Transe collective dans une école : Des révélations troublantes


(Photo d'archives)

Des parents d’élèves du groupe scolaire Offoumou Yapo sont perturbés, en ce moment. C’est que le jeudi 7 décembre 2017, des élèves, principalement des filles, prises de malaise, sont tombées dans leur classe, peu avant 12h. Pour l’établissement, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une crise d’asthme, mais pour les parents, c’est une transe.

‘’Le jeudi 7 décembre, j’ai reçu un appel à 11h 50, m’annonçant que ma fille, en Terminale, est tombée et qu’elle était à l’infirmerie. Je m’y rends, toute activité cessante. Là-bas, il y a une dizaine de filles et un garçon qui présentent les mêmes signes. Ils ne tiennent pas sur leurs pieds. Ils sont couchés. Ils respirent difficilement. Il y en a qui n’arrivent pas à parler correctement. Quand une fille est rentrée, toutes les élèves couchées ont commencé à s’agiter, et l’ont pointée du doigt. Elle est sortie en vitesse. J’ai pris ma fille, et je l’ai conduite dans le Centre de santé ‘’, nous apprend Krekun, un parent dont la fille est, depuis la classe de sixième, au groupe scolaire Offoumou Yapo. Le diagnostic, selon le document médical qu’il nous présente, le vendredi 5 janvier 2018, est formel: Engourdissement des jambes, difficile respiration. ‘’ On lui a placé des ballons pour une perfusion. A 18h, ma fille a été libérée. Le vendredi 8 décembre, elle devait avoir un devoir dans l’après-midi. Elle a effectué le déplacement. Après l’avoir fini, avant tout le monde, elle a posé sa tête sur la table, et est tombée. Elle a été conduite à l’infirmerie. Je l’ai trouvée seule, inconsciente. Elle n’arrivait pas à parler, et elle ne me reconnaissait pas. Je l’ai emmenée chez un infirmier militaire. Celui-ci lui a placé un ballon pour la remonter'’, nous confie le parent d’élève, à Yopougon, avant d’ajouter que 30 minutes après avoir commencé à recevoir la perfusion, sa fille ouvre les yeux et lui fait de grands gestes auxquels il ne comprend rien. ‘’ J’ai dit le nom de son établissement. Elle a hoché la tête, et a passé sa main perpendiculairement à son cou, et fait des mouvements de part et d'autre, comme pour dire qu’on lui tranchait le cou. Elle fait un autre geste comme si on demandait de l’argent. Je lui donne un stylo et une feuille'’, poursuit notre interlocuteur qui nous présente le manuscrit au stylo rouge. On peut y lire: '’ Ceux qui sont intelligents

Ceux qui ont des dons. Ceux qui doivent réussir, ils ont...'' (Ndlr, des propos choquants volontairement omis). Aujourd’hui, il est rentré dans les classes pour prendre les noms des absents qui étaient chez Marina (camarade de la fille chez qui une prière a été faite) pour prier, parce qu’il s’est senti menacé quand on priait'’.

Le mot se termine par le nom d’un directeur de l’établissement. La perfusion terminée, le père et la fille rentrent à la maison. M. Krekun réalise que ce qui se passe, relève du surnaturel. C’est alors que le samedi 9 décembre, il fait appel à un pasteur. Celui-ci ne rechigne pas à répondre au rendez-vous de prières chez M. Krekun. En pleine séance, en présence d’un des enseignants de la fille, l’esprit se manifeste, en prenant possession du corps de la fille, et parle au travers d’elle. ''On veut gâter ta tête parce que tu es trop intelligente. On veut prendre son intelligence et ses jambes'’. Tout le monde sait maintenant à quoi s’en tenir. La prière de délivrance se poursuit encore un peu, et s’arrête. Le samedi nuit, tout le monde se retrouve chez Marina, à l’appel de son pasteur. A un moment donné, tous les élèves présents sont agités et tombent. On entend des propos qu’ils tiennent: '’ On a enterré quelque chose au (...)'’. La prière prend fin.

