Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome

Attention aux gènes confligènes !

La Côte d’Ivoire se prépare à aller à de nouvelles élections présidentielles en 2020. Après la grave crise post-électorale de 2010 – 2011, qui a vu certains acteurs prendre de l’écart des processus électoraux, les échéances à venir s’annoncent comme les plus ouvertes possibles. Celles qui se présentent comme le véritable test pour la fin de la période de crise que traverse ce pays depuis des décennies.

2019, l’année vient de commencer, sera très déterminante pour les préparatifs de ces échéances attendues. Cette année consacre, en effet, la période charnière pour lever tous les préalables importants afin d’aborder 2020 comme le dernier virage vers le renouvellement apaisé des institutions. Un objectif certain à atteindre après ces dérapages sur des décennies qui ont mis le pays de feu Félix Houphouët-Boigny, connu naguère comme havre de paix, sur les feux de la rampe.

A 22 mois présentement de ces futures échéances, le décor est déjà planté. Les acteurs politiques s’emploient déjà à se préparer à les aborder. Les états-majors sont au laboratoire. Tous s’affairent à élaborer les stratégies nouvelles pour séduire le peuple.

Le fait à la mode – ce n’est véritablement pas nouveau – ce sont les regroupements politiques. En 2010, il y avait La Majorité présidentielle (LMP), de l’ex-président Laurent Laurent Gbagbo, qui faisait face au Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) de Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Mabri Toiukeusse et Anaky Kobena. Aujourd’hui, le Rhdp continue sa route.

Cette ex-coalition de l’opposition, parvenue au pouvoir, veux se consolider en parti unifié. Seulement, le projet en cours ne fait plus l’unanimité en son sein. Henri Konan Bédié et le Pdci-Rda, son parti, ont quitté la barque. Ils envisagent de faire cavalier avec de nouveaux alliés. Une nouvelle plate-forme est envisagée. Comme le Rhdp, en 2005, contre LMP au pouvoir.

Mais, le président de la République, Alassane Ouattara n’en démords pas. Il tient coûte que coûte à son parti unifié des Houphouëtistes, le Rhdp. Ce, avec ce qui lui reste de l’ex-alliance déchiquetée. Sans Bédié, mais aussi sans Anaky Kobena, le président fondateur du Mouvement des forces d’Avenir (Mfa). La roue du parti unifié tourne malgré tout. Avec Mabri Toikeusse de l’Udpci, débarqué, mais remis en selle. Puis, un morceau du Mfa tiraillé entre trois tendances. Les tendances d’Anaky Kobenan, de l’ex-ministre Anzoumana Moutayé fabriqué puis démonté, et de Siaka Ouattara, le nouveau privilégié promu ministre au gouvernement, comme son prédécesseur dans ses moments de grâces. Aux côtés de ses alliés traditionnels, de nouveaux dirigeants du Pit, mais aussi de l’Upci, qui ont tous réussi l’exploit de donner un cachet légal à un morceau des partis dont ils sont issus.

En clair, le Rhdp continue sa route, mais à califourchon sur des chevaux bancals. A part le Rdr et l’Udpci, qui en constituent de véritables forces de mobilisation. Hélas, au niveau de ces partis aussi, il y a problème. L’Udpci ne semble pas jouer franc-jeu avec le projet nourri par le président Ouattara. Mabri Toikeusse et ses partisans, auréolés de postes ministériels et administratifs de haut niveau, voire d’une posture de 2ème vice-président du projet du parti unifié, Rhdp, ne cachent pas leur agenda pour 2020. Echéance à laquelle ils ont déjà annoncé les couleurs. A savoir y prendre part avec leur candidat. Aussi, n’entendent-ils pas se soumettre à tout projet visant la disparition de leur famille politique. Du coup, sur la ligne tracée par le président de la République, Alassane Ouattara, les dirigeants du parti arc-en-ciel semblent émettre des réserves. Une attitude qui risque de fragiliser encore ce qui reste de l’Alliance à la recherche de nouveaux repères.

Président du Comité d’organisation du Congrès annonçant la création du parti unifié pour le 26 janvier prochain, Adama Bictogo, n’a plus la langue dans la poche. « Le 26 janvier, le congrès, qui est souverain, va décider du transfert des compétences des partis politiques membre du Rhdp. Tu es Rhdp ou tu n’es pas Rhdp. Si tu n’es pas au Rhdp, c’est que tu es dans l’autre plate-forme. Nous ne sommes pas là pour gérer les agendas personnels de certaines personne ». Entende qui a des oreilles.

Mabri Toikeusse, mais aussi Guillaume Soro, qui affiche de plus en plus ses ambitions pour 2020, loin du Rhdp unifié, en sont avertis. Mieux, le Pco du congrès brandit déjà des cartons jaunes. « A partir du 26 janvier, si tu n'es pas Rhdp, tu libères le tabouret. Tu es président d’institution, tu es sénateur, tu es Conseiller économique, tu n’es pas Rhdp, tu libères le tabouret ». Le ton est dur. Avec au passage cette passe d’arme entre l’ancien ministre et le président de l’Assemblée nationale. Des discours qui donnent à frémir. De la frénésie à faire redouter les lendemains. Quand on ajoute à tout cela les dispositions radicales qui se prennent au Pdci-Rda contre des cadres classés pro-Rhdp, et la suite de la crise post-élections locales 2018, les dossiers successifs tels l’affaire Jacques Ohouo du Plateau, … il y a du mauvais présage dans l’air.

Pourtant, que de défis à relever. Notamment la réforme de la Commission électorale indépendante (Cei), qui devra faire l’objet de consultations dès ce mois de janvier, la révision des listes électorales, le renouvellement des cartes nationales d’identité, le nouveau recensement général de la population et de l’habitat. Autant de chantiers importants et de défis à relever dans la cohésion pour aller à 2020 dans le calme et la sérénité.

Aujourd’hui, avec ce décor meublé par les adversité, ; plusieurs questions trônent dans les esprits. Comment va se constituer la nouvelle Cei envisagée ? Avec quelles formations politiques va-t-on créer cet organe. Avec quel Fpi (pro-Affi ou les partisans de feu Abou Dramane Sangaré), quel Mfa, Pit ou Upci, quand on sait que les dirigeants reconnus de ces partis se disputent leur légalité avec la légitimité revendiquée par des adversaires en interne !

Et dire que la réussite de ce consensus autour de l’organe en charge des élections devra être le point de départ de tout ce qui s’annonce comme challenge à venir, il y a bien de la matière à s’interroger. Surtout avec le climat délétère actuel, ou le débat va s’enlisant, le ton gagnant en éclat, et les positions se radicalisant de plus en plus. Comme en 2010, attention aux gènes confligènes !

 

Félix D.BONY

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