cacaoculteurs finissent par se reconvertir à autre chose vu toutes les incertitudes qui entourent cette spéculation. Toutes ces situations peuvent induire une réduction du niveau de la production nationale.

Dans un tel contexte, faire attention pour éviter le syndrome indonésien revient à jouer sur deux fronts en même temps : c'est-à-dire, pendant que le gouvernement encourage la transformation, il faut s'assurer qu'en amont, la matière première est régulièrement disponible. Une surveillance accrue de la production s'impose, de sorte à prévoir les investissements qu'il faut au moment où il le faut. Car, les enjeux de l'industrie cacaoyère sont de nombreux ordres, dont la question non moins importante qu'il convient de se poser : Transformer pour quel marché ? Surtout quand on sait que le marché européen (plus grand consommateur) est ''saturé''. L'Asie ? L'Afrique ? La Côte d'Ivoire ? Il faut mener la réflexion afin de trouver les débouchés que ce soit pour la matière ou les produits transformés.

Elysée LATH

 

 

Elysée Lath

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  • SOURCE: L'inter
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