Le dimanche 10 décembre, chaque famille va dans son église. La famille Krekun se rend à la paroisse catholique St-Marc. Après la messe, le saint sacrément descend. Le Prêtre prie pour la fille malade. L’esprit prend, une fois de plus, possession de son corps. Des révélations sont faites sur ce qu’il veut faire aux élèves cette année. ‘’ Depuis lors, ma fille qui est brillante à l’école parce que major de sa promotion depuis la seconde, n’arrive plus à étudier; elle a mal à la tête fréquemment. Elle n’est pas asthmatique. Je suis obligé de demander la permission, et d’être avec elle à la maison. Quand je sors, je ne mets pas assez de temps dehors. Nous voulons qu’il y ait des séances de prières à l’école. Mais on nous dit que c’est possible pour les musulmans et les chrétiens catholiques, mais non pour les évangéliques parce qu’ils divisent. Si ma fille n’était pas en Terminale, je lui aurais changé d’école'’, indique M. Krekun.

Dialogue direct entre l’esprit et un parent d’élèves. Pour sa part, M.Dah, un autre parent d’élève qui a évacué sa fille dans une clinique, ce jeudi 7 décembre, explique ce qu’il a vécu. ‘’ Pendant que ma fille était en clinique, inconsciente, vers 19h, elle sourit, contre toute attente. L’esprit qui la possède dit: ‘’pensez-vous que tout ce que vous faites comme traitement, elle (ndlr, la fille) est malade? ''Je réponds:'’ Si elle n’est pas malade, on enlève les ballons?'’ L’esprit reprend:'’ On est là pour la détruire'’. Je demande:'’ Vous êtes quittés où?'’L’esprit pose la question: ‘’Elle est quittée où'’. Puis de rire à gorge déployée avant cette interjection:'’ Ah Ah Ah'’. Je demande:'’ Que voulez-vous?’’. Il répond : '’ C’est pour l’anéantir''. Selon lui, après cette manifestation dont a été témoin le personnel médical, il n’y avait plus rien à faire dans cette clinique. Le médecin recommande la voie de la prière. Ce qui est fait. A en croire M. Dah, la crise s’est poursuivie, après. Les parents décident d’aller demander à l’établissement de leurs enfants, ce qui ne va pas. Il leur est signifié que tout baigne, et qu’il s’agit de cas isolés d’asthmatiques. ‘’Quand on nous a dit cela, j’ai voulu appeler au ministère pour demander pourquoi tous les asthmatiques ont été envoyés dans cet établissement, sachant que ma fille n’est pas asthmatique. Le directeur nous a demandé pourquoi c’est sur les élèves que cela arrive et non eux. Nous avons demandé qu’il y ait des séances de prières à l’école, mais il a dit :’’ les musulmans, oui mais les chrétiens évangéliques, non’’. A mon retour, ma fille m’a appris qu’elle était tombée à mon absence, et qu’un corbeau est venu et lui a demandé pourquoi elle nous a laissé aller voir la direction de son école. Elle me fait savoir que nous étions six à effectuer le déplacement de l’école. Je suis tombé des nues parce que je ne lui ai pas fait savoir que j’allais dans son établissement, encore moins le nombre que nous étions. Nous étions effectivement six'’, soutient notre interlocuteur qui a obtenu une permission, le lundi 8 janvier, pour, relève-t-il, monter la garde, vu que sa fille est allée à l’école ce jour là.

M. Nde, dont la fille, classée souvent parmi les dix premiers de sa classe, a été victime de ce jeudi des transes, ne fait pas de difficultés pour nous mettre au parfum des mésaventures decelle-ci. ‘’ Elle était froide quand je suis arrivé ce jour à l’infirmerie. Je l’ai conduite à l’église, et le prêtre a prié avant de nous diriger vers un hôpital. Dans la clinique où je suis allé, j’ai trouvé d’autres élèves de la même classe que ma fille. Ça criait ici et là : ‘’on va me tuer’’. Les agents ont mis plein de valium dans les ballons de perfusion, pour que les enfants dorment mais ce n’était pas le cas. On a alors demandé qu’on nous libère. Le corps de ma fille raidit et elle crie. Je peux vous dire qu’on a souffert. Nous avons fait une semaine de prières avec des pasteurs. Certains ont repris le chemin de l’école, le 14 décembre, et d’autres, le 4 janvier'’, informe-t-il.

