Bingerville : Des centaines de familles et commerces déguerpis


21/03/2020
Bingerville : Des centaines de familles et commerces déguerpis
Des centaines de familles jetées à la rue

A Bingerville, l’espace connu sous le nom ‘’carrefour bandji’’ a été démoli dans la matinée du jeudi 12 mars 2020, sous le regard impuissant de ses occupants.

Des machines escortées par un détachement d’agents de sécurité ont tenu en respect les opérateurs économiques de cet espace dont certains ont voulu s’opposer à l’opération de déguerpissement. Plusieurs parmi eux ont été interpellés. Ces centaines de commerçants ne sachant plus à quel saint se vouer, ont essayé de sauver ce qui pouvait l’être. C’est le cas de Jean Serges Kouamé, secrétaire général du collectif des commerçants du ‘’bandjidrome’’.

« Ce site qui est en train d’être déguerpi, abrite plus de 200 familles. Imaginez donc combien d’enfants, de vieilles personnes, d’élèves et d’étudiants qui perdent ainsi leur pain, par la destruction de cet espace. Imaginez la souffrance pour ces centaines de familles. Nous sommes vraiment tristes », a déploré Serges Kouamé qui procédait au démontage de son conteneur. Il a expliqué que le site abritait toutes sortes de commerces, à savoir  des boutiques, des magasins de tous types, des restaurants, des maquis (buvettes), des espaces de poulets et de moutons braisés, de vente de volailles, de boisson, notamment le tchapalo et le bandji (vin de palme) d’où la dénomination de l’espace ‘’carrefour bandji’’.

Selon lui, ce déguerpissement est une grande perte pour la mairie. « Je voudrais faire remarquer au premier responsable de la commune qui connaît le dossier, puisque c’est lui qui le pilote, même s’il n’est pas celui qui a ordonné la démolition. Néanmoins, il est au courant. Les jours à venir, il sentira l’importance de cet espace dans les recettes de la mairie puisque c’est une importante somme qui est encaissée sur les lieux par jour », a-t-il fait remarquer. « Notre regard est désormais tourné vers la mairie pour nous trouver un autre site », a plaidé le secrétaire général du collectif des commerçants.

Chantal Dabiré, vendeuse de tchapalo (boisson traditionnelle), elle déclare qu’elle a tout perdu. « Nous sommes désemparés. Rien n’a été fait, et ce matin, nous avons été surpris par un cargo de policiers et des machines. Le constat est là, nous sommes sans revenus désormais. Pourtant, c’est cette activité que ma mère mène depuis des décennies pour soutenir notre père à s’occuper de nous », raconte-t-elle la mort dans l’âme. « Comment vais-je nourrir mes enfants ? Comment vais-je payer ma maison ? C’est plus que la mort. Où vais-je aller ?», se lamentait dame Kambiré Safiatou presqu’en larmes. « C’est vrai, nous avons été prévenus mais, nous n’avons pas été avertis que c’est aujourd’hui (ndlr : le jeudi 12 mars) qu’ils allaient venir casser. Mes ustensiles de cuisine, tout mon matériel n’a pu être sauvé. J’étais au marché quand les machines ont cassé mon restaurant », a-t-elle ajouté cette fois en sanglots. Tout comme elle, même scénario, même tristesse et désolation chez dame Sidonie Kokoré, détentrice d’un maquis (buvette) et chez Madjida Mousmi, braiseur de viande de bœuf, de mouton et de poulets.

« La mairie n’est pas mêlée à cette opération, au contraire... »

Aney Noël, chargé de communication à la mairie de Bingerville, joint par téléphone, a indiqué que la mairie n’est mêlée ni de près ni de loin à cette opération de déguerpissement. « L’espace déguerpi appartient à la famille Ahin. Et c’est elle qui a décidé de le récupérer. En juin 2019, elle a donné une mise en demeure aux occupants. Ces derniers, par le biais de leur collectif, ont approché le maire pour négocier. Doumbia Yssouf a donc plaidé auprès de la famille. Et à l’issue de cette négociation, la date du 31 décembre 2019, leur a été accordée. A la fin de l’année, la famille Ahin est revenue à la charge. Le collectif plaide auprès du maire pour engager une autre négociation, le temps pour lui de se préparer. La fin du mois de janvier 2020, lui est donnée comme nouveau délai. Fin janvier, le même collectif revient encore demander de repousser la date jusqu’à novembre 2020. La famille Ahin dans sa bonne foi, accepte de lui accorder jusqu’à fin février 2020 pour quitter les lieux. Fin février, les commerçants n’ont pas bougé. Et voilà ce jeudi 12 mars, la famille a donc décidé de faire libérer son espace », a-t-il expliqué.

L.BEUGRE (stg)

 

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