M. Ouattara était également au travail, quand il a été joint ce jeudi noir. ‘’ Ma fille n’était pas consciente quand on est allé à l’hôpital. Actuellement, par moments, elle dit que ça va mais elle dit voir des choses, et elle tombe en transe'’, nous renseigne notre interlocuteur dont la fille qui a repris le chemin de l’école, le 4 janvier, est encore tombée en transe, le lundi 8 janvier.

L’un des témoins qui a requis le strict anonymat, nous fait savoir: ‘’ A l’infirmerie, il y avait une dizaine d’élèves agités. Ils présentaient les mêmes signes de transe'’.

Réaction de la direction. Le vendredi 5 janvier 2018, nous nous rendons au groupe scolaire Offoumou Yapo, à 11h45, à Yopougon Toits-rouges. Les élèves sont nombreux à ne pas savoir que quelque chose s’est passée dans leur établissement, le jeudi 7 décembre 2017. Nous désirons rencontrer le directeur des études, Banhié Gilbert. Le vigile nous indique son secrétariat, au premier étage, dans le bloc, à gauche, à l’entrée. Une foi en hauteur, nous nous adressons à la secrétaire. Celle-ci nous dirige vers son bureau. Il nous reçoit. Mais Banhié Gilbert ne veut aucun enregistrement sonore.

A la question de savoir s’il est informé de la transe collective qui a eu lieu, le jeudi 7 décembre 2017, dans son établissement, il répond que ce sont des cas isolés d’asthmatiques. Ce qui arrive, à l’en croire, quelques rares fois, depuis 25 ans qu’il est dans cet établissement. Pour lui, cela ne constitue pas un événement qui mérite d’être relaté dans la presse. Il nous recommande d’aller dans les villages, pour voir ce que c’est qu’une transe. ‘’Moi, je suis du groupe Akan, et cela est fréquent. Pourquoi nous, on ne tombe pas en transe comme vous le dites, et puis ce sont les élèves?'’, s’ interroge-t-il, avant de s’attarder sur le fait qu’il y a beaucoup trop de choses à écrire pour les journalistes pour qu'ils s’intéressent à des transes supposées. Nous lui faisons savoir que c’est nous qui décidons de nos écrits selon les régles de notre profession et prenons congé de luir.

Dans les Centres de santé, aux Toits rouges où les élèves ont reçu des soins, il y a eu confirmation de leur passage. Il y a confirmation de ce que le valium administré quand on est en état d’agitation, pour baisser la tension, faisait partie des traitements. Il ne nous est pas permis de pousser loin le bouchon ; le secret médical obligeant à garder le silence sur la fiche du malade.

A en croire un camarade de classe de l’une des victimes, c’est vers la fin d’un devoir de français, qu’il a constaté que sa voisine s’agitait. ‘’ Je n’y comprenais rien. J’en ai informé le professeur. Il a ramassé les copies. Nous avons décidé de la conduire à l’infirmerie. Une de nos camarades nous y accompagnait. Mais elle n’a pu arriver à l’infirmerie. Elle est tombée. Nous l’avons emmenée à l’infirmerie. Dans le même temps, dans la classe, environ sept filles sont tombées, avec les mêmes signes'’, nous fait-il savoir. Et un autre de nous apprendre que depuis lors, la peur hante les esprits. Pour l’une des victimes qui a retrouvé ses sens, c’est à la prière qu’elle doit son salut.

 

Dominique FADEGNON

Dominique Fadégnon

|

  • SOURCE: Soir info
Previous ◁ | ▷ Next

Videodrome

Